Halacha pour vendredi 19 Adar II 5784 29 mars 2024              

La Halacha est dédiée
Pour la guérison totale de Gabriel Ben Sultana (Teboul), Max Mordé'haï Ben Oraïda (Mimouni) parmi tous les malades d'Israël

Date de la Halacha: 19 Adar II 5784 29 mars 2024

Catégorie: General


TSAV

Commentaires rédigés par le Gaon Rav Ya’akov SASSON Chlita,
directeur de notre site Halacha Yomit,
et digne petit-fils de notre maître le Rav Ovadia YOSSEF z.ts.l

Il est dit dans notre Paracha :
Ordonne à Aharon et à ses fils ce qui suit : Ceci est la règle du sacrifice ‘Ola (holocauste). C'est le sacrifice qui se consume sur le brasier de l'autel, toute la nuit jusqu'au matin ; le feu de l'autel y doit brûler de même. (Vaykra 6-2)

Nos maîtres enseignent (Sifra, rapporté par Rachi) :
Le terme « Tsav » (ordonne) est synonyme de promptitude, pour le présent et pour les générations à venir. Rabbi Chim’on dit : Lorsqu’il est question de perte d’argent, le texte se doit de dicter la promptitude.

Cela signifie qu’étant donné que le sacrifice ‘Ola comprend une grande dépense financière pour les Cohanim -  puisque ce sacrifice avait la particularité d’être totalement consumé sur l’autel, et qu’aucune partie de ce sacrifice n’était consommée – Hachem met donc en garde les Cohanim dans l’accomplissement particulier de ce type de sacrifices.

Ces propos doivent nous interpeller :
En effet, il existe de nombreuses épreuves dans le monde.
Cependant, il arrive parfois que l’homme soit confronté à une épreuve susceptible de lui occasionner une énorme perte.
Cette épreuve peut même le toucher psychologiquement au point d’ébranler les fondements mêmes de sa réflexion.
Nous devons être préparés à ce type d’épreuves.

Le Talmud Yérouchalmi sur le traité Téroumot rapporte qu’un jour, Rabbi Yo’hanan perdit sa bourse d’argent. Au moment même où il constata cette perte, ses élèves vinrent lui soumettre une question de Torah très profonde, et Rabbi Yo’hanan ne sut répondre.
Ses élèves lui dirent :
« En perdant ta bourse d’argent, aurais-tu aussi perdu ton savoir ?! Pourquoi ne sais-tu pas répondre ?! »
Rabbi Yo’hanan leur dit :
« Le savoir dépend du cœur, et le cœur dépend de la poche ! C’est pourquoi, je ne sais pas vous répondre présentement. »

Nous apprenons de là que lorsque l’homme subit une perte, et en particulier une perte d’argent, il est à craindre que la chose lui fasse perdre aussi son savoir.
C’est pour cela que la Torah met particulièrement en garde les Cohanim sur l’accomplissement de sacrifices entraînant une perte d’argent, afin qu’ils ne fassent pas preuve de paresse dans leur saint travail.

Mais nous devons aussi méditer :
Dans le Midrach cité précédemment et rapporté par Rachi, il est question d’une promptitude ordonnée à Aharon « pour le présent et pour les générations à venir ».
Or, effectivement à l’époque de Aharon, les sacrifices existaient, mais en quoi cette ordre de promptitude est-il approprié pour les générations ultérieures à celle de Aharon ?
Après la destruction du Temple, il n’y avait malheureusement plus de sacrifices !
Pourquoi avons-nous besoin d’une promptitude particulière ?

Le Gaon auteur du livre Cha’ar Bat Rabim explique particulièrement bien la chose, à travers un enseignement de nos maîtres à la fin de la Guémara Ména’hot sur le verset de la Torah :
« Ceci est la Torah (loi) du sacrifice ‘Hattatt » (sacrifice que devait offrir une personne ayant transgressé involontairement certains interdits de la Torah), « Ceci est la Torah (loi) du sacrifice Acham » (sacrifice que devait offrir une personne ayant le doute si elle avait oui ou non transgressé certains interdits de la Torah).
Et nos maîtres commentent : Le terme « Torah » employé ici, vient nous apprendre que celui qui s’adonne à l’étude des lois du sacrifices ‘Hattatt, est comparable à celui qui a concrètement offert un sacrifice ‘Hattatt. Celui qui s’adonne à l’étude des lois du sacrifice Acham, est comparable à celui qui a concrètement offert un sacrifice Acham.
Rava commente un autre verset : « Ceci est la Torah pour la ‘Ola, pour la Min’ha (type de sacrifice pour certaines situations), pour le ‘Hattatt … ». Celui qui possède l’étude de la Torah, n’a besoin ni du sacrifice ‘Ola, ni du sacrifice Min’ha, ni du sacrifice ‘Hattatt !
Cela nous apprend que celui qui a le mérite de s’adonner à l’étude de la Torah, est comparable à celui qui offre tous les sacrifices dans le Temple !

