Commentaires rédigés par le Rav David PITOUN, pour Halacha Yomit
Tazri’a – La femme enceinte et la Cacheroute alimentaire :
Des conséquences sur le bébé
Au début de la Paracha de Tazria’, la Torah nous présente les lois d’impureté pour une femme qui met au monde un enfant.
וַיְדַבֵּר ה', אֶל-מֹשֶׁה לֵּאמֹר. דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, לֵאמֹר, אִשָּׁה כִּי תַזְרִיעַ, וְיָלְדָה זָכָר ... וְאִם-נְקֵבָה תֵלֵד ... (ויקרא יב-א, ב, ה)
Hachem parla à Moché en ces termes : Parle ainsi aux Béné Israël : lorsqu'une femme, ayant conçu, enfantera un mâle… Si c'est une fille qu'elle met au monde … (Vaykra 12-1, 2 et 5)
A la fin de la Paracha précédente (Chémini), la Torah présente les critères de Cacheroute concernant les animaux permis et interdits.
Le dernier verset de la précédente Paracha est :
לְהַבְדִּיל, בֵּין הַטָּמֵא וּבֵין הַטָּהֹר; וּבֵין הַחַיָּה, הַנֶּאֱכֶלֶת, וּבֵין הַחַיָּה, אֲשֶׁר לֹא תֵאָכֵל. (שם יא-מז)
Afin de discerner entre le sacré et le profane, entre l’animal consommable et celui qui ne l’est pas. (Ibid.11-47)
On peut se demander : Quel lien peut-il y avoir entre la précédente Paracha qui traite des règles relatives à Cacheroute alimentaire, et notre Paracha qui débute par des sujets relatifs à une femme qui met au monde un bébé ?
Dans son ouvrage « Vayomer Avraham » (tome 2 page 309),
le Gaon Rabbi Avraham PATTAL Ha-Lévy z.ts.l (beau-père de notre maître le Rav Ovadia YOSSEF z.ts.l) fait mention des propos du Gaon auteur du commentaire « Péri ‘Ets Ha-Gan » :
« La femme enceinte doit absolument se préserver de consommer pendant sa grossesse des aliments susceptibles de développer des penchants négatifs chez son enfant. Chaque aliment consommé par la femme durant sa grossesse influe considérablement sur l’enfant. Si la femme consomme – ‘Hass Vé-Chalom (à D. ne plaise) – des aliments impurs à la consommation selon la Torah, ces aliments entraineront une obstruction des capacités spirituelles de l’enfant, et son esprit en subira des séquelles. » Fin de citation du Péri ‘Ets Ha-Gan.
Nous trouvons l’application de ce principe lors du dévoilement de l’ange à la mère de Chimchon durant sa grossesse, comme le texte nous le décrit :
וְעַתָּה הִשָּׁמְרִי נָא, וְאַל-תִּשְׁתִּי יַיִן וְשֵׁכָר; וְאַל-תֹּאכְלִי, כָּל-טָמֵא. כִּי הִנָּךְ הָרָה וְיֹלַדְתְּ בֵּן, וּמוֹרָה לֹא-יַעֲלֶה עַל-רֹאשׁוֹ, כִּי-נְזִיר אֱלֹקִים יִהְיֶה הַנַּעַר, מִן-הַבָּטֶן; וְהוּא, יָחֵל לְהוֹשִׁיעַ אֶת-יִשְׂרָאֵל מִיַּד פְּלִשְׁתִּים. (שופטים יג-ד, ה)
Et maintenant, préserve-toi et ne bois plus ni vin ni bière, et ne consomme plus la moindre impureté. Car tu vas concevoir et enfanter un fils ; le rasoir ne doit pas toucher sa tête, car cet enfant doit être un Nazir consacré à Hachem dès le sein maternel, et c’est lui qui entreprendra de sauver Israël de la main des Philistins. (Livre de Chofetim 13-4, 5)
Nous pouvons constater que les capacités intellectuelles et spirituelles de l’enfant prennent leurs sources lorsqu’il se trouve encore dans le ventre de sa mère !
Nous retrouvons ce phénomène à travers deux faits relatés dans la Guémara Yoma 82b :
Une femme enceinte respira l’odeur d’un aliment le jour de Yom Kippour (ce qui a pour conséquence de nuire à la santé de la femme si elle n’en consomme pas).
