Date de la Halacha: 19 Sivan 5786 4 juin 2026
Il est enseigné dans les Pirké Avott (chap.3 Michna 12) :
Celui dont les actes sont plus grands que la sagesse verra sa sagesse pérenniser. Celui dont la sagesse est plus grande que les actes, sa sagesse ne pérennisera pas.
Notre maître le RACHBETS commente dans son livre Maguenn Avott :
« Celui dont les actes sont plus grands que la sagesse, verra sa sagesse pérenniser » ne signifie pas une plus grande proportion des actes sur la sagesse, car sans une importante dose de sagesse, comment l’individu pourrait-il posséder des actes nombreux, puisque les actes ne sont que le fruit de la sagesse et l’ignorant ne peut arriver à craindre la faute. De même, la Torah dit : « …vous les (les Mitsvot) enseignerez et vous les pratiquerez… » Ce qui signifie que c’est l’étude qui entraîne la pratique des Mitsvot.
Cette Michna désigne en réalité celui qui s’est engagé à mettre en pratique tout ce qu’il apprend. Lors de l’engagement, l’acte est considéré comme déjà réalisé. Le RACHBETS cite des références à travers les enseignements de nos maîtres qui constituent des bases à cette explication.
« Celui dont la sagesse est plus grande que les actes, sa sagesse ne pérennisera pas. » signifie que l’on étudie beaucoup sans pour autant mettre en pratique ce que l’on apprend. Dans cette condition, il aurait été préférable de ne pas étudier. Comme il est enseigné dans les Avott de Rabbi Nathann : ceci est comparable à une personne qui se rend chez un épicier en lui disant : « Donne-moi du vin et de l’huile. » L’épicier lui répond : « Apporte un ustensile. » La personne amène un ustensile en roseau qui ne peut pas contenir l’huile. L’épicier lui dit : « Tu ne possèdes même pas les ustensiles appropriés et tu réclames du vin et de l’huile ?! » De même, Hachem s’adresse aux Récha’im (les impies) en leur disant : « Vous ne possédez pas de bonnes actions et vous réclamez l’étude de la Torah ?! » Comme il est dit dans le livre des Téhilim : « Au Racha, Hachem dit : Qu’as-tu a raconter mes lois ?! »
L’explication de « …sa sagesse ne pérennisera pas » correspond à ce qui est enseigné dans la Guémara Sanhédrine (106b) au sujet de Doèg Ha-Adomi : Doèg n’est mort que lorsqu’il oublia ses connaissances en Torah, comme il est dit : « Il va mourir sans morale, et il s’égarera par sa folie » Car il étudiait sans mettre en pratique.
Nous devons nous pencher sur un autre point. En effet, comment est-il concevable que la Torah puisse s’attacher à des Récha’im ? Doèg était un Racha’ pourtant il n’en était pas moins un très grand sage sans son pareil dans la Torah. Comment peut-on comprendre que la Torah qui n’est que sainteté, qui émane directement d’Hachem depuis le ciel, qui est une Sagesse Divine, et pourtant des Récha’im peuvent montrer de l’assiduité dans leur étude et même grandir en elle ! Même Doèg, si ce n’était que le Roi David pria pour qu’il meurt sans sa sagesse et qu’un miracle se produisit et provoqua à Doèg l’oubli de sa Torah comme nous enseigne la Guémara Sanhedrin, sans cela il pouvait naturellement quitter ce monde en restant un sage dans la Torah. Comment donc un Racha’ de cette espèce peut-il de façon naturelle accéder à un niveau si élevé en connaissance de la Torah ?
La réponse à cette question est donnée par le Gaon Rabbi Avraham Israël ZEEVI zatsal dans son livre Or La-Yécharim (à la fin du livre Orim Guédolim). Il explique que chaque Ben Israël, au moment où son âme s’est tenue sur le Mont Sinaï, a reçu d’Hachem une part exclusive de la Torah, une part que seule la personne qui la reçoit sera plus tard à même de dévoiler dans le monde. La majeure partie de la Torah que chacun apprend ne provient pas de sa part exclusive, mais uniquement des parts qui ont été reçues par d’autres qui l’ont précédé et qui ont déjà dévoilé dans le monde ce que leur âme a reçu sur le Mont Sinaï. Ces commentaires et explications de la Torah qui ont été innovés par nos prédécesseurs planent dans l’air et lorsque nous les découvrons à travers l’étude, nous ne faisons en réalité que les « saisir » dans l’air. Il n’est pas donné à tout le monde d’avoir le mérite d’innover et de dévoiler la part exclusive qui lui a été octroyée sur le Mont Sinaï.
Il en est de même pour les Récha’im. Même si la crainte d’Hachem n’est pas présente dans leur esprit, ils peuvent malgré tout « saisir » eux aussi dans l’air ce qui a été déjà innové dans le monde dans le domaine de la connaissance de la Torah. Mais ils ne pourront en aucun cas – même avec la plus extraordinaire sagesse – dévoiler et innover cette part exclusive qui a été donnée à leur âme sur le Mont Sinaï.
C’est pour cette raison que le Tana emploie les termes précis « sa sagesse ne pérennisera pas ». Ce qui signifie la part de « sa » propre sagesse ne pérennisera pas s’il n’a pas la crainte d’Hachem à son esprit.
Il y a encore un sens profond à cet enseignement. En effet, celui qui étudie la Torah mais uniquement en disant, en apprenant et en comprenant les choses expliquées par ceux qui l’ont précédé dans les générations antérieures, cet homme n’étudie pas la Torah de façon directe d’Hachem mais en passant par des intermédiaires qui sont les sages qui ont innové ce qu’il étudie présentement.Par contre, celui qui a le mérite d’étudier la Torah en innovant et en dévoilant la part qui lui a été exclusivement donnée sur le Mont Sinaï, cet homme a le mérite d’étudier la Torah de façon directe sans le moindre intermédiaire, réellement d’Hachem lui-même.
C’est le sens du verset (dit au sujet du Roi David) : « Hachem est avec lui » car grâce à sa crainte d’Hachem, il mérite d’étudier la Torah directement d’Hachem, et de ce fait, la Halah’a est systématiquement fixée selon son opinion, car il n’y a que celui qui a la crainte d’Hachem qui a le mérite d’étudier une telle Torah qui représente « sa sagesse », qui pérennisera.