Date de la Halacha: 19 Cheshvan 5787 30 octobre 2026
Commentaires rédigés par le Rav David PITOUN, pour Halacha Yomit
A la fin de notre Paracha, Hachem éprouve Avraham Avinou pour la 10ème et dernière fois, en lui demandant de lui offrir son fils Its’hak en sacrifice.
Avraham s’exécute et se prépare à emmener son fils sur le lieu indiqué par Hachem, le Mont Moriya. Sur le point d’accomplir l’ordre d’Hachem, Avraham est soudain arrêté par l’ange envoyé par Hachem, afin de lui signifier de ne pas toucher à Its’hak, car ceci n’était qu’une épreuve afin de tester sa crainte d’Hachem.
A ce moment, Avraham lève les yeux et constate qu’un bélier s’est pris les cornes dans un buisson. Avraham décide de l’offrir en sacrifice à Hachem à la place de son fils.
C’est là que l’ange s’adresse de nouveau à Avraham Avinou :
וַיִּקְרָא מַלְאַךְ ה' אֶל-אַבְרָהָם, שֵׁנִית, מִן-הַשָּׁמָיִם. וַיֹּאמֶר, בִּי נִשְׁבַּעְתִּי נְאֻם-ה' כִּי, יַעַן אֲשֶׁר עָשִׂיתָ אֶת-הַדָּבָר הַזֶּה, וְלֹא חָשַׂכְתָּ, אֶת-בִּנְךָ אֶת-יְחִידֶךָ. כִּי-בָרֵךְ אֲבָרֶכְךָ, וְהַרְבָּה אַרְבֶּה אֶת-זַרְעֲךָ כְּכוֹכְבֵי הַשָּׁמַיִם, וְכַחוֹל, אֲשֶׁר עַל-שְׂפַת הַיָּם; וְיִרַשׁ זַרְעֲךָ, אֵת שַׁעַר אֹיְבָיו. וְהִתְבָּרְכוּ בְזַרְעֲךָ, כֹּל גּוֹיֵי הָאָרֶץ, עֵקֶב, אֲשֶׁר שָׁמַעְתָּ בְּקֹלִי. (בראשית כב-טו, טז, יז, יח)
L'ange d’Hachem appela une seconde fois Avraham depuis le ciel.
Il dit : « Je jure par moi-même - a dit Hachem - que parce que tu as agi ainsi, parce que tu n'as point épargné ton enfant, ton fils unique. Je te bénirai ; je multiplierai ta descendance comme les étoiles du ciel et comme le sable du rivage de la mer, et ta postérité conquerra les portes de ses ennemis. Toutes les nations de la terre seront bénies grâce à ta postérité, en récompense de ce que tu as obéi à ma voix ». (Bérechit 22-15 à 18, fin de notre Paracha)
Question : Notre maître le Roch Yéchiva, le Gaon et Tsaddik Rabbi Yéhouda TSADKA z.ts.l (décédé il y a 35 ans, il fut le Roch Yéchiva de l’illustre et prestigieuse Yéchiva Séfarade de Porat Yossef à Jérusalem, fondée il y a plus d’un siècle) demande dans son livre « Kol Yéhouda » : Pourquoi l’ange d’Hachem ne donne pas cette grandiose bénédiction à Avraham dès la première fois, lorsqu’il arrête Avraham afin de lui signifier de ne pas toucher à Its’hak, car ceci n’était qu’une épreuve afin de tester sa crainte d’Hachem ? Pourquoi le bénir seulement lorsqu’il sacrifie le bélier à la place de son fils ? Avraham n’était-il pas déjà digne de la bénédiction au moment où il s’apprêtait à sacrifier son propre fils ?! Pourquoi l’est-il davantage lorsqu’il offre le bélier en sacrifice ?
En réalité, lorsqu’Avraham constate qu’il est finalement relevé par Hachem lui-même de son obligation d’offrir son fils en sacrifice, il en éprouve de la peine.
En effet, il est venu jusqu’ici uniquement dans le but d’apporter satisfaction à son Créateur, mais voilà qu’il est exempt de la Mitsva !
Que fait-on lorsqu’il pleut à torrent pendant la fête de Soukkot et que l’on s’apprête à prendre son repas sous la Soukka ? Quelques-uns d’entre nous s’efforceront d’attendre (dans la limite du raisonnable) que la pluie cesse, mais beaucoup d’entre nous rentreront chez eux en se précipitant, en ayant presque la joie d’être exempt de la Mitsva et de pouvoir prendre son repas dans le confort de la maison !
Que fait-on lorsqu’on arrive à la synagogue et qu’il n’y a pas Minyan ?
Quelques-uns d’entre nous vont courir vers une autre synagogue, mais beaucoup d’entre nous se contenteront de prier seul (dans le meilleur des cas !) et de rentrer chez eux sans attendre le Minyan, ni en chercher un autre !
Tous ces comportements sont contraires à celui d’Avraham Avinou !
Il ne pouvait concevoir d’être venu jusqu’ici dans le but d’apporter satisfaction à Hachem (Na’hatt Roua’h), et de ne pouvoir finalement rien lui donner, sous prétexte qu’il est exempt de la Mitsva !
C’est justement là qu’Avraham Avinou se met à chercher. Il lève les yeux
et cherche …
Et il aperçoit le bélier qu’il va offrir à Hachem à la place de son fils Its’hak.
C’est là qu’Avraham mérite toute la bénédiction d’Hachem !
Constatant qu’Avraham ne s’est pas contenté de repartir lorsqu’il apprend qu’il est relevé de son obligation, et qu’il éprouve même de la peine de ne pouvoir apporter satisfaction à son Créateur au point de chercher un substitut à son fils Its’hak, Hachem lui adresse Sa bénédiction seulement à ce moment précis.
Nous aussi, ne nous contentons pas de remplir nos obligations religieuses seulement lorsqu’on y est soumis !
Pour mériter LA Bénédiction d’Hachem, il faut savoir parfois anticiper sur des devoirs et obligations religieuses, même lorsqu’on en est totalement exempts !
Chabbat Chalom