Date de la Halacha: 29 Adar 5779 6 mars 2019
Question: Un repentant (Ba’al Téchouva) a commis dans le passé de nombreuses fautes, et a trébuché également sur l’idolâtrie, puis s’est repenti sincèrement. A-t-il le droit de raconter à d’autres personnes l’histoire de sa vie?
Réponse: Il est dit dans le livre de Téhilim (32-1): « … Heureux qui a porté les fautes, et dont les péchés sont couverts ».
Cela signifie : Heureux cet homme dont on ignore les fautes commises dans le passé.
C’est à partir de ce verset que Rav Cahana apprend dans la Guémara (Béra’hott 34b):
« Je considère comme effronté celui qui raconte ses fautes, car il est dit : « … Heureux qui a porté les fautes, et dont les péchés sont couverts ».
Les fautes doivent restées « couvertes », ce qui signifie « cachées » d’autrui.
Rachi explique dans la Guémara Yoma (86b) que cette discrétion en matière de fautes commises, a pour raison l’honneur d’Hachem.
En effet, il est souhaitable de cacher la faute, car plus quelqu’un commet des fautes de manière flagrante, plus l’honneur d’Hachem se diminue. (fin de citation de Rachi).
Lorsque les gens voient quelqu’un fauter, la crainte d’Hachem se refroidie en eux, et l’honneur d’Hachem diminue. Ce qui n’est pas le cas lorsque les gens ignorent les fautes d’une personne, il n’y a pas réellement de profanation du Nom d’Hachem.
Il semble à partir de là qu’il est préférable de cacher les fautes.
C’est ainsi que tranche le RAMBAM (chap.2 des règles relatives au repentir) qu’il est considéré comme de l’effronterie de dévoiler à autrui les fautes que l’on a commises envers Hachem. On doit au contraire se repentir devant Hachem en détaillant ses fautes (uniquement à Hachem), et les avouer. (Ce sujet possède de nombreuses nuances, et nous n’écrirons les choses que de manière globale).
Cependant, il est expliqué dans la Guémara Sotta (32b) que la Torah ordonne à celui qui a commis (involontairement) la faute de l’idolâtrie, d’offrir en sacrifice au Temple une chèvre, qui était le sacrifice spécifique pour expier la faute involontaire de l’idolâtrie.
La Guémara demande : Pourtant, lorsque le fauteur apporte une chèvre au Temple, tout le monde sait qu’il l’apporte parce qu’il a commis la faute de l’idolâtrie (car pour d’autres fautes, le fauteur pouvait apporter d’autres types d’offrandes pour lesquelles on pouvait penser qu’il ne s’agissait pas d’un sacrifice expiatoire, mais d’un sacrifice intégralement dédié à Hachem, comme une « ‘Ola »).
La Guémara répond qu’étant donné que cette personne à commis la gravissime faute de l’idolâtrie, Hachem ordonne d’apporter un tel sacrifice spécifique, afin que tout le monde sache la faute qu’il a commise, ce qui lui fera éprouver de la honte, et ainsi sa faute sera expiée.
Nous apprenons de là que si l’on a trébuché sur la faute de l’idolâtrie et que l’on s’est repenti, l’expiation de cette faute nécessite la honte.
C’est ainsi qu’il est expliqué dans une Michna du traité Méguila (25a), qu’il y a certains passages de la Torah que l’on ne traduisait pas en Targoum (araméen) en public, afin de ne pas humilier celui qui était concerné par la faute mentionnée dans ce texte (par exemple, on ne traduisait pas le texte qui relate la faute de Amnon fils du Roi David, par respect pour le Roi David).
En revanche, la Michna enseigne que l’on lisait et traduisait le texte qui relate la faute du Veau d’Or.
La Guémara explique que même si la lecture de ce texte pouvait causer de la honte à Israël, malgré tout, la chose leur est bénéfique afin que cette honte leur fasse expier leur faute.
Nous constatons également d’ici que pour expier la faute de l’idolâtrie (le Veau d’Or), il est nécessaire de diffuser la faute, afin qu’elle soit pardonnée.
C’est pourquoi, dans notre cas où ce repenti a également commis la faute de l’idolâtrie, il y a en réalité une raison valable à raconter à autrui ce qu’il a fait, afin que sa faute lui soit pardonnée.
Cependant, tout ceci est juste uniquement s’il raconte à quelques personnes, de sorte qu’il éprouve de la honte de ce qu’il a fait, et qu’il souffre de ses actes qu’il regrette amèrement, dans ce cas il n’y a pas de profanation du Nom d’Hachem, puisque dès que l’on entend ce qui s’est passé, on constate la souffrance et les regrets du fauteur.
Mais s’il raconte les chose avec calme, et à fortiori s’il éprouve une satisfaction de ce qu’il raconte, il lui est interdit de le faire, car il y a là la profanation du Nom d’Hachem.
Le Cha’aré Téchouva (sur Choul’han ‘Arou’h O.H chap.607) cite au nom du Gaon auteur du Panim Méirott qu’il ne faut jamais divulguer des fautes devant de nombreuses personnes, même celle de l’idolâtrie.
Il explique son opinion sur ce point.
Quoi qu’il en soit, si le fauteur raconte avec regrets et explique qu’il a même subit des malheurs en conséquence de ce qu’il a fait, en particulier s’il atteste qu’il fut même châtié pour ce qu’il a fait (voir Beit Ha-Levy sur Bérechit chap.18), et qu’il raconte en présence de peu de gens, on ne doit pas lui faire de remarque dans ces conditions.
Mais s’il se contente de raconter de manière ordinaire, en particulier devant de nombreuses peronnes, il est certain qu’il lui est interdit de le faire.
(Réponse rédigée par le Gaon Rabbi Ya’akov SASSON Chlita).