Date de la Halacha: 14 Cheshvan 5787 25 octobre 2026
Il y a environ 20 ans, notre maitre le Rav Ovadia YOSSEF z.ts.l s’est entretenu avec son digne petit-fils le Rav Ya’akov SASSON Chlita (directeur de notre site Halacha Yomit et Roch Kolel de Birkat Avraham) au sujet de la « Halacha Yomit », et il lui a exprimé son avis selon lequel, il serait bon de développer sur notre site de temps en temps des sujets Halachiques imprégnés de sujets de morale.
Nous allons dons parler à présent du devoir de « Bikour ‘’Holim » (rendre visite aux malades).
La Guémara Bava Métsi’a (30b) commente un verset de la Torah :
... וְהוֹדַעְתָּ לָהֶם, אֶת-הַדֶּרֶךְ יֵלְכוּ בָהּ ... (שמות יח-כ)
… Tu leur feras savoir le chemin qu’ils devront suivre… (Chémot 18-20).
La Guémara enseigne qu’il s’agit là du devoir de visiter les malades.
La Guémara Sotta (14a) enseigne au sujet d’un autre verset de la Torah :
אַחֲרֵי ה' אֱלֹקֵיכֶם תֵּלֵכוּ ... (דברים יג-ה)
Vous marcherez derrière Hachem votre D. (Dévarim 13)5) »
La Guémara demande : Est-il possible de marcher derrière la Ché’hina (la présence Divine) ?! N’est-elle pas faite de feu ?! N’est-il pas écrit :
כִּי ה' אֱלֹקֶיךָ, אֵשׁ אֹכְלָה הוּא ... (שם ד-כד)
Car Hachem ton D. est un feu dévorant … (Ibid.4-24) ?!
En réalité - explique la Guémara – le véritable sens de ce verset est le suivant :
Marche derrière « les qualités d’Hachem ». Comme Hachem habille ceux qui sont nus (Adam et ‘Hava) - comme il est dit :
וַיַּעַשׂ ה'ְ אֱלֹקִים לְאָדָם וּלְאִשְׁתּוֹ, כָּתְנוֹת עוֹר—וַיַּלְבִּשֵׁם. (בראשית ג-כא)
Hachem Elokim fit pour Adam et sa femme des tuniques de peaux et les habilla. (Béréchit 3-21), toi aussi, veille à habiller ceux qui sont nus (ceux qui n’ont pas de quoi s’habiller).
Comme Hachem rend visite aux malades (Avraham Avinou après sa Bérit Mila), comme il est dit :
וַיֵּרָא אֵלָיו ה', בְּאֵלֹנֵי מַמְרֵא ... (שם יח-א)
Hachem lui apparut dans les plaines de Mamré … (Ibid.18-1), toi aussi, rends visite aux malades.
Comme Hachem console les endeuillés (Its’hak Avinou après le décès d’Avraham), comme il est dit :
וַיְהִי, אַחֲרֵי מוֹת אַבְרָהָם, וַיְבָרֶךְ אֱלֹקִים, אֶת-יִצְחָק בְּנוֹ ... (שם כה-יא)
Et ce fut après la mort d’Avraham, Hachem bénit Its’hak, son fils …, (Ibid.25-11) [Rachi commente sur place : Il l’a consolé.], toi aussi, console les endeuillés.
Le principe général est qu’il nous incombe le devoir de se comporter avec bonté, et de pratiquer la bonté sous toutes ses formes, et entre autres, par le devoir de Bikour ‘Holim (rendre visite aux malades).
Le sens à ce devoir réside dans le fait qu’en allant visiter le malade, nous nous tenons proches de ses différents besoins, afin de pouvoir lui offrir toute aide possible ; que ce soit dans sa nourriture, sa boisson ou ses médicaments, ou simplement par un sage conseil, comme il est dit :
... וּתְשׁוּעָה, בְּרֹב יוֹעֵץ. (משלי יא-יד)
… La délivrance réside dans la multitude des conseillers. (Michlé 11-14), ou bien en lui nettoyant sa maison, comme la Guémara nous relate dans Nédarim (40a) :
Un jour, un élève de Rabbi ‘Akiva tomba malade. Aucun de ses compagnons ne vint lui rendre visite. Rabbi ‘Akiva lui rendit visite, et lorsqu’il arriva dans la maison de son élève malade, le grand maître se mit à laver et frotter la maison devant le malade. L’élève malade s’exclama : « Rabbi (mon maître) ! Tu m’as redonné la vie ! »
Quand Rabbi ‘Akiva sortit de la maison de son élève, il fit le Dérach (le commentaire) suivant : « Celui qui ne rend pas visite au malade, est comparable à un meurtrier ! » (Cette notion sera développée Bé’ezrat Hachem dans la prochaine Halacha)
Même lorsque le malade est assisté de médecins et d’infirmières qui veillent sérieusement à tous ses besoins, notre maître le Rav Ovadia YOSSEF z.ts.l écrit qu’il est malgré tout une Mitsva de lui rendre visite, de le réconforter, et de lui redonner courage.
Cette même Guémara Nédarim (40a) ajoute :
Si le visiteur est « du même âge » que le malade, il lui retire 1/60ème de sa maladie. Plusieurs explications ont été données dans les commentaires des Richonim sur cette notion « du même âge ». (Voir RAN et Nimouké Yossef)
Mais le Méiri explique : « du même âge », veut dire ici que le visiteur aime le malade et réciproquement, et que sa visite est agréable au malade, de part la personnalité qui vient lui rendre visite, tout ceci apaise le malade et diminue sa maladie.
Voici les propos du RAMBAM sur notre sujet (chap.14 des règles relatives aux rois, règle 4) : « La visite aux malades est un devoir qui incombe tout le monde, même le grand doit visiter le petit, et même plusieurs fois par jour, à la condition de ne pas fatiguer le malade par ces visites. Celui qui rend visite au malade, est considéré comme s’il avait pris une partie de sa maladie et l’a soulagé, et celui qui ne lui rend pas visite est considéré comme un meurtrier »
Il ressort des propos RAMBAM que les visiteurs doivent veiller sérieusement à ne pas fatiguer le malade, comme cela arrive fréquemment après un accouchement, lorsque les membres de la famille viennent visiter la nouvelle maman, immédiatement après son accouchement, pour montrer la joie que leur procure cette naissance. On en arrive parfois à « peser » sur la nouvelle maman qui a besoin à ce moment là de beaucoup de repos. Ces visites exagérées peuvent la déranger inutilement, chose qui ne correspond absolument plus au sens de la Mitsva de Bikour ‘Holim, mais plutôt au contraire.
Nous devons donc veiller soigneusement à se soucier du repos du malade, et de ce qui lui est bénéfique.
Il est encore rapporté dans cette même Guémara Nédarim (40a) :
Rav dit : Celui qui rend visite au malade, est épargné du jugement du Guéhinam, comme il est dit dans les Téhilim :
אַשְׁרֵי, מַשְׂכִּיל אֶל-דָּל; בְּיוֹם רָעָה, יְמַלְּטֵהוּ ה'. (תהלים מא-ב)
Heureux celui qui s’intéresse au pauvre ! [La Guémara explique que terme « pauvre » dans ce verset, fait allusion au malade] Au jour du mal, [« le mal », fait toujours allusion au Guéhinam] Hachem le sauvera. (Téhilim 41-2)
Cette Mitsva fait partie des rares Mitsvot pour lesquelles Hachem rétribue dans ce monde, comme il est dit à la suite de ce même verset des Téhilim :
ה' יִשְׁמְרֵהוּ וִיחַיֵּהוּ וְאֻשַּׁר בָּאָרֶץ; וְאַל-תִּתְּנֵהוּ, בְּנֶפֶשׁ אֹיְבָיו. (שם ג)
Hachem le protégera, lui conservera la vie, et il jouira du bonheur sur la terre: tu ne le livreras pas à la fureur de ses ennemis. (Ibid.3)
La Guémara explique : Hachem le protégera – de son Yétser Hara ‘(son mauvais penchant) ; lui conservera la vie – en lui épargnant les souffrances physiques ; il jouira du bonheur sur la terre – Tout le monde s’honorera de lui ; tu ne le livreras pas à la fureur de ses ennemis – Il n’aura que de bons amis et jamais de mauvais compagnons.