Dvar Torah pour vendredi 2 Nissan 5786 20 mars 2026

Vaykra - Savoir décrypter le message personnel d’Hachem

Commentaires rédigés par le Rav David PITOUN, pour Halacha Yomit

Après l’achèvement des travaux du Michkan, Hachem convie Moché à y pénétrer.

וַיִּקְרָא, אֶל-מֹשֶׁה; וַיְדַבֵּר ה' אֵלָיו, מֵאֹהֶל מוֹעֵד לֵאמֹר. (ויקרא א-א)
Il appela Moché. Hachem lui parla depuis la tente d’assignation, en ces termes. (Vaykra 1-1 premier verset de notre Paracha)

Les commentateurs s’étonnent du fait qu’il n’est pas mentionné le nom de Celui qui appelle.

L’Admour de SLONIM z.ts.l, auteur du Nétivot Chalom, a dit des choses merveilleuses sur ce sujet :
Le texte vient ici nous dire par allusion que la voix d’Hachem « appelle » l’individu à travers tous les évènements qu’il traverse dans sa vie.
A chaque évènement qu’il traverse, l’homme a la force « d’entendre » la parole d’Hachem, et l’appel dirigé vers lui.
L’appel d’Hachem transperce et monte en permanence, à chaque moment, à chaque instant.
Parfois, à travers des évènements de joie, qui portent la personne vers les sommets, et élèvent considérablement son esprit.
Parfois, à travers des crises et des peines qui viennent le visiter.
Comme lorsqu’il se trouve au sommet de la joie et au centre des danses, l’individu doit « entendre » la parole d’Hachem qui l’appelle et lui demande quelque chose, la situation est exactement identique lorsqu’il se trouve malheureusement dans la détresse !
La vie de l’homme et ses évènements ne sont qu’un appel constant de son Père qui est au Cie !!

Etant donné que chaque individu possède une fonction différente dans le monde d’Hachem, et que chacun doit remplir sa propre mission, celle pour laquelle il est venu au monde, il arrive parfois que le même évènement, la même occurrence, serve à transmettre un appel différent vers deux personnes différentes.

L’appel d’Hashem est un appel personnel, pour chacun !
L’appel dirigé vers l’un n’est pas comparable à celui entendu par l’autre.
Qui plus est, il est très fréquent que la voix qui parle à un juif peut être complètement le contraire de la voix qui s’adresse à un autre juif, aussi bien dans son aspect, ou dans la forme du message qu’elle transmet.
Ce n’est que lorsque chacun entend « son » appel, la voix qui « s’adresse à lui », lorsque chacun entend ce qu’il doit entendre, c’est là que - tous ensemble comme de façon individuelle – nous remplirons la volonté d’Hachem, et c’est à partir de là que l’on verra la délivrance et la réussite.

Histoire
Un fait tragique fut soumis au Gaon et Tsaddik Rabbi ‘Haïm KANIEVSKY z.ts.l :
Un jeune futur marié et sa fiancée se trouvaient à 3 semaines de leur mariage, quand ils apprirent que le ‘Hatan était atteint d’une maladie incurable. Il devait subir une série de traitements lourds qui ne garantissaient même pas sa guérison.
Les parents respectifs, accompagnés du ‘Hatan et de la Kala, se rendirent au domicile du Gaon Rabbi ‘Haïm KANIEVSKY z.ts.l, pour un Din Torah, afin qu’il statue sur le débat qui opposait à présent les deux familles.

Mais quel était le point du « litige » ?

Le ‘Hatan « revendiquait » le droit de ne pas affliger sa fiancée et lui causer de la peine pour toute sa vie. S’il fut décrété depuis le ciel qu’il devait souffrir, elle pour sa part ne devait pas souffrir à cause de lui. Par conséquent, il désirait se séparer de sa fiancée, en insistant sur le fait qu’il agissait de bon cœur, en se souciant seulement de son avenir et de sa vie future.
En totale opposition à ce que l’on a l’habitude d’entendre dans ce genre de situation, c’est le ‘Hatan qui proposait – avec beaucoup de courage – de se séparer !

Quelles étaient les « revendications » de la Kala ?

