Commentaires rédigés par Rav David PITOUN, pour Halacha Yomit
En Israël, nous lisons cette semaine 'HOUKAT. Pour lire ou écouter un Dvar Torah sur cette Paracha, cliquez ici.
הַמְעַט מִכֶּם, כִּי-הִבְדִּיל אֱלֹקֵי יִשְׂרָאֵל אֶתְכֶם מֵעֲדַת יִשְׂרָאֵל, לְהַקְרִיב אֶתְכֶם, אֵלָיו--לַעֲבֹד, אֶת-עֲבֹדַת מִשְׁכַּן ה', וְלַעֲמֹד לִפְנֵי הָעֵדָה, לְשָׁרְתָם. וַיַּקְרֵב, אֹתְךָ, וְאֶת-כָּל-אַחֶיךָ בְנֵי-לֵוִי, אִתָּךְ; וּבִקַּשְׁתֶּם, גַּם-כְּהֻנָּה. (במדבר טז-ט, י)
Est-ce donc peu, pour vous, que le D.ieu d'Israël vous ait distingués de la communauté d'Israël, en vous admettant auprès de Lui pour faire le service du Michkan (le Temple mobile du désert) d’Hachem, et en vous plaçant en présence de la communauté pour la servir ? Il t'a donc approché de Lui, toi et tous tes frères, les enfants de Lévi, et vous réclamez encore la Kéhouna (la prêtrise) ?! (Bamidbar 16-9, 10)
A travers ces versets, nous voyons de quelle façon Moché Rabbénou réprimande Kora’h et ses 250 compagnons.
Cependant, une question est posée par notre maître le Roch Yéchiva, le Gaon Rabbi Yehouda Tsadka z.ts.l, (Roch Yeshiva de Porat Yossef à Jérusalem, décédé en 1991) dans son livre Kol Yehouda :
N’est-il pas naturel que celui qui possède 100, désire 200 ?!
Moché Rabbénou est en train de reprocher à Kora’h et à son assemblée, d’avoir l’un des réflexes qui caractérisent le plus l’être humain : l’ambition !
Si Kora’h n’était jusqu’à présent qu’un Levi qui travaille dans le Michkan, comme tous les membres de sa tribu, qu’y a-t-il d’illégitime à désirer davantage ?!
La réponse à cette question se trouve dans les propos du Kétav Sofer (Rabbi Avraham Chémouel Binyamin SOFER, fils du ‘Hatam Sofer. Tchécoslovaquie 19ème siècle), qui définit d’abord les véritables réclamations de Kora’h et de ses 250 compagnons envers Moché Rabbénou.
Puisqu’ils réclament la Kéhouna, et cela, malgré qu’ils prétendent aussi que « toute l’assemblée est sainte », c’est qu’ils reconnaissent qu’il faut malgré tout un dirigeant.
Selon cela, qu’est-ce que cela peut-il changer que ce soit Moché ou un autre ?!
En réalité, leur véritable reproche envers Moché Rabbénou est le suivant :
« Comment pouvez-vous diriger le peuple, toi Moché, ainsi que ton frère Aharon, alors que vous n’avez pas subi l’esclavage en Egypte ?!!!! Vous n’êtes donc pas aptes à diriger un peuple qui a tellement souffert, vous qui n’avez connu aucune souffrance !!! Un vrai dirigeant, c’est quelqu’un qui a traversé les souffrances du peuple qu’il dirige !! »
Et à cela, Moché Rabbénou répond le contenu des deux versets cités au début de nos propos :
Est-ce donc peu, pour vous, que le D.ieu d'Israël vous ait distingués de la communauté d'Israël, en vous admettant auprès de Lui pour faire le service du Michkan d’Hachem, et en vous plaçant en présence de la communauté
pour la servir ? Il t'a donc approché de Lui, toi et tous tes frères, les enfants de Lévi, et vous réclamez encore la Kéhouna !
En clair : Toi aussi Kora’h, tu es de la tribu de Levi, qui - comme nous le savons - n’a absolument pas pris part à l’esclavage d’Egypte (grâce au fait qu’ils ne sont pas tombés dans le piège de Pharaon), et pourtant, Hachem vous a admis dans son Michkan, et vous trouvez encore juste de réclamer la Kéhouna !
Nous sommes ici face à un débat encore hélas d’actualité !
Qui est apte à gérer le peuple ?
Est-ce uniquement celui qui a connu les souffrances que le peuple a subi, ou bien ce n’est pas un critère qui détermine forcément l’aptitude à diriger ?
Nous constatons que les personnes qui pensent comme Kora’h (et il y en a encore beaucoup de notre époque !!), considèrent qu’un juif orthodoxe, érudit dans la Torah, ne peut pas être un dirigeant de notre société, et non pas pour des raisons de pratiques religieuses, mais tout simplement parce que ce type d’individu n’a pas le même parcours, ni le même vécu, que les gens du peuple.
Mais nous pouvons également constater que la vision qu’Hachem a de la chose, est complètement différente. Le fait que Moché et Aharon n’aient pas subi l’esclavage d’Egypte, n’en fait pas pour autant des personnes inaptes à diriger un peuple qui lui, a souffert de cet esclavage.
Il y a les critères de jugement qui sont ceux de gens comme Kora’h et son espèce, mais il y a aussi les critères de jugement qui sont ceux d’Hachem et de la Torah !!
Un verset de Téhilim fait allusion à cette révolte de Kora’h :
וַיְקַנְאוּ לְמֹשֶׁה, בַּמַּחֲנֶה; לְאַהֲרֹן, קְדוֹשׁ ה'. (תהלים קו-טז)
Ils ont jalousé Moché dans le camp, ainsi qu’Aharon, le saint d’Hachem » (Téhilim 106-16)
On peut interpréter ce verset ainsi :
Moché et Aharon sont - dans ce verset - des personnages représentant le juif pratiquant, sous deux aspects de la vie :
Moché Rabbénou - qui étudiait la Torah en permanence sous sa tante qui se trouvait à l’extérieur du camp – on lui reproche de ne pas être assez mêlé à la vie active « au sein du camp ».
On a toujours reproché aux juifs orthodoxes de trop vivre dans leur propre monde, sans se soucier de la société.
Puis, c’est à Aharon, le « saint » d’Hachem, à qui l’on reproche des choses.
Lui qui a passé toute sa vie, mêlé à la société, à toujours essayer de rétablir des relations entre gens fâchés, ou entre maris et femmes …
A lui, on lui reproche de trop s’occuper de la société, et on lui conseille de retourner à sa place, au milieu de ses livres « saints » !!
Quels que soient les choix d’un juif pratiquant, qu’il essaye d’œuvrer pour la société, ou qu’il ne se soucie que de son élévation spirituelle, il trouvera toujours des « Kora’h », des « Datan » ou des « Aviram », pour le montrer du doigt !!!
Chabbat Chalom