Date de la Halacha: 28 Iyar 5786 15 mai 2026
Commentaires rédigés par Rav David PITOUN, pour Halacha Yomit
וַיְדַבֵּר ה' אֶל מֹשֶׁה בְּמִדְבַּר סִינַי ...
Hachem parla à Moché dans le désert du Sinaï … (Bamidbar 1-1)
Nos maîtres enseignent dans le Midrach Rabba (1-7) à partir de différents versets, que la Torah fut donnée au moyen de 3 éléments : le feu ; l’eau ; le désert.
Le parallèle donné par nos maîtres entre ces 3 éléments et la Torah est la gratuité : Au même titre que ces 3 éléments sont accessibles gratuitement à chacun, ainsi les enseignements de la Torah sont gratuits. Et nos maîtres citent comme preuve à leurs propos, le verset du prophète Yécha’ya :
הוֹי כָּל צָמֵא לְכוּ לַמַּיִם ... (ישעיה נה-א)
Ah ! Que tout assoiffé aille vers l’eau … (Yécha’ya 55-1)
Question : Pourquoi choisir exclusivement l’exemple de l’eau parmi les 3 éléments naturellement gratuits cités par nos maîtres en comparaison à la gratuité des enseignements de la Torah ? Pourquoi ne pas citer une preuve du feu ou du désert ?
Explication du Gaon Rabbi Avraham Dov Ber FLAHM z.ts.l (Ukraine – Allemagne – Lituanie il y a plus de 150 ans. Il était l’un des élèves du Gaon Rabbi ‘Akiva EIGUER z.ts.l) :
L’être humain est constitué de diverses forces opposées les unes aux autres.
L’orgueil affronte l’humilité ; la pitié affronte la cruauté ; l’amour affronte la haine ; etc. …
L’homme a le devoir de savoir et de comprendre quand doit-il utiliser l’une ou l’autre de ces forces.
La force de la pitié doit-être utilisée envers les gens respectables.
Celle de la cruauté – qui est l’opposée de la pitié - doit-être utilisée dans des situations précises envers des impies.
Parmi ces forces opposées qui cohabitent dans l’être humain, se trouvent également la force de l’envie et celle de la suffisance.
L’envie a été implantée en l’homme afin qu’il désire et qu’il éprouve l’envie de la connaissance de la Torah, comme il est dit :
אִם תְּבַקְשֶׁנָּה כַכָּסֶף וְכַמַּטְמוֹנִים תַּחְפְּשֶׂנָּה. (משלי ב-ד)
La souhaiter (la Torah) comme de l'argent, la rechercher comme des trésors. (Michlé 2-4)
En effet, le désir de la connaissance de la Torah et de la pratique des Mitsvot, brûle en chaque ‘Ha’ham (sage) comme un feu ardent et comme une flamme perpétuelle.
Cependant, lorsque le feu du désir se propage dans une direction qui n’est pas souhaitée – comme les désirs et les plaisirs physiques – il faut dans ce cas actionner la force de la suffisance, qui est la force opposée à celle du désir.
Cette force de la suffisance, nos maîtres l’ont comparée à l’eau, car l’eau a pour fonction d’éteindre le feu du désir, lorsque celui-ci se propage dans des domaines non-souhaités.
L’arrêt du feu de l’envie et son extinction au moyen de la maîtrise et de la suffisance, représentent certes un niveau, et celui qui s’en montre capable est appelé « Mochel Bérou’ho » (celui qui domine son esprit).
Mais le « ‘Hassid » (celui que l’on définit par le terme « pieux ») est d’un niveau plus élevé, car il a totalement annihilé les forces du corps et de la matière (comme l’explique le RAMBAM dans son livre « Les 8 chapitres » chap.6).
Cette idée est également exprimée par le Roi David (qui avait le niveau de « ‘Hassid ») dans les Téhilim :
... וְלִבִּי חָלַל בְּקִרְבִּי. (תהלים קט-כב)
… Mon cœur est creux en moi. (Téhilim 109-22)
Ce qui signifie : Tout mon corps est devenu néant et je n’entends plus mon désir.
Le Roi Chélomo (le plus sages des hommes) exprime lui aussi cette idée, et la développe, à travers un verset :
שֵׂכֶל אָדָם הֶאֱרִיךְ אַפּוֹ וְתִפְאַרְתּוֹ עֲבֹר עַל פָּשַׁע. (משלי יט-יא)
Grâce à son esprit, l’homme maîtrise sa colère, mais sa véritable gloire est d’ignorer l’offense. (Michlé 19-11)
Cela signifie que même si le ‘Ha’ham (le sage) est supérieur à l’idiot parce qu’il sait maîtriser sa colère, et même si dans son cœur il ressent le désir de venger l’affront dont il est victime, il se contient malgré tout. Mais sa véritable gloire serait d’ignorer totalement l’offense et de ne ressentir absolument aucune atteinte.
C’est pour cela que nos maîtres ont choisi l’exemple de l’eau dans le Midrach cité au début de nos propos, et non le feu ni le désert.
En effet, le verset cité par nos maîtres débute par un « soupir de déception » :
« Ah ! Que tout assoiffé aille vers l’eau … »
Pourquoi le fait d’avoir recours à l’eau pour étancher sa soif, déclenche un « soupir » de déception ??
Parce qu’il est ci question de quelqu’un dont le feu du désir brûle en lui, et il doit freiner ce désir mal orienté, au moyen de la force de la suffisance incarnée par l’eau. N’est-ce pas louable d’agir ainsi ?? Pourquoi ce soupir de déception ??
Parce qu’il était plus glorieux pour cet homme d’avoir recours au 3ème élément à travers lequel la Torah a été donnée : Le désert.
En effet, nos maîtres enseignent dans la Guémara Nédarim (55b) :
La Torah est donnée à celui qui se considère comme un désert, qui est le néant pour tout le monde.
Cette force de se rendre « Néant » correspond au niveau évoqué par le Roi David.
Si cet homme embrasé par le feu du mauvais désir, était arrivé à ce niveau de se considérer comme « Néant », il n’aurait pas recours au 2ème élément – l’eau, la suffisance – pour freiner le 1er élément – le feu, le désir.
Pour combattre le feu des mauvais désirs, on peut être « ‘Ha’ham » et actionner l’eau de la suffisance, mais on peut aussi ne rien avoir à affronter si l’on atteint le niveau de « ‘Hassid » en devenant un vrai désert.
Chabbat Chalom !