Nos maîtres enseignent à plusieurs endroits (dans la Guémara, dans le Zohar et dans les Midrachim) : « Chérissez vos épouses, afin de vous enrichir. ».
Cela signifie : Chérissez vos épouses, en leur achetant généreusement ce dont elles ont besoin, et par ce mérite, vous vous enrichirez.
Cependant, il y aurait matière à dire que cet enseignement concerne exclusivement une femme Tsadkanitt (juste et vertueuse) et qui s’illustre par ses qualités, pour qui il y a un mérite particulier à lui acheter ce dont elle a besoin, et même davantage.
Mais lorsqu’il s’agit d’une femme qui n’est pas particulièrement Tsadkanitt, la chose ne serait pas justifiée.
Mais en réalité, cet enseignement est rapporté aussi dans la Guémara Bava Métsi’a (59a) en ces termes : « Rava s’adressa aux habitants de la ville de Mé’hoza et leur dit : « Chérissez vos épouses, afin de vous enrichir ».
Or, il est expliqué dans la Guémara à plusieurs endroits que les femmes de la ville de Mé’hoza n’étaient pas particulièrement vertueuses.
Au contraire, Rava lui-même a émis une virulente critique à leur encontre dans la Guémara Chabbat (33a), et leur a même dédié un verset du prophète ‘Amos (4-1) : « Ecoutez cette parole, génisses de (la région de) Bachan, vivant sur la montagne de Chomeron, vous qui opprimez les pauvres, écrasez les indigents, qui dites à vos maris : « Apportez, que nous puissions boire ! ». Et malgré cela, il suggère à leurs maris : « Chérissez vos épouses, afin de vous enrichir ».
Le Gaon Rabbénou Yossef ‘HAÏM de Bagdad – auteur du Ben Ich ‘Haï – explique dans son livre Ben Yéhoyada’ qu’une grande partie de l’abondance du foyer d’un homme, lui est octroyée pour son épouse.
Il écrit aussi qu’il s’agit là d’un comportement divin régi par le principe de « Midda Kénégued Midda » (Mesure pour mesure), car celui qui chérit son épouse, se verra lui aussi bénéficier depuis le Ciel d’une bonne abondance.
Il faut ajouter à cela un autre enseignement de nos maîtres dans la Guémara ‘Houlin (84a) : « Un homme doit toujours manger et boire avec moins que ce qu’il possède ; se vêtir et se couvrir avec ce qu’il possède ; et honorer son épouse et ses enfants avec plus que ce qu’il possède, car eux dépendent de lui, et lui dépend de Celui qui a créé le monde par la parole. ».
Cela signifie qu’un homme doit toujours avoir la vigilance de ne pas multiplier les nourritures trop chères, par crainte que sa Parnassa (subsistance matérielle) diminue un jour et que la privation des aliments de luxe auxquels il se serait habitué ne lui soit difficile à supporter.
En ce qui concerne son habillement, il doit se vêtir selon ses moyens, sans les dépasser.
Mais pour ce qui est de son épouse et de ses enfants, il lui incombe une Mitsva (un devoir) de leur procurer leurs besoins au-delà de ses moyens.
Mais il faut réfléchir sur cet enseignement, car à priori la raison donnée par nos maîtres à cette attitude est complètement incompréhensible.
En effet, nos maîtres nous disent que si l’homme doit se contenter lui-même de peu et doit économiser pour ses propres besoins, mais doit dépenser au-delà de ses moyens pour les membres de son foyer, c’est « parce qu’ils dépendent de lui, et que lui dépend de Celui qui a créé le monde par la parole » !
Cette raison suscite un réel étonnement !
A quoi peut-on comparer la chose ? Au fils d’un pauvre et au fils d’un riche, qui possèdent chacun 1 000 $.
Va-t-on dire au fils du pauvre : « Tu peux gaspiller ton argent car ton père est pauvre », et au fils du riche : « Economise ton argent car ton père est riche » ?!
Bien évidemment non ! Mais plutôt le contraire !
Nous dirons au fils du riche : « Fais ce que tu veux de ton argent car ton père est riche, et il continuera à t’enrichir. »
Et nous dirons au fils du pauvre : « Sois vigilent avec le peu d’argent que tu possèdes, car ton père est pauvre et il ne pourra pas te nourrir ! »
Pourquoi nos maîtres nous enseignent ici le contraire, en disant : « Toi le chef de famille, tu es dépendant d’Hachem, tu dois donc te montrer économe envers toi-même, mais les membres de ton foyer qui dépendent de toi, montre-toi généreux envers eux, car ils dépendent de toi. »
On devrait dire exactement le contraire ! Celui qui est dépendant d’Hachem, place sa confiance en Hachem afin qu’il le comble toujours de bien, mais celui qui dépend de l’être humain, envers lui il faut faire preuve d’économie radicale !
Cela nécessite explication !
En réalité, si l’homme doit se comporter avec économie envers lui-même c’est par crainte qu’il n’ait un jour plus suffisamment de mérite, ou ‘Hass Véchalom (à D.ieu ne plaise) que sa Parnassa diminue pour une autre raison.
C’est pourquoi, il doit agir avec intelligence avec ses dépenses personnelles.
Mais lorsqu’il s’agit des membres de son foyer – qui sont eux dépendants de lui – s’il se montre généreux envers eux, il est certain que depuis le Ciel on agira envers lui également avec générosité, car la quantité offerte par l’homme dans son comportement, est la même qui lui sera offerte par Hachem (Michna Sotta chap.1).
De même, nos maîtres enseignent : « Celui qui prend les autres en pitié, sera lui aussi pris en pitié depuis le Ciel. » (Chabbat 151a).
Par conséquent, il peut être sûr et confiant que s’il dépense (évidemment dans les limites du raisonnable et non avec exagération) pour les membres de son foyer, depuis le Ciel on l’aidera et on lui enverra la Bénédiction dans sa Parnassa.
A fortiori lorsqu’il s’agit de l’épouse, car le mot « אשה » (Icha, femme en hébreu) a la même Guématrya (valeur numérique, 306 - mais en additionnant aussi le mot « Icha ») que les mots « ברכה לחם » (Béra’ha, Lé’hem : la Bénédiction, le pain) (au nom du Ben Yéhoyada’).
La bénédiction du foyer provient d’elle, et c’est pourquoi nos maîtres enseignent : « Chérissez vos épouses, afin de vous enrichir ».
Par le mérite du fait que vous chérissez vos épouses, vous mériterez la richesse matérielle !
De même, nous nous souvenons de l’honneur et de l’égard qu’exprimait notre maître le Rav Ovadia YOSSEF z.ts.l envers sa digne épouse la Rabbanit z’’l, et il sortit lui-même une fois – alors qu’il était déjà le Grand de la génération – afin de lui offrir un bijou particulier, il se dérangea lui-même afin de la réjouir et de satisfaire sa volonté. Par le mérite de son épouse, notre maître le Rav z.ts.l mérita ce qu’il mérita, et comme il avait l’usage de citer la parole de Rabbi ‘Akiva sur son épouse :
« Ce que je possède et ce que vous possédez, est à elle ! »