Halacha pour mardi 5 Sivan 5784 11 juin 2024              

La Halacha est dédiée
Pour la guérison totale de Gabriel Ben Sultana (Teboul), Max Mordé'haï Ben Oraïda (Mimouni) parmi tous les malades d'Israël

Date de la Halacha: 5 Sivan 5784 11 juin 2024

Catégorie: Shavou’ot


La fête de Chavou’ot

Extraits d’enseignements de notre maître le Rav Ovadia YOSSEF z.ts.l, recueillis par son digne petit-fils
le Gaon Rabbi Ya’akov SASSON Chlita, directeur de notre site Halacha Yomit

Certains ont l’usage de lire « Méguilat Ruth » (le Rouleau de Ruth) lors de la fête de Chavou’ot.
Ce livre représente essentiellement l’ascendance du roi David.
Qui a écrit ce livre ? Le prophète Chémouel, qui était l’équivalent de Moché et d’Aharon.
Il l’écrivit, bien que ce livre ne contienne pas beaucoup de règles et de lois. Il l’écrivit – par esprit prophétique - pour les générations futures.
Le contenu essentiel de ce livre a pour but d’enseigner à Israël pour les générations à venir, qu’il est interdit de quitter Erets Israël pour aller vivre à l’étranger.
Il y a des gens habitants Israël, qui aiment aller se promener et faire du tourisme à l’étranger, à Londres ou à Paris, mais ils ne s’y rendent pas pour y enseigner la Torah, seulement pour s’y promener. Ceci est une chose incorrecte, car il y a de très beaux endroits en Israël pour se promener. C’est là qu’ils devraient se rendre.

Il est dit au début de la Méguilat Ruth :
וַיְהִי, בִּימֵי שְׁפֹט הַשֹּׁפְטִים, וַיְהִי רָעָב, בָּאָרֶץ; וַיֵּלֶךְ אִישׁ מִבֵּית לֶחֶם יְהוּדָה, לָגוּר בִּשְׂדֵי מוֹאָב--הוּא וְאִשְׁתּוֹ, וּשְׁנֵי בָנָיו. וְשֵׁם הָאִישׁ אֱלִימֶלֶךְ וְשֵׁם אִשְׁתּוֹ נָעֳמִי וְשֵׁם שְׁנֵי-בָנָיו מַחְלוֹן וְכִלְיוֹן, אֶפְרָתִים--מִבֵּית לֶחֶם, יְהוּדָה; וַיָּבֹאוּ שְׂדֵי-מוֹאָב, וַיִּהְיוּ-שָׁם. (רות א-א, ב)  

A l'époque où gouvernaient les Juges, il y eut une famine dans le pays; un homme quitta alors Betlé’hem en Juda pour aller séjourner dans les plaines de Moav, lui, sa femme et ses deux fils. Le nom de cet homme était Eliméle’h, celui de sa femme Na’omi; ses deux fils s'appelaient Ma’hlon et Kilion; c'étaient des Ephratim de Betlé’hem en Juda. Arrivés sur le territoire de Moav, ils s'y fixèrent. (Ruth 1-1, 2).
Nos maîtres enseignent dans la Guémara Bava Batra 91a :
Eliméle’h, Ma’hlon et Kilion étaient des Guédolé Ha-Dor (des Grands de la génération). Pourquoi ont-ils été châtiés (de mort) ? Parce qu’ils ont quitté Erets Israël pour vivre à l’étranger.

Nos maîtres expliquent dans le Midrach ce qui s’est passé.
Eliméle’h était immensément riche. Il possédait des troupeaux de menu et de gros bétail, et en raison de la grande famine qui frappa le pays en ces temps, il redouta d’avoir à nourrir tout le monde et de rester sans un sou. C’est pourquoi, il fuit Erets Israël, et ils se rendirent – lui et ses deux enfants – dans les plaines de Moav. Mais la rigueur divine les frappa.
Dans un premier temps, ses troupeaux furent décimés, car Hachem – dans Sa grande miséricorde – ne frappe jamais les vies humaines en premier, mais d’abord les biens matériels. Ils perdirent donc leur argent, et lorsqu’ils ne retournèrent pas en Erets Israël, ils moururent.

C’est pour cela qu’au début, le texte dit seulement « un homme quitta alors Betlé’hem en Juda » sans mentionner son nom, car la miséricorde divine couvrit son nom, et il fut écrit simplement qu’un homme s’en alla. Mais la rigueur divine exprima une accusation, et il fut dit immédiatement « Le nom de cet homme était Eliméle’h ! », car en raison de l’accusation qui pesait sur lui, son nom fut mentionné pour les générations.
וַיָּמָת אֱלִימֶלֶךְ, אִישׁ נָעֳמִי ... (שם ג)

Eliméle’h, l'époux de Na’omi, y mourut … (ibid. 3).

Qui était Eliméle’h ?
Nos maîtres enseignent (Bava Batra ibid.) qu’il était l’un des fils de Na’hchon Ben ‘Aminadav, le prince de la tribu de Yéhouda.
Eliméle’h avait deux frères : Tov et Salmon.
Bo’az était le fils de Salmon. Cela signifie que Bo’az et Na’omi étaient cousins (Na’omi était elle aussi la fille d’un fils de Na’hchon), et leurs pères étaient les fils de Na’hchon.
C’est pourquoi, Boa’az dit :
כִּי גֹאֵל אָנֹכִי ... (שם ג-יב)

S'il est vrai que je suis ton parent … (ibid. 3-12)
Car Boa’az était un parent de Na’omi, la belle-mère de Ruth.

Na’omi était la fille du frère d’Eliméle’h (Eliméle’h a donc épousé sa nièce).
Mais Na’omi a beaucoup souffert durant sa vie. Elle savait que son époux et ses fils n’agissaient pas correctement en quittant Erets Israël, mais elle n’avait pas le pouvoir de les en empêcher.
Son époux et ses fils se rendirent dans les plaines de Moav, et elle se joignit à eux.
Mais ensuite il est écrit :
וַיָּמֻתוּ גַם-שְׁנֵיהֶם, מַחְלוֹן וְכִלְיוֹן; וַתִּשָּׁאֵר, הָאִשָּׁה, מִשְּׁנֵי יְלָדֶיהָ, וּמֵאִישָׁהּ. וַתָּקָם הִיא וְכַלֹּתֶיהָ, וַתָּשָׁב מִשְּׂדֵי מוֹאָב ... (שם א-ה, ו)

Puis Ma’hlon et Kilion moururent à leur tour tous deux, et la femme resta seule, privée de ses deux enfants et de son mari. Elle se leva alors, ainsi que ses belles-filles, et elle revint des plaines de Moav … (ibid. 1-5, 6).
Que signifie « Elle se leva » ? Dès la fin des 7 jours du deuil de son dernier fils, elle se leva et décida de retourner en Erets Israël, car elle se dit que c’était justement cette faute qui avait causé la mort de son époux et de ses enfants !

Lorsqu’elle quitta les plaines de Moav :
וַתֹּאמֶר נָעֳמִי, לִשְׁתֵּי כַלֹּתֶיהָ, לֵכְנָה שֹּׁבְנָה, אִשָּׁה לְבֵית אִמָּהּ ... וַתִּשַּׁק לָהֶן, וַתִּשֶּׂאנָה קוֹלָן וַתִּבְכֶּינָה.
וַתֹּאמַרְנָה-לָּהּ: כִּי-אִתָּךְ נָשׁוּב, לְעַמֵּךְ. וַתֹּאמֶר נָעֳמִי שֹׁבְנָה בְנֹתַי, לָמָּה תֵלַכְנָה עִמִּי ... וַתִּשֶּׂנָה קוֹלָן, וַתִּבְכֶּינָה עוֹד; וַתִּשַּׁק עָרְפָּה לַחֲמוֹתָהּ, וְרוּת דָּבְקָה בָּהּ. וַתֹּאמֶר, הִנֵּה שָׁבָה יְבִמְתֵּךְ, אֶל-עַמָּהּ, וְאֶל-אֱלֹהֶיהָ; שׁוּבִי, אַחֲרֵי יְבִמְתֵּךְ. (שם פרק א-ח, ט, י, יא, יד, טו).

Na’omi dit à ses deux belles-filles : « Rebroussez chemin et rentrez chacune dans la maison de sa mère … » Elle les embrassa, mais elles élevèrent la voix en sanglotant.
Elles lui dirent : « Non, avec toi nous voulons nous rendre auprès de ton peuple. » Na’omi reprit : « Rebroussez chemin, mes filles; pourquoi viendriez-vous avec moi ? » …
De nouveau elles élevèrent la voix et sanglotèrent longtemps; puis ‘Orpa embrassa sa belle-mère, tandis que Ruth s'attachait à ses pas. Alors Na’omi dit : « Vois, ta belle-sœur est retournée à sa famille et à son dieu; retourne toi aussi et suis ta belle-sœur ! » (Ibid. 1-8, 9, 10, 11, 14, 15).
Cela signifie que Na’omi repoussa Ruth. Elle lui dit : « Pourquoi m’accompagner ?? Retourne dans la maison de tes parents ! » Les parents de Ruth n’étaient pas juifs.

Mais Ruth lui répondit :
וַתֹּאמֶר רוּת אַל-תִּפְגְּעִי-בִי, לְעָזְבֵךְ לָשׁוּב מֵאַחֲרָיִךְ: כִּי אֶל-אֲשֶׁר תֵּלְכִי אֵלֵךְ, וּבַאֲשֶׁר תָּלִינִי אָלִין--עַמֵּךְ עַמִּי, וֵאלֹקיִךְ אֱלֹקי. בַּאֲשֶׁר תָּמוּתִי אָמוּת, וְשָׁם אֶקָּבֵר; כֹּה יַעֲשֶׂה ה' לִי, וְכֹה יוֹסִיף--כִּי הַמָּוֶת, יַפְרִיד בֵּינִי וּבֵינֵךְ. (שם א-טז, יז).

Mais Ruth répliqua : « N'insiste pas près de moi, pour que je te quitte et m'éloigne de toi; car partout où tu iras, j'irai; où tu demeureras, je veux demeurer; ton peuple sera mon peuple et ton D.ieu sera mon D.ieu. Là où tu mourras, je veux mourir aussi et y être enterrée. Qu’Hachem m'en fasse autant et plus, si jamais je me sépare de toi autrement que par la mort ! » (Ibid. 1-16, 17).
Ruth persista à devenir juive, et à accompagner Na’omi en Erets Israël
C’est alors qu’il est dit :
וַתֵּרֶא, כִּי-מִתְאַמֶּצֶת הִיא לָלֶכֶת אִתָּהּ; וַתֶּחְדַּל, לְדַבֵּר אֵלֶיהָ. (שם פרק א-יח).

Na’omi, voyant qu'elle investissait des efforts pour l'accompagner, cessa d'insister près d'elle. (Ibid. 1-18)

Les décisionnaires débattent afin de définir si Ma’hlon et Kilion ont épousé des femmes converties, ou bien étaient-elles non-juives ?
Il existe un débat sur cette question :
Il est enseigné dans le Zohar ‘Hadach (Péssikta) :
« A D.ieu ne plaise de dire que des Grands de la génération comme Ma’hlon etKilion ont épousé des femmes non-juives ! Ils les ont converties ! »
Cela signifie que Ruth et ‘Orpa s’étaient déjà converties, et elles étaient donc juives.

Mais s’il en est ainsi, on peut s’interroger :
Pourquoi est-il dit que Na’omi repoussa Ruth ? Ce n’est que lorsque Ruth insista que Na’omi accepta qu’elle l’accompagne. Si Ruth était non-juive à cet instant, les choses sont compréhensibles, car telle est la Halacha lorsqu’un non-juif se présente avec le désir de se convertir, nous ne devons pas l’accepter tout de suite, mais le repousser dans un premier temps. Et ce n’est que lorsqu’il le désire de tout son cœur, que nous l’acceptons. Il en fut ainsi avec Ruth, puisque Na’omi n’accepta pas au départ que Ruth se convertisse, et ce n’est que lorsqu’elle vit que Ruth le désirait vraiment qu’elle l’accepta. Tout ceci, dans l’hypothèse où Ruth était encore non-juive.
Mais si l’on dit que Ruth était déjà convertie, pourquoi Na’omi se comporte-t-elle ainsi envers elle ? Elle devait plutôt se montrer immédiatement accueillante envers elle et envers ‘Orpa ?!

En réalité, Ruth et ‘Orpa étaient converties avant leurs mariages respectifs.
Mais le processus de leur conversion comportait une faille du point de vue de la Halacha.
En effet, il est enseigné dans la Guémara Yébamot (46a) qu’une conversion doit être réalisée en présence de 3 Dayanim (juges rabbiniques) aptes à juger. Or, la conversion de Ruth et de ‘Orpa a été faite dans les plaines de Moav, où il n’y avait absolument pas de Dayanim aptes à juger !
Comment les ont-ils donc converties ??
En fait, selon l’opinion des Tossafot, si tout le monde constate que la convertie se comporte selon la loi juive, qu’elle va s’immerger régulièrement dans le Mikvé et qu’elle agit comme toutes les femmes juives, la présence de 3 Dayanim n’est pas nécessaire.
Ma’hlon et Kilion pensaient selon l’opinion des Tossafot, et de ce fait, ils se sont fiés à la conversion de leurs épouses, bien qu’il n’y avait pas la présence de 3 Dayanim.

Mais en réalité, la Halacha n’est pas fixée selon l’opinion des Tossafot sur ce point, car le RIF et le RAMBAM contestent leur opinion, et ils tranchent qu’une conversion sans 3 Dayanim présents n’a aucune valeur. Et telle est la Halacha.
Na’omi savait que telle était la Halacha, et elle décida de ne pas considérer Ruth et ‘Orpa comme étant juives. Elle devait donc les repousser.
Ce n’est que lorsqu’elle vit que Ruth était fermement décidée et insistait pour l’accompagner, qu’elle l’accepta.

Ensuite, il est écrit :
וַתֵּרֶא, כִּי-מִתְאַמֶּצֶת הִיא לָלֶכֶת אִתָּהּ; וַתֶּחְדַּל, לְדַבֵּר אֵלֶיהָ. (שם פרק א-יח).

Na’omi, voyant qu'elle investissait des efforts pour l'accompagner, cessa d'insister près d'elle. (Ibid. 1-18)
Ce verset mérite attention :
Na’omi était une femme âgée, alors que Ruth était jeune. Comment se fait-il que Ruth investit des efforts pour marcher avec Na’omi ?? En général, lorsqu’une jeune personne et une personne âgée marchent ensemble, c’est la personne âgée qui fournit des efforts pour marcher, car il lui est difficile de de tenir le rythme de la marche de la jeune personne.
Alors qu’ici nous voyons le contraire !
En réalité, lorsque Ruth accepta sur elle la Torah de manière authentique, sa force diminua, car la Torah affaiblit la force de l’homme (comme enseigné dans la Guémara Ta’anit 8a). C’est ainsi que Na’omi comprit que Ruth acceptait réellement sur elle le joug de la Torah, et elle lui permit de l’accompagner.

En définitif, Ruth devint une femme exceptionnelle au sein du peuple d’Israël.
« La mère de la royauté ». C’est d’elle que sortit toute la royauté de la maison de David, comme lui dit Boa’az :
יְשַׁלֵּם ה', פָּעֳלֵךְ; וּתְהִי מַשְׂכֻּרְתֵּךְ שְׁלֵמָה, מֵעִם ה' אֱלֹקֵי יִשְׂרָאֵל, אֲשֶׁר-בָּאת, לַחֲסוֹת תַּחַת-כְּנָפָיו. (שם פרק ב-יב)

Qu’Hachem te donne le prix de ton œuvre de dévouement! Puisses-tu recevoir une récompense complète d’Hachem, D.ieu d'Israël, sous les ailes duquel tu es venue t'abriter !
(Ibid. 2-12).
Pourquoi cette répétition ? « Qu’Hachem te donne le prix de ton œuvre », et encore
« Puisses-tu recevoir une récompense complète » ?
Ruth était la fille de ‘Eglon roi de Moav, et elle choisit la vie d’une fille pauvre, elle alla ramasser des grains d’orge, elle abandonna tout pour être juive !
C’est pourquoi Boa’z lui dit qu’elle ait le mérite d’une double récompense, car elle a tout fait de tout son cœur !

Ce n’est pas pour rien que Ruth mérita que la royauté de la maison de David sorte d’elle, puisque de Boa’az elle eut ‘Oved, qui lui-même engendra Ichaï, et Ichaï engendra David.
Elle mérita la royauté dans obstacles, elle vit le roi Chélomo sur son trône (Bava Batra 91b), jusqu’à la fin !

C’est pourquoi, heureux celui qui se comporte toujours avec dévouement envers Hachem, qui soutient la Torah jour et nuit ! Que toutes les études que nous réalisons soient bénéfiques, que nos prières soient acceptées devant Hachem, qu’aucun mauvais décret ne vienne s’abattre sur Israël, et en particulier, qu’Hachem veille sur les étudiants des Yéchivot qui étudient la Torah, qu’aucun décret ne s’abatte sur eux, et qu’ils aient tous le mérite de continuer à étudier la Torah, car les paroles de la Torah sont notre vie et la longévité de nos jours, nous devons les étudier jour et nuit !

‘Hag Saméa’h !

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