On rapporta le fait à Rabbi (Rabbi Yéhouda Ha-Nassi). Il ordonna qu’on chuchote à l’oreille de la femme : « Aujourd’hui c’est Yom Kippour ! »
On alla chuchoter à l’oreille de la femme, et celle-ci cessa d’avoir envie de l’aliment dont elle avait respiré l’odeur.
En entendant cela, Rabbi dédia au futur enfant de cette femme le verset adressé au prophète Yirméya :
בְּטֶרֶם אֶצָּרְךָ בַבֶּטֶן יְדַעְתִּיךָ, וּבְטֶרֶם תֵּצֵא מֵרֶחֶם הִקְדַּשְׁתִּיךָ ... (ירמיה א-ה)
Avant même de t’avoir conçu dans le ventre, je te connaissais ! Avant même que tu sortes de la matrice de ta mère, je t’avais consacré … (Yirméya 1-5).
La femme accoucha plus tard d’un garçon qui ne fut autre que le célèbre Rabbi Yo’hanan.
Une autre femme respira elle aussi l’odeur d’un aliment le jour de Yom Kippour, mais rien ne lui fit cesser son envie de cet aliment.
Rabbi dédia au futur enfant de cette femme le verset du Téhilim :
זֹרוּ רְשָׁעִים מֵרָחֶם, תָּעוּ מִבֶּטֶן ... (תהלים נח-ד)
Les impies se fourvoient dès la matrice, ils s’égarent dès le ventre (de leur mère) … (Téhilim 58-4).
La femme accoucha plus tard d’un garçon qui ne fut autre que Chabbetaï, celui qui provoquait l’inflation en stockant les fruits.
Rachi explique : Il stockait volontairement la récolte de fruits, afin de provoquer l’inflation, ce qui constitue une grave faute, comme l’enseigne la Guémara Bava Batra (91b).
Ces deux anecdotes relatées par la Guémara nous montrent à quel point le comportement spirituel d’une mère durant sa grossesse, influe sur son enfant.
C’est pourquoi la Torah nous ordonne de s’écarter des nourritures interdites, et il incombe en particulier à la femme de s’en écarter lorsqu’elle est enceinte, afin de faire acquérir à son enfant une âme pure et resplendissante.
Métsora’ - Un moment pour se taire et un moment pour parler
Selon la Torah, une maladie appelée « la Lèpre » (qui est sans apport avec la maladie du même nom que nous connaissons de notre époque), pouvait frapper les personnes ainsi que des vêtements ou les murs d’une maison.
Cette maladie engendrait également une impureté, et la personne ou les vêtements, ainsi que la maison, touchés par cette maladie, devaient suivre un processus de purification décidé par le Cohen après examen.
Au début de la Paracha de Métsora’, la Torah nous présente le processus de purification d’une personne statuée lépreuse par le Cohen.
וְצִוָּה, הַכֹּהֵן, וְלָקַח לַמִּטַּהֵר שְׁתֵּי-צִפֳּרִים חַיּוֹת, טְהֹרוֹת; וְעֵץ אֶרֶז, וּשְׁנִי תוֹלַעַת וְאֵזֹב. וְצִוָּה, הַכֹּהֵן, וְשָׁחַט, אֶת-הַצִּפּוֹר הָאֶחָת--אֶל-כְּלִי-חֶרֶשׂ, עַל-מַיִם חַיִּים. אֶת-הַצִּפֹּר הַחַיָּה יִקַּח אֹתָהּ, וְאֶת-עֵץ הָאֶרֶז וְאֶת-שְׁנִי הַתּוֹלַעַת וְאֶת-הָאֵזֹב; וְטָבַל אוֹתָם וְאֵת הַצִּפֹּר הַחַיָּה, בְּדַם הַצִּפֹּר הַשְּׁחֻטָה, עַל, הַמַּיִם הַחַיִּים. וְהִזָּה, עַל הַמִּטַּהֵר מִן-הַצָּרַעַת--שֶׁבַע פְּעָמִים; וְטִהֲרוֹ, וְשִׁלַּח אֶת-הַצִּפֹּר הַחַיָּה עַל-פְּנֵי הַשָּׂדֶה. (ויקרא יד-ד, ה, ו, ז)
Sur l'ordre du Cohen, on apportera, pour l'homme à purifier, deux oiseaux vivants, purs; du bois de cèdre, de l'écarlate et de l'hysope. Le Cohen ordonnera qu'on égorge l'un des oiseaux, au-dessus d'un ustensile d'argile, sur de l'eau vive.