Mais un homme pourrait venir et dire :
« Comment puis-je m’adonner à l’étude de la Torah ?! Je dois travailler chaque jour pour ma subsistance matérielle, Je subirais de grosses pertes si j’étudiais plusieurs heures chaque jour ! »
De même, une mère soucieuse pourrait dire :
« Comment puis-je envoyer mon fils étudier la Torah ?! Si je le place dans un établissement d’enseignement général, il y a un espoir qu’il puisse vivre très dignement, en devenant médecin ou programmateur informatique. Mais s’il étudie la Torah, que va-t-il devenir ?!

C’est pourquoi, la Torah nous met en garde de façon particulière :
Souvenez-vous ! Faites preuve de promptitude !
Lorsqu’un homme fait preuve de promptitude pour accomplir une Mitsva, ou pour toute chose, il concentre toute son attention sur l’objectif.
Il ne se tourne vers aucun autre élément parallèle.
Celui qui comprend la valeur de l’étude de la sainte Torah, la valeur de ceux qui l’étudient et la récompense qui les attend – récompense au sujet de laquelle il est dit : « Aucun œil ne l’a vue, excepté Toi Hachem » -, celui qui se met véritablement à croire qu’aucune des Mitsvot ne possède autant de valeur que l’étude de la Torah, comme il est dit : « Elle (l’étude de la Torah) est plus précieuse que des diamants », plus précieuse que le Cohen Gadol qui pénétrait dans le Kodech Ha-Kodachim (l’endroit le plus saint du Temple) (Sotta 4a), ou comme il est dit par ailleurs : Tous les désirs ne peuvent l’égaler (l’étude de la Torah), et nos maîtres commentent ce verset ainsi : Même les désirs célestes – qui sont les Mitsvot – n’ont pas de valeur comparable à celle de l’étude de la Torah.
Celui qui comprend tout cela, aura le mérite de faire preuve de promptitude et en sera récompensé, et c’est avec cette promptitude qu’il s’adonnera lui-même à l’étude de la Torah, qu’il éduquera ses enfants au maximum afin qu’ils aient le mérite eux aussi de faire partie de ceux qui étudient la Torah.

Malheureusement, il fut un temps où toutes ces valeurs furent oubliées.
Durant plusieurs siècles, il y eut au sien du peuple d’Israël des Grands de la Torah.
Chaque mère juive rêvait que son fils devienne un Talmid ‘Ha’ham (un érudit dans la Torah).
Depuis le Ciel, on s’est soucié que tous ces Grands de la Torah obtiennent leur subsistance matérielle, que ce soit dans la difficulté ou dans la largesse.
Mais depuis un peu plus de cent ans, lorsque le mouvement des « Lumières » (Maskilim) a commencé à se propager dans les saintes communautés du peuple d’Israël, il implanta une terrible destruction, au point où la Torah fut presque oubliée.
Pour exemple : dans les pays d’Orient, en quelques années seulement, la présence de gens qui étudiaient la Torah avait pratiquement disparue !
En Turquie, dans la prestigieuse ville de Istanbul (Kouchta), ou à Izmir – qui était encore jusqu’à il a cent ans ou un peu plus, un véritable centre de Torah où des Géants de la Torah ont poussé par milliers, des gens d’un niveau de piété et de sainteté très élevé, au point où jusqu’aujourd’hui leurs enseignements sont étudiés dans tous les lieux d’étude de la Torah – mais en quelques décennies seulement, cette communauté n’a plus produit que des comptables, des avocats, des médecins ou des ingénieurs, mais la quasi-totalité s’était éloigné de la Source d’eau vive qu’est l’étude de la Torah, de la vie selon notre sainte Torah.
Le même phénomène s’est produit à Tunis, à Salonique, et dans d’autres saintes communautés, qui ont subi un terrible coup en conséquence à l’affaiblissement, à la naïveté et au manque d’attention provoqués par les actes et la ruse des gens des Lumières.

