Date de la Halacha: 29 Tevet 5784 10 janvier 2024
Question : Faut-il réciter la bénédiction de Chéhé’héyanou lorsque l’on consomme pour la première fois dans l’année des agrumes comme un pamplemousse ou une orange ?
Réponse : Nous devons tout d’abord introduire le fait que celui qui consomme pour la première fois de l’année un fruit saisonnier, doit réciter la bénédiction de Chéhé’héyanou après avoir récité au préalable la bénédiction adéquate à ce fruit, comme « Boré Péri Ha-Ets » pour un fruit de l’arbre. Il devra ensuite réciter la bénédiction de Chéhé’héyanou et consommer, comme nous l’avons expliqué dans les précédentes Halachot.
Des fruits greffés
Concernant notre question à propos des agrumes, il faut tout d’abord traiter le problème du greffage, car il est de notoriété qu’une grande partie des agrumes ne sont pas des fruits naturels, mais sont le fruit de greffes entre plusieurs espèces, effectuées par les hommes. Prenons par exemple le pamplemousse, il résulte de la greffe de l’orange et du pomelo. Concernant les oranges, certains sont d’avis qu’ils sont également le fruit d’une greffe entre deux espèces.
Certains décisionnaires sont d’avis que l’on ne peut pas réciter la bénédiction de Chéhé’héyanou sur de tels fruits qui ont été conçus à l’encontre de la volonté divine qui interdit de greffer des fruits.
Ainsi envisage également le Gaon auteur du livre Halachot Kétanot, car on ne peut pas réciter Chéhéh’éyanou sur une chose qui résulte d’un acte qui va à l’encontre de la volonté d’Hachem. C’est ainsi que tranchent également beaucoup d’autres décisionnaires, et parmi eux le Ben Ich ‘Haï (Réé), qui atteste que telle était la tradition à Bagdad de ne pas réciter Chéhé’héyanou sur l’orange.
Cependant le Gaon Ya’abets s’étonne de cet avis, car à partir de ce principe on ne devrait pas réciter non plus la bénédiction de Boré Péri Ha-Ets, puisque cela a été fait contre la volonté d’Hachem ?! Nous voyons donc que si Hachem a permis de consommer un tel fruit malgré qu’il ait été produit de manière interdite, il n’y a donc dans ce fruit aucun défaut, et il est donc considéré comme tous les autres fruits sur lesquelles on récite Chéhé’héyanou.
L’usage de réciter la bénédiction, face au principe de « Safek Béra’hot Léhakel »
Même si en général nous suivons la règle de « Safek Béra’hot Léhakel » (« dans un cas de doute s’il faut réciter ou non une bénédiction, on s’abstient »), dans ce cas précis, puisqu’il y a une tradition rependue de réciter la bénédiction de Chéhé’héyanou sur de tels fruits, telle est également la tradition de la ville de Jérusalem, comme en témoignent plusieurs décisionnaires.
Particulièrement concernant les agrumes, car de nombreux décisionnaires sont d’avis que même s’ils sont le résultat d’une greffe, il s’agit de deux fruits d’une seule et même espèce (agrume), or la greffe interdite par la Torah concerne uniquement la greffe de plusieurs espèces différentes.
Selon l’avis de notre maître le Rav ‘Ovadia YOSSEF z.ts.l, il est permis d’ordonner à un non-juif de greffer des fruits, et ainsi, selon tous les avis, on pourra réciter Chéhé’héyanou sur de tels fruits puisqu’ils n’ont pas été faits de manière interdite.
En conclusion: Si l’on consomme pour la première fois de la saison un agrume, on doit réciter la bénédiction de Chéhé’héyanou.