Halacha pour mardi 14 Cheshvan 5777 15 novembre 2016              

Pour la guérison totale de :
Gabriel Ben Simha
Nissim Ben 'Hanna (Roubach)
Azar Ben Lisa Kamouna (Cohen)
Maxime Moché Ben Sarah (Amar)
Michelle Bat Daisy Esther (Amar, née Madar)

Pour l'élévation de l'âme de :
Jacques Jacky Yaakov Ben Chalom (Ben Adiba) z''l
Alain Chélomo Ben Avraham (Sebban) z"l
Eliyahou El'hanan Its'hak Ben Yoël (Bouhnik) z"l
Ethan Eliyahou David Ben Fredj (Arfi) z"l
Georges Jojo Nissim Ben Moché (Hadjadj) z"l
Yvonne Ouarda Bat Sultana (Hadjadj, née Fitoussi) z"l

Date de la Halacha: 14 Cheshvan 5777 15 novembre 2016

Catégorie: Berachot


Jusqu’à quand peut-on réciter la bénédiction d’Acher Yatsar ? – Les propos du Maharam lors de son séjour en captivité

Question: Une personne va aux toilettes, se lave les mains et oublie de réciter la bénédiction d’Acher Yatsar. Quelque temps plus tard, elle se souvient qu’elle ne l’a pas récitée. Jusqu’à quand peut-elle réciter cette bénédiction?

Réponse:

Les propos du Maharam
Il est écrit dans le livre Chou’t MahaRah’ OR ZAROUA’ (Morenou HaRav Rabbi H‘aïm, fils de Rabbi Itsh’ak OR ZAROUA’) chap.101:
« J’ai demandé à mon maître Rabbénou Meïr (Maharam de ROTTENBOURG) zatsal :Jusqu’à quand peut-on réciter la Bérah’a de Acher Yatsar ? En effet, cette Bérah’a n’est pas comparable au Birkat Hamazone que l’on peut encore réciter tant que l’on se sent encore rassasié du repas, car dans ce cas précis, on tire encore profit de la nourriture qui se trouve encore dans les intestins, tant que l’on ne ressent pas la faim. Mais pour ce qui est d’Acher Yatsar, ce n’est pas le cas. Je n’ai pas entendu de limite dans le temps, de mon Saint Maître, sur ce point. »

Divergence d’opinion Halachique entre le Lévouch et le Ya’abets sur la question

Nos maîtres les Ah’aronim (décisionnaires ultérieurs au Choulh’an ‘Arouh’) discutent sur ce Din.
Certains pensent que l’on peut encore réciter Acher Yatsar à tout moment, sans limites dans le temps, puisque cette bénédiction n’est pas comme les bénédictions alimentaires, mais seulement une bénédiction pour glorifier Hachem. Or, dès l’instant où l’on est tenu de la réciter, on doit la réciter sans limites de temps. Ceci semble être l’opinion du Lévouch , et c’est ainsi que tranchent le Péri Mégadim et d’autres Poskim.
Par contre, le Gaon Ya’bets  (Rabbi Yaakov Ben Tsvi, fils du H‘ah’am Tsvi) écrit dans son Chou’t Cheilat Ya’abets (chap.15) que tant que l’on ne ressent pas de nouveau l’envie de retourner aux toilettes, on peut encore réciter la bénédiction d’Acher Yatsar, car on tire encore profit du fait d’avoir été aux toilettes, et l’on doit glorifier Hachem pour cela.
Nous pouvons constater que le Ya’abets ne pense pas comme le Lévouch et les autres décisionnaires que nous avons cités plus haut, puisque – selon le Ya’bets – la limite de cette bénédiction est liée avec le fait de tirer encore profit de son premier soulagement.
Cependant, notre maître le ‘HYDA, dans son livre Birké Yossef (chap.6, note 3) écrit que le Maharam LONZZANO z.ts.l tranche que si un certain laps de temps s’est écoulé, on ne peut plus réciter cette bénédiction. Mais il ne nous a pas défini à quoi correspond ce « laps de temps ».