Il prendra l'oiseau vivant, ainsi que le bois de cèdre, l'écarlate et l’hysope ; il plongera ces objets, avec l'oiseau vivant, dans le sang de l'oiseau égorgé, qui s'est mêlé à l'eau vive; en fera sept aspersions sur celui qui se purifie de la lèpre, et, l'ayant purifié, lâchera l'oiseau vivant vers le champ. (Vaykra 14-4 à 7).
Rachi : Étant donné que les plaies (de la lèpre) sont engendrées par la médisance (Lachon Ha-Ra’), qui constitue la conséquence du bavardage, le texte a imposé pour la purification du lépreux, des oiseaux qui passent leur temps à caqueter en babillant (‘Ara’hin 16b).
Questions :
1. Pourquoi deux oiseaux ? Un seul n’aurait-il pas suffit ?
2. Pourquoi en égorger un et laisser l’autre en vie ?
3. Pourquoi lâcher l’oiseau vivant vers le champ, et non vers la mer, le désert ou la ville ?
Dans son livre Apiryonn, le Gaon Rabbi Chélomo GENZFRIED z.ts.l répond à ces questions en citant les propos de la Guémara ‘Houlin 89a :
Rabbi Its’hak dit : Quel est le sens du verset des Téhilim :
הַאֻמְנָם--אֵלֶם צֶדֶק, תְּדַבֵּרוּן; מֵישָׁרִים תִּשְׁפְּטוּ, בְּנֵי אָדָם (תהלים נח-ב)
Peut-on réellement rester muet ?! Parlez de justice ! … (Téhilim 58-2)
La véritable spécificité d’un être humain dans ce monde, c’est de se placer comme un muet. Ceci est-il vrai même pour les paroles de la Torah ? Non, puisque le texte conclut en disant : « Parlez de justice ! … »
Les commentateurs nous rappellent que les sacrifices avaient pour vocation de faire prendre conscience à la personne que tout ce qui est fait à l’animal, l’abatage rituel, la combustion, etc. …, devait lui être normalement infligé pour sa faute, mais Hachem - dans Sa grande bonté - lui a épargné tout cela en lui ordonnant d’offrir le sacrifice.
Selon cela, nous pouvons dire que si la Torah n’avait exigé au lépreux qu’un seul oiseau pour sa purification, le lépreux en aurait conclu que la parole est fondamentalement mauvaise, preuve en est, l’abatage de l’oiseau bavard !
Une telle conclusion aurait engendré plus tard chez le lépreux un total mutisme, même pour des paroles de Torah.
Mais en réalité, une telle conduite ne serait absolument pas justifiée !
En effet, nous avons constaté que la Guémara poursuit en demandant :
« Ceci est-il vrai même pour les paroles de la Torah ? Non, puisque le texte conclut en disant : « Parlez de justice ! … »
La parole – dans la prière et dans l’étude de la Torah - représente une chose indispensable pour chacun, et en particulier pour une personne qui a trébuché dans la faute du Lachon Ha-Ra’, comme nous l’enseignent nos maîtres dans la Guémara ‘Ara’hin 15b) : Rabbi ‘Hama Bar Rabbi ‘Hanina dit : Quel est le moyen de réparation pour une personne qui s’est heurté à la faute du Lachon Ha-Ra’ ?
S’il s’agit d’un érudit dans la Torah, qu’il étudie davantage, comme il est dit dans Michlé :
מַרְפֵּא לָשׁוֹן, עֵץ חַיִּים. (משלי טו-ד)
Le remède de la langue, c’est l’arbre de vie. (Michlé 15-4)
Or, nous savons que lorsqu’on emploie le terme « langue » dans la Torah, il ne s’agit que de Lachon Ha-Ra’. « L’arbre de vