Question: Est-il permis aux employés d’établissements scolaires (religieux) d’utiliser le moyen de la grève dans le but d’améliorer leurs conditions de travail ?
Réponse : Dans la précédente Halacha, nous avons expliqué qu’il est permis aux employés et ouvriers d’instaurer des règles ou d’exprimer des revendications, afin d’améliorer leurs salaires ou autre. Nous avons fondé nos propos à partir des enseignements de nos maîtres et des décisionnaires.
A présent, nous allons traiter de la question au niveau des enseignants qui exercent dans des établissements scolaires religieux, afin de définir si eux aussi sont autorisés selon la Halacha à utiliser le moyen de la grève.
En effet, la différence entre des employés divers et des enseignants est évidente, puisque dans les établissements scolaires religieux, on enseigne la Torah et les Mitsvot. Or, le fait de faire cesser l’étude de la Torah dans le but de faire augmenter des salaires peut paraître interdit selon la Halacha.
Notre maître le Rav Ovadia YOSSEF z.ts.l (dans Chou’t Yéh’avé Da’at vol.4 page 247) cite sur ce point les propos de nos maîtres dans la Talmud (Bava Batra 21a) :
« Rav Yéhouda dit au nom de Rav : Une certaine personne doit être mentionnée pour le bien, et son nom est Yéhochoua’ Ben Gamla car sans lui, la Torah aurait été oubliée d’Israël. En effet, à l’origine, un enfant qui avait un père, celui-ci lui enseignait la Torah, mais l’enfant qui n’avait pas de père n’étudiait pas la Torah, comme il est dit : Vous enseignerez ces paroles à vos fils … On instaura donc l’installation d’enseignants de la Torah à Jérusalem, comme il est dit : « C’est de Tsion que sortira la Torah, et la Parole d’Hachem de Jérusalem ».
Mais là encore, l’enfant qui avait un père, celui-ci le montait à Jérusalem et lui faisait apprendre la Torah, mais l’enfant qui n’avait pas de père ne montait pas et n’apprenait pas … Jusqu’à ce que vienne Yéhochoua’ Ben Gamla et instaura que l’on installe des enseignants de la Torah dans chaque ville et dans chaque région.
C’est ainsi que tranchent le RAMBAM (chap.2 des règles relatives à l’étude de la Torah règle 1) ainsi que tous les décisionnaires.
Ces propos prennent leur source dans le traité Chabbat (119b) :
Rav Haménouna dit : Jérusalem ne fut détruite que parce qu’on y avait fait cesser l’étude de la Torah des enfants. Rabbi Chim’on Ben Lakich dit au nom de Rabbi Yéhouda Néssia : Le Monde ne repose que sur l’haleine dégagée par les enfants lorsqu’ils étudient la Torah, car il s’agit d’une haleine qui ne connaît pas la faute, et l’on ne fait cesser l’étude de la Torah des enfants en aucun cas, pas même pour reconstruire le Temple de Jérusalem.
Selon cela, la grève dans des établissements scolaires religieux qui entraînera inévitablement l’arrêt de l’étude de la Torah des élèves, constitue une grave transgression, car même en admettant que les réclamations de salaires des enseignants sont justifiées puisque leurs salaires n’est pas proportionnel à l’effort et à l’investissement fournis, malgré tout, rien ne justifie de laisser des milliers d’enfants d’Israël livrés à eux-mêmes et de les priver de l’étude de la Torah, simplement pour une augmentation de salaire.
Notre maître le Rav z.ts.l ajoute qu’en réalité, il est évident qu’après une telle grève, même lorsque les élèves retrouveront les bancs des écoles, ils ne pourront pas se concentrer correctement sur leur étude après avoir été déconnectés de la Torah pendant une période, comme nos maîtres l’enseignent dans le Talmud Yérouchalmi (Bérah’ot chap.8 Hal.5) : Si tu m’abandonnes un jour, je t’abandonnerais deux jours.
Particulièrement, lorsqu’on sait qu’une telle grève ne dure pas un ou deux jours mais une période assez longue, et personne n’en connaît l’aboutissement.
De plus, arrêter les études pendant une longue période ne peut qu’engendrer une dégradation morale chez les élèves et ceci pour des milliers d’enfants d’Israël.
Particulièrement en cette période où l’atmosphère des rues est spirituellement polluée.
L’enfance fait beaucoup mais les mauvaises fréquentations en font davantage.
Que peut faire cet enfant pour ne pas fauter ?!
