Date de la Halacha: 1 Adar 5769 25 février 2009
Question
Est-il permis de prétendre que tel moment est propice aux affaires, sous prétexte que la chance y est prédominante ?
Réponse
Cette question est en réalité liée aux Halah’ot relatives au Mé’onen et Ménah’èch (le devin), dont les détails sont nombreux, et il nous sera difficile de tous les développer dans cette rubrique.
Néanmoins, efforçons-nous, avec l’aide d’Hachem, de résumer le sujet.
Il est ramené dans la Guémara Sanhedrin (65b) :
Nos maîtres enseignent : Mé’onen. Rabbi ‘Akiva dit : c’est celui qui fait des calculs sur les différents moments et les différentes heures, en disant : tel jour est propice pour voyager, ou tel jour est propice pour les affaires … car selon cette personne, le moment précis est avantagé par une chance ou une malchance prédominante.
(Rachi explique que le terme « ME’ONEN » provient de la racine « ‘ONA », qui signifie période.)
C’est ainsi que tranche notre maître le RAMBAM :
« Quelle est la définition du Mé’onen ? Ce sont ceux qui définissent les périodes par l’astrologie, en disant que tel jour est bon, et que tel jour ne l’est pas… »
Cette Halah’a est également tranchée par MARAN dans le Choulh’an ‘Arouh’ (Yoré Dé’a chap.179), en ces termes :
Celui qui dit : « Ne me réclame pas l’argent que je te dois, car nous sommes le matin… » Ou bien « car nous sommes à la sortie de Chabbat… » Ou bien « car nous sommes à la sortie de Roch H’odech… » (Cette personne pense que tous ces moments ne sont pas de bon augure pour sortir de l’argent), transgresse un interdit.
À partir de cela, nous pouvons faire une remarque :
Comment ce fait-il donc que nos H’ah’amim (comme cela a été rapporté dans la précédente Halah’a) ont définis que lorsqu’un juif a un litige avec un non-juif, il doit tout mettre en œuvre afin de faire juger son affaire durant le mois d’Adar, où le Mazal (la chance) est favorable à Israël, et surtout pas durant le mois de Av, où le Mazal ne leur est pas favorable?
N’y a-t-il pas là une interdiction à titre de Mé’onen, comme l’ont tranchés le RAMBAM ainsi que MARAN dans le Choulh’an ‘Arouh’ ?
Notre maître le Rav ‘Ovadia YOSSEF Chlita répond à cette remarque avec les propos du RYTBA (cités eux aussi dans la précédente Halah’a), selon lesquels, même si Israël n’est pas soumis à la destinée définie par les astres (EIN MAZAL LEISRAËL), cependant, Hachem a décrété que le mois de Adar sera propice aux bonnes choses. Cela fait donc partie de la croyance au fait que tout est décidé par Hachem, sans la moindre relation avec les astres ou l’astrologie.
C’est ainsi qu’explique également le Gaon et Tsaddik Rabbi Chlomo Eli’ezer ALFANDERI (le Sabba Kaddicha) zatsal. (Il fit partie des Grands Rabbanim de Turquie. Il émigra à la fin de sa vie en Erets Israël et s’installa à Jérusalem. Il est décédé à l’âge de 117 ans. Trois jours avant sa disparition, il prit le temps de rédiger un fascicule contenant des remarques sur le livre Chou’t Minh’at El’azar. Tous les Rabbanim de Jérusalem étaient fortement impressionnés par le Rav qui était d’une nature ferme et déterminée. Il ne favorisait qui que ce soit. Lorsque notre maître le Gaon Rabbi Ezra ATTIE zatsal lui rendait visite et discutait de Torah avec le Rav, il ne manquait pas de dire constamment au Rav : « Voici ce que m’a dit l’un de nos élèves au nom de Rabbi Ovadia YOSSEF… » Car Rabbi Ezra ATTIE désirait fortement que notre maître le Rav Chlita (qui était son élève) ait le privilège d’entrer et de sortir et d’être connu des Guéonim de cette génération).
Nous pouvons donc en déduire que même s’il est certain qu’il n’y a pas de risque d’interdiction dans le fait de dire que les jours du mois d’Adar sont favorables à Israël, malgré tout, il est interdit de dire : « Tel jour est favorable aux affaires pour toutes les personnes nées sous le signe du poisson. » Ou bien qu’ils doivent s’abstenir de rencontrer les membres de leurs familles ce jour-là, ou bien toute sorte de futilités similaires. Il faut éduquer les enfants en leur inculquant de ne jamais attacher de l’importance à ces choses qui éloignent l’individu du chemin de la Torah.
En rapport avec notre sujet, nous pouvons également citer les propos de Rabbénou Yona de Gérone (nord-est de l'Espagne en Catalogne) qui écrit :
« Il existe une catégorie d’hommes et de femmes qui – lorsqu’ils entendent la voix du corbeau, disent qu’une mauvaise chose a été décrétée (qu’Hachem nous en préserve) … Ces gens sont remplis de fausses croyances, et affirment de façon très sérieuse que c’est ce qu’ils voient, et que c’est ainsi que les choses vont arriver. Selon eux, chaque fois que le corbeau chante, il arrivera une mauvaise nouvelle… Ces gens sont loin d’imaginer que c’est justement à cause de leur fausse croyance que le Satan se tient à leurs côtés et provoque la réalisation de toutes leurs « prévisions », afin qu’ils continuent à croire à de telles sottises. » Fin de citation des propos de Rabbénou Yona.