Le Rav Ya’akov SASSON – auteur de ces commentaires – se souvient que lorsqu’il était enfant, il rapporta à son illustre grand-père – notre maître le Rav Ovadia YOSSEF z.ts.l – les propos de quelqu’un qui disait : « Comment un étudiant en Yéchiva pourrait-il vivre ?! Il n’a même pas le baccalauréat ! »
Notre maître le Rav z.ts.l répondit à son petit-fils : « Moi non plus je n’ai pas le baccalauréat ! »
La Torah enrichit ceux qui l’étudient (sincèrement) !
Nous croyons avec une foi entière qu’Hachem nourrit et fait vivre toute créature de Son univers ! Nous devons seulement réaliser un effort, mais cet effort n’est pas quantifié !

A une autre occasion, notre maître le Rav z.ts.l dit à son petit-fils (le Rav SASSON) :
« Regarde ! Lorsque nous vivions à une époque de misère, je me procurais difficilement un légume pour accompagner mon morceau de pain ! C’est ainsi que nous vivions dans notre jeunesse, moi et mon ami le Gaon Rabbi Barou’h BEN ‘HAÏM. Mais Barou’h Hachem, « Hachem relève le pauvre de la poussière, il soulève le nécessiteux des ordures », aujourd’hui nous vivons très bien Barou’h Hachem. Même ‘Ha’ham Barou’h BEN ‘HAÏM – qui était un véritable pauvre dans sa jeunesse – est parti s’installer aux Etats-Unis où il est devenu un important Rav, et Barou’h Hachem il profite d’une digne Parnassa ».
« Celui qui accomplie la Torah dans la pauvreté, l’accomplira dans la richesse. » (Pirké Avot 4-9).
Nous constatons cela même de notre époque, Barou’h Hachem !

Il est possible que ce sujet soit aussi allusionné dans notre verset initial :
« C'est le sacrifice qui se consume sur le brasier de l'autel, toute la nuit jusqu'au matin ; le feu de l'autel y doit brûler de même. » Celui qui fait preuve de promptitude et s’adonne à l’étude de la Torah, peut se demander : « Que va-t-il advenir de moi dans l’avenir ?! N’est-il pas bénéfique que je gagne encore un peu d’argent dont je profiterai dans ma vieillesse ?! »
Il faut lui répondre avec notre verset : « C'est le sacrifice qui se consume sur le brasier de l'autel, toute la nuit jusqu'au matin ; le feu de l'autel y doit brûler de même. »
Lorsqu’on commence à brûler quelque chose, il semble que l’on doit apporter davantage de matières combustibles afin d’allumer le feu. Mais ici, il ne s’agit pas d’un feu naturel, mais du feu de l’autel qui brûle pour l’éternité, un feu sacré qui brûle et qui fait vivre les cœurs de ceux qui étudient la Torah au sein du peuple d’Israël !

Soyons heureux car notre part est bonne, puisque nous possédons de notre époque la possibilité de multiplier l’étude de la Torah !
En effet, si dans les générations passées, où la misère régnait en tout endroit de façon terrible, et où les difficultés étaient très nombreuses, malgré tout, il n’existait pas une communauté du peuple d’Israël où il n’y avait pas de gens qui étudiaient la Torah.
En Tunisie, au Maroc, en Algérie, en Irak, en Espagne, en Italie, en France, en Turquie, en Allemagne ou en Pologne, en tout endroit se construisaient des Yéchivot dans lesquelles on étudiait la Torah de jour comme de nuit. Des chefs de familles venaient eux aussi s’y instruire, les femmes maîtrisaient - elles-aussi – la Halacha, et étaient remplies de crainte du Ciel et de pureté.
S’il en a été ainsi pour les générations passées, à fortiori de notre époque, où les possibilités sont beaucoup plus nombreuses pour la plupart des gens.
Il est donc certain qu’il nous incombe davantage de nous montrer prompts vis-à-vis de l’étude de la Torah, en soutenant les érudits de la Torah, en étudiant la Torah nous-mêmes et en la transmettant dans le but qu’elle soit pratiquée.

Chabbat Chalom !

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