C’est ainsi que tranche le Gaon Rabbi Moché FEINCHTEIN z.ts.l (dans Chou’t Iguérot Moché sect. H.M chap.59), en disant que même s’il semble que selon le strict Din on peut trouver des fondements à une grève d’employés aussi bien dans le Talmud que dans les décisionnaires, cependant, une grève d’enseignants de la Torah représente une grave transgression, car le Monde ne repose que sur l’haleine dégagée par les enfants lorsqu’ils étudient la Torah. Par conséquent, il est interdit aux enseignants selon le Din de faire grève pour faire augmenter leurs salaires, car il est interdit à quiconque de fauter dans le but de gagner de l’argent et d’améliorer la qualité de sa subsistance.
Si l’enseignant est réellement dans le besoin matériel, et qu’il lui est difficile d’enseigner du fait de sa préoccupation matérielle, s’il lui semble certain qu’en faisant grève durant un jour ou deux son salaire sera augmenté, il y a peut-être matière à autoriser la grève sous ces conditions puisqu’en agissant ainsi il pourra enseigner par la suite de façon correcte et avec davantage de concentration sans le souci de se trouver une activité professionnelle supplémentaire.
Cependant, même dans un tel cas, il faut une grande présence d’esprit afin d’évaluer soigneusement la chose et d’en peser tous les détails. Il faut malgré tout s’éloigner au maximum d’une telle solution. Fin de citation.
Selon cela, notre maître le Rav z.ts.l écrit que dans la réalité actuelle, il n’y a pas matière à autoriser les enseignants à faire grève et à ne pas enseigner la Torah aux enfants d’Israël, et une telle chose reste inadmissible au sein du peuple d’Israël.
Même si le devoir d’enseigner la Torah incombe principalement aux pères des élèves, malgré tout, les enseignants qui savent enseigner la Torah aux enfants d’Israël, et qui sont devenus avec le temps experts en la matière, il leur incombe à eux aussi le devoir d’enseigner la Torah aux enfants d’Israël, tel que tranche le RAMBAM (chap.1 des règles relatives à l’étude de la Torah) en ces termes :
« Il incombe à chaque sage d’Israël d’enseigner la Torah aux élèves, même s’il ne s’agit pas des siens, comme il est dit : tu les enseigneras à tes fils. Il fut transmis oralement au suet de ce verset : tes enfants – il s’agit de tes élèves, car les élèves sont appelés « fils », comme il est dit : « les fils des prophètes sont sortis … »
Il est évident que si les enseignants des matières religieuses font la grève, les élèves cesseront l’étude de la Torah. De même, lors des grandes vacances, la quasi majorité des élèves cesse d’étudier la Torah, et les parents ne veillent pas à leur enseigner la Torah durant cette période, à cause du souci de la subsistance de leurs foyers, sauf quelques rares exceptions de pères qui étudient avec leurs enfants durant quelques heures pendant cette période de vacances.
C’est pourquoi, il ne fait aucun doute que la grève d’enseignants de matières religieuses engendre l’interdit de « Bittoul Torah » (cessation de l’étude de la Torah).
Par conséquent, il est un devoir pour tous les enseignants de matières religieuses, qui craignent Hachem et qui attachent de l’importance à Son Nom, qui sont fidèles à notre Sainte Torah, de se révolter comme un seul homme et de s’unir contre la grève du système éducatif religieux, qui va à l’encontre de l’opinion de la Torah et de la Halacha. Ils devront se battre pour l’amélioration de leur situation par d’autres moyens.
Si malgré tout – à D.ieu ne plaise - une grève éclate et qu’ils ne peuvent la braver, ils devront faire un effort magistral afin de réunir les enfants dans des synagogues ou des maisons d’études, ou même chez eux, durant la période de grève, et leur enseigner le savoir, la morale, la justice et la droiture.
Dans son livre Avir Ha-Ro’im (vol.1), le Gaon Rav Ya’akov SASSON Chlita (digne petit-fils de notre maître le Rav z.ts.l, et directeur de notre site Halacha Yomit) raconte au sujet du Rav qui a enseigné la Torah à notre maître le Rav z.ts.l dans son enfance,
Rabbi Chélomo ‘ABBOU z.ts.l.
Il réunissait les élèves à la synagogue même pendant les jours de Chabbat et de fêtes, et leur enseignait la Torah d’une manière agréable. Il offrait à ses élèves bien aimés des cadeaux qu’il achetait avec son propre argent, pour toute bonne réponse qu’ils lui donnaient.
Parmi tous ses élèves, on ne trouva pas un seul qui ne poursuivit pas ses études en Yéchiva, du fait du grand amour qu’il éprouvaient envers leur maître, qui leur enseignait la Torah avec amour, pour la seule sanctification du Nom d’Hachem.