De son côté, la Kala s’opposait catégoriquement à la proposition de séparation, en disant qu’elle était disposée – de bon cœur et de façon parfaitement consentante – à supporter le terrible poids, et à se tenir aux côtés de son fiancé dans ses moments difficiles, à lui apporter toute l’aide nécessaire, à le réconforter et lui redonner l’envie de vivre.
Elle dit de façon tranchante :
« S’il a été décrété sur lui une telle souffrance, vais-je lui ajouter une souffrance supplémentaire en me séparant de lui ??! Il n’en est pas question !! »
Elle ajouta même que selon son sentiment personnel, le ciel la confrontait à une rude épreuve dès son entrée dans la vie commune, afin de définir si elle est une véritable aide pour son mari (« ‘Ezer Kénegdo »).
C’est pourquoi, elle déclara avec fierté qu’elle était prête à le prouver et à être une fidèle assistante pour son fiancé malade.

Cette forme si inhabituelle de présenter les « réclamations » des « parties adverses » entraîna une vive émotion dans la maison du Gaon Rabbi ‘Haïm KANIEVSKY z.ts.l.
Tout le monde pu constater que le ‘Hatan avait entendu « l’appel » qui lui était adressé depuis le ciel et qui lui dictait de renoncer à sa fiancée. Il avait répondu à cet appel avec tout son cœur, et avait exprimé une très forte volonté à renoncer, de sa propre initiative, au point de proposer lui-même la séparation.
On salua également le courage de la Kala, qui dévoilait un extraordinaire sacrifice pour son fiancé, en étant prête à aller dans le feu comme dans l’eau pour lui.
Après avoir entendu les deux parties, le Gaon Rabbi ‘Haïm KANIEVSKY z.ts.l statua qu’ils ne devaient pas se séparer, mais qu’au contraire, ils devaient aller jusqu’au mariage. Il les bénit très chaleureusement.

On entendit plus tard que tout s’arrangea pour eux de la meilleure façon possible.

L’une des personnes présentes s’approcha du Gaon z.ts.l et osa lui demander :  « Sur quoi le Rav se base-t-il pour statuer comme il vient de le faire ? »
Le Rav lui répondit :
« Il s’agit d’un Midrach explicite ! »
Le Rav indiqua à la personne les propos dans le Midrach Rabba sur Bérechit  (Paracha 33 Piska 1) où l’on raconte qu’Alexandre le Grand rendit visite au roi de Katsia. Il vit deux personnes se présenter devant le roi pour un litige.
Il s’agissait d’un terrain que l’un des deux avait vendu à l’autre, mais l’acheteur y avait trouvé un trésor.
Par opposition à toutes les formes de litiges entre les gens, dans ce cas-là le vendeur « réclamait » qu’il avait vendu le terrain avec le trésor, et de ce fait, le trésor appartient à l’acheteur. Mais l’acheteur « réclamait » qu’il avait acheté le terrain sans le trésor, et de ce fait le trésor appartient au vendeur.
Le roi de Katsia s’adressa à l’une des deux parties et lui demanda s’il avait un fils.  L’autre répondit par la positive.
Le roi s’adressa ensuite à l’autre partie et lui demanda s’il avait une fille.
L’autre répondit par la positive.
Le roi statua que le fils de l’un se marie avec la fille de l’autre, et de ce fait, le trésor appartiendra aux nouveaux mariés.
En entendant cela, Alexandre le Grand dit que si un cas comme celui-ci s’était présenté dans son royaume, il aurait statué d’une toute autre façon :
Il aurait ordonné que l’on tue le vendeur et l’acheteur, et que l’on place le trésor parmi le trésor royal.
Le Gaon Rabbi ‘Haïm KANIEVSKY z.ts.l déclara que de ce Midrach, nous apprenons clairement que lorsqu’un juif pense à l’autre, et qu’il renonce à sa propre personne, il ne perd jamais !!
Le fait est que le roi de Katsia lui-même - en constatant la considération mutuelle du vendeur et de l’acheteur, et la qualité de renoncement à leur propre personne - leur donna un judicieux conseil, afin qu’aucun d’entre eux ne perdre, en conséquence du renoncement à sa propre personne.

Il faut apprendre de ce Midrach qu’en parfaite contradiction avec ce que pense le monde en général, la perte n’arrive qu’à celui qui piétine l’autre, et désire lui faire du mal. Mais celui qui opte pour la qualité du renoncement à sa propre personne, gagnera et gagnera encore !!!

L’une des causes à ce gain est due au fait que chacune des deux parties a su « entendre » l’appel qui lui était adressé depuis le ciel !

Chabbat Chalom !