Les propos du Gaon Rabbi Elyahou MANI et du Gaon Rabbi Yossef ‘HAÏM
Dans son livre Zih’ronot Eliyahou , le Gaon Rabbi Eliyahou MANI z.ts.l (le Rav de H‘evron, il y a environ 100 ans) rapporte au nom de son maître, le Gaon Rabbi ‘Abdellah SOME’H z.ts.al (le Grand de la Génération en Irak, il y a environ 150 ans), que lorsque notre maître le ‘HYDA écrit que s’il s’est écoulé un laps de temps, on ne peut plus réciter cette bénédiction, il veut dire 72 mn (1h12). En effet, on ne trouve pas d’importance Halah’ique à un laps de temps inférieur à celui-ci.
Mais le Gaon Rabbi Yossef ‘HAÏM de Bagdad z.ts.l tranche dans son livre BEN ICH ‘HAÏ (Paracha de Vayétsé, note 12), que s’il s’est écoulé ½ heure, on ne peut plus réciter cette bénédiction avec la mention du Nom d’Hachem et l’expression de Sa Royauté (A.D.O.N.A.Ï Elohénou Mélèh Ha-’Olam).

La première opinion de notre maitre le Rav z.ts.l, et son changement d’opinion
En 5714 (1954), notre maître le Rav Ovadia YOSSEF z.ts.l, publie le premier tome de son ouvrage Chou’t Yabiya’ Omer, dans lequel il écrit (chap.9):
« Il faut prendre en considération l’opinion de l’auteur du Ben Ich ‘Haï, selon laquelle, s’il s’est écoulé ½ heure, on ne peut plus réciter cette Bérah’a, car nous avons un grand principe : SAFEK BRA’HOT, LEHAKEL = Lorsqu’il y a un doute (divergence d’opinions Halah’ique) sur la récitation d’une Bérah’a, nous allons à la souplesse et nous ne la récitons pas. Or, puisque selon le Ben Ich ‘Haï, après ½ heure cela serait réciter une bénédiction en vain), il ne faut pas la réciter au-delà d’ ½ heure. »
Mais à la fin des années 70, notre maître le Rav z.ts.l publie un nouvel ouvrage : Chou’ t Yéh’avé Da’att. Dans le tome 4, notre maître le Rav z.ts.l écrit qu’il a vu les commentaires du RYTBA sur la Guémara Péssah’im (46a) dans lesquels il est écrit explicitement que l’on peut réciter la bénédiction de Acher Yatsar, tant qu’il ne s’est pas écoulé un laps de temps de 72 mn.

[N.D.T Il faut préciser les choses. La Guémara Péssah’im (46a) traite d’une personne qui n’a pas d’eau pour se laver les mains. Selon la Guémara, cette personne est tenue de marcher jusqu’à 1 Parsa devant elle, afin de trouver de l’eau et de pouvoir réciter la bénédiction. Il faut 72 mn pour marcher la distance d’1 Parsa. Cependant, la Guémara ne précise pas de quelle ablution des mains il s’agit. Selon Rachi et les Tossafot, il s’agit d’une personne qui veut se laver les mains pour manger du pain (Nétilatt Yadaïm). Mais le RYTBA écrit dans ses commentaires qu’il s’agit d’une personne qui est allée aux toilettes, et qui désire se laver les mains pour réciter Acher Yatsar.]

Il est donc expliqué de façon très claire que selon le RYTBA, tant que ne s’est pas écoulé le laps de temps de 72 mn, on peut encore réciter la bénédiction de Acher Yatsar.
Selon les principes de raisonnements de la décision Halah’ique, si l’on trouve au moins un Richon (un décisionnaire de la période médiévale) qui pense que l’on peut encore réciter une bénédiction (en l’occurrence, le RYTBA qui pense jusqu’à 72 mn), même si une majorité d’Ah’aronim tranche le contraire, il n’y a pas de « Safek Bérah’ott ». Nous estimons dans ce cas que si les Ah’aronim avaient vu les propos de ce Richon, ils auraient tranché comme lui.

[N.D.T il faut savoir que tous les livres des Poskim dont nous disposons aujourd’hui, n’ont pas tous été édités récemment. Les commentaires du RYTBA sur le Talmud, même s’ils ont été rédigés il y a environ 700 ans, n’ont vu le jour seulement depuis quelques décennies. Or, les conditions extraordinaires avec lesquels nous nous procurons aujourd’hui tous ces ouvrages, n’ont pas toujours été les même. Il n’est donc pas étonnant, ni même irrespectueux de considérer que notre maître le Ben Ich ‘Haï ou d’autres Ah’aronim n’aient pas vu les commentaires du RYTBA sur la Guémara.]

Par conséquent, du point de vue de la Halacha, il est évident que nous considérons que tant que ne s’est pas encore écoulé le laps de temps de 72 mn, on peut encore réciter la bénédiction de Acher Yatsar.

Toutefois, notre maître le Rav z.ts.l écrit que si l’on se rappelle avant que ne s’écoulent 72 mn, que l’on a oublié de réciter Acher Yatsar, mais que l’on ressent encore une envie d’aller aux toilettes, il ne faut pas réciter cette bénédiction à ce moment, mais seulement après y être retourné, on se lave les mains, et à ce moment-là, on récite Acher Yatsar en pensant aux 2 fois où l’on s’est rendu aux toilettes.

« Il ne m’abandonnera pas, même après ma mort »
Puisque les propos que l’on a cités ont été rapportés au nom du Maharam de ROTTENBOURG, nous citerons également un fait extraordinaire qui s’est produit avec le Maharam.
En effet, nous savons que le Maharam (qui vivait en Allemagne au moyen-âge) avait tenté de fuir l’Allemagne pour émigrer en Israël, mais il fut arrêté et condamné à la prison à vie. L’empereur (Rodolphe 1er) exigea une très forte somme d’argent pour sa libération, mais le Maharam fit savoir à la communauté juive qu’il leur interdisait de payer une rançon aussi élevée car ceci pourrait favoriser les rapts dans l’avenir. Ainsi, le Maharam resta en captivité jusqu’à la fin de ses jours. Il s’y consacra à l’étude de la Torah. Dans ses commentaires sur le traité Talmudique de Aholott (fin du chap.4), il écrit ainsi sur lui-même:
« J’a ajouté ces propos sur ce chapitre en étant emprisonné dans le donjon de Ensisheim (actuellement en Alsace en France). Gloire et louanges à mon D.ieu qui n’a pas ignoré ma prière, ni même sa bonté envers moi, même dans les ténèbres, sa parole fut une bougie pour mes pas et une lumière pour mon chemin, il ne m’a pas délaissé durant toute mon existence, et ne m’abandonnera pas, même après ma mort. »
Beaucoup ne saisirent pas le sens des propos du Maharam selon lesquels Hachem « ne l’abandonnera pas, même après sa mort ».
Mais quelques temps plus tard, les propos du Maharam prirent tout leur sens.
En effet, les autorités n’autorisèrent pas la restitution de la sainte dépouille du Maharam durant 7 ans. Ce n’est qu’au prix d’une très grosse somme d’argent (offerte par un juif juste et saint, qui eut le mérite d’être ensuite enseveli auprès du Maharam) que les autorités autorisèrent la restitution de la sainte dépouille du Maharam pour l’inhumer.
Lorsque la communauté juive reçu enfin la sainte dépouille de leur vénéré maitre, ils constatèrent avec stupeur que le corps du Maharam était intacte, sans la moindre moisissure !! Hachem ne l’avait donc pas abandonné « même après sa mort ».

Que nous ayons le mérite de le voir vivant, avec la venue du Machia’h, rapidement et de nos jours, Amen.

< < La Halacha précédente Halacha suivante > >