Question : On dit qu’une personne qui profère du Lachon Ha-Ra’ (médisance) contre son prochain, se verra privée de tous les mérites pour les Mitsvot qu’elle a accompli, car ils seront crédités à la victime de la médisance proférée, et ce médisant se verra également incriminée de toutes les transgressions commises par la victime de la médisance. Est-ce vrai ?
Réponse : Il est dit dans la Torah :
לֹא-תֵלֵךְ רָכִיל בְּעַמֶּיךָ ... (ויקרא יט-טז)
Tu ne véhiculeras pas de médisance au sein de ton peuple … (Vaykra 19-16)
Cet interdit représente la faute du Lachon Ha-Ra’, qui consiste à rapporter par exemple : « Untel a fait ceci à untel », car même si l’on dit des vérités à l’encontre de son prochain, on transgresse une terrible faute (sauf si l’on dit les choses de la façon permise par la Halacha, lorsqu’il y a une véritable utilité, ainsi que selon les autres conditions Halachiques nécessaires pour ce point).
Rabbénou Ba’hyé - qui a fait partie des grands Richonim (décisionnaires de l’époque médiévale) - écrit dans son livre ‘Hovott Halévavott (Cha’ar Ha-Kény’a) :
« L’un des ‘Hassidim a dit que de nombreuses personnes se présenteront le jour du Jugement devant le Tribunal Céleste, et lorsqu’on leur montrera leurs actes inscrits dans le Livre des Mérites, elles seront surprises de constater plusieurs mérites sur des actes qu’elles n’ont jamais accomplis. On leur dira : « Ses mérites appartiennent - à l’origine – à la personne qui a proféré du Lachon Ha-Ra’ contre toi et qui a parlé du mal de toi. » De même, lorsque des mérites manqueront du Livre des Mérites pour d’autres personnes, on leur dira : « Tu as perdu tes mérites au moment où tu as proféré du Lachon Ha-Ra’ contres d’autres personnes. » De même, d’autres personnes trouveront des fautes qu’elles n’ont jamais commis et on leur dira :
« Ce sont les fautes d’untel et d’untel qui t’ont été ajoutées lorsque tu as dit du Lachon Ha-Ra’ sur eux. » Fin de citation.
Il ne faut pas s’étonner du fait qu’une personne peut perdre ses mérites à cause du Lachon Ha-Ra’ qu’elle profère, car le RAMBAM écrit (chap.5 des règles relatives au repentir) :
Voici ceux qui n’ont pas droit au Monde Futur : les hérétiques ; ceux qui nient la Torah… ; les personnes qui profèrent du Lachon Ha-Ra’. Fin de citation.
Nous constatons donc que le Lachon Ha-Ra’ a pour propriété de faire perdre ses mérites à l’individu. Il est donc juste que l’abondance qui a été octroyée à cette personne - par le mérite des Mitsvot qu’elle a accomplie - soit transmise à la personne sur laquelle le Lachon Ha-Ra’ a été proféré.
Le Gaon Rabbi Chélomo KLUGUER z.ts.l justifie cet enseignement par les propos du Roi Salomon dans le livre de Kohelett :
אַל-תִּתֵּן אֶת-פִּיךָ, לַחֲטִיא אֶת-בְּשָׂרֶךָ, וְאַל-תֹּאמַר לִפְנֵי הַמַּלְאָךְ, כִּי שְׁגָגָה הִיא: לָמָּה יִקְצֹף הָאֱלֹקִים עַל-קוֹלֶךָ, וְחִבֵּל אֶת-מַעֲשֵׂה יָדֶיךָ. (קהלת ה-ה)
Ne permets pas à ta bouche de faire fauter ta chair ; et ne prétends pas devant l’ange qu'il y avait inadvertance de ta part ; pourquoi Hachem devra-t-il s'irriter au son de ta voix, et ruiner l'œuvre de tes mains ? (Kohelett 5-5)
Nos maîtres précisent dans le Midrach, que ce verset s’adresse à la personne qui profère du Lachon Ha-Ra’.
L’explication du verset est la suivante :
Du fait d’avoir proférer du Lachon Ha-Ra’ contre son prochain, de nombreuses fautes commises pas son prochain sont imputées au médisant, et de nombreuses Mitsvot accomplies par le médisant, sont créditées sur le compte de la personne sur laquelle le Lachon Ha-Ra’ a été proféré. Lorsque ce médisant se présentera devant le Tribunal Céleste, on lui ouvrira le Livre où ses fautes sont inscrites, et on lui lira des fautes qu’il n’a jamais commises. La personne criera devant l’ange :
« C’est une inadvertance ! Il y a erreur sur mon compte ! »
Il criera également pour les Mitsvot qu’il a accomplies, et qui ne figureront pas dans le Livre des Mérites, en disant que c’est aussi une inadvertance.
C’est donc ce que veut dire le verset : « … ne prétends pas devant l’ange qu'il y a inadvertance… », car Hachem « … s'irritera au son de ta voix… » avec laquelle tu as proféré du Lachon Ha-Ra’ contre ton prochain. C’est pourquoi, toutes ses fautes ont été transférées sur ton compte, et tes Mitsvot sont passées à son crédit. Hachem a donc ruiné l'œuvre de tes mains, et la confié à ton prochain, meilleur que toi, sur lequel tu as proféré des paroles humiliantes.
Par conséquent, chacun se doit d’être très vigilant sur la faute du Lachon Ha-Ra’, particulièrement lorsqu’il n’y a aucune utilité à parler, et doit se montrer très méticuleux à ne jamais parler de mal de son prochain.
Hachem s’en souviendra et lui rendra en bien.
Si une personne a proféré du Lachon Ha-Ra’ contre nous, on ne doit pas se mettre en colère pour cela, au contraire, il faut se réjouir car des mérites pour lesquels on n’a fourni aucun effort, viennent d’être crédités sur notre compte.
Qu’Hachem nous donne le mérite de nous préserver de la faute du Lachon Ha-Ra’, et qu’il nous apprête un langage dédié uniquement à Son Nom.