Date de la Halacha: 11 Cheshvan 5769 9 novembre 2008
Rabbi Yéhouda Ha-H‘assid écrit dans le Séfer ha-H’assidim :
« Celui qui possède une belle voix, doit veiller à ne pas chanter des airs étrangers, car c’est une ‘Avera (une faute), puisqu’on l’a gratifié d’une belle voix uniquement pour glorifier le Créateur bénit soit-il, et non pour la faute. »
Il semble qu’il fait allusion au fait de chanter des chansons non juives avec leurs paroles, car ce sont des chansons d’amour, comme l’écrit le RIF dans ses Téchouvot (le RIF est Rabbénou Itsh’ak EL FASSI, qui était le maître de Rabbi Yossef IBN MIGACH, qui était lui-même le maître du RAMBAM) en ces termes :
« Un officiant qui chante des chansons arabes, et qui exprime avec sa bouche des paroles grossières, doit être destitué des ses fonctions. On peut lui attribuer – à lui comme à ceux qui se comportent comme lui – le verset : « Elle a donné sa voix pour moi, mais je l’ai détesté. »
Ces propos du RIF sont cités au niveau Halah'ique par le RAMA (O.H chap.53).
Mais chanter des chansons sacrées ainsi que des cantiques sur une mélodie empruntée à des chansons d’amour, il semble qu’il n’y a là aucun interdit, car de la mélodie en elle-même, il n’y a ni interdit, ni même rappel de l’interdit.
Il est vrai que certains Poskim (décisionnaires) (comme le Gaon Rabbi Mass’oud RAKAH’ dans son livre Maa’ssé Rokéah’) pensent que même lorsque la chanson en elle-même est Kodech (sacrée), comme un Kaddish ou une Kédoucha, ou des paroles de glorification et de prière adressées à Hachem, malgré tout, la mélodie non juive que cette chanson contient peut la détériorer.
Cependant, selon l’opinion de nombreux Guéonim d’Israël, il faut aller à la souplesse sur ce point. Il est de notoriété que de nombreux Guéonim ont composé des chants et des louanges sur des mélodies de chansons d’amour, et parmi ces chants, les célèbres Bakachot composées par les Guéonim Rabbi Chlomo LANYADO, Rabbi Avraham ‘ANTABI, Rabbi Mordéh’aï LABATON, et de nombreux autres.
Le Gaon Rabbi Chlomo ALOUF Chlita (le Rav de la communauté Ahava Véah’va à New York) s’est lui aussi longuement étendu sur ce point dans une Téchouva (réponse Halah'ique), et il précise que même en admettant qu’il y ait une quelconque tare dans la mélodie (lorsqu’elle provient d’une chanson non juive) - comme le fait remarquer le Gaon Rav H’YDA selon qui toute mélodie non juive est imprégnée d’impureté et peut provoquer une déficience spirituelle à son auditeur - malgré tout, ceci n’est valable que lorsque la mélodie reste sous la dominance exclusive des non-juifs, car dans ce cas, elle est encore dans le domaine de l’impureté. Mais dès lors où l’on a transféré la mélodie vers des chants sacrés, il n’y a plus à craindre la moindre interdiction.
Le fait même que tous les Guéonim ont eux-mêmes agi ainsi constitue une véritable instruction de leurs bouches qu’il est tout à fait correct d’agir de la sorte.
Par conséquent, l’essentiel à retenir selon la Halah’a, est qu’il faut autoriser l’adaptation de textes sacrés sur des mélodies de chansons non juives.
Cependant, en ce qui concerne la prière, il faut donner préférence à des chants sacrés déjà connus de l’assemblée - même si ces chants ont été eux aussi adaptés sur des mélodies non juives – étant donné qu’avec le temps, les paroles non juives d’origine ont été oubliées pour laisser place aux textes Kodech adaptés sur la mélodie. Ils ont déjà quitté le domaine de l’impureté pour passer dans le domaine du sacré, et c’est ainsi que l’on agit.
Il est évident que même s’il est permis d’écouter des chansons non juives afin de pouvoir faire passer ces mélodies vers le domaine du sacré, ceci uniquement lorsqu’il n’y a pas la moindre crainte d’en arriver à penser à des choses interdites, pendant que l’on écoute ces chansons.
De même, il faut que ces chansons soient de nature apaisante et non des chansons qui n’inspirent que débauche et stupidité, car s’il s’agit de cette catégorie de chansons, il est certain qu’il n’y a pas de possibilité de permettre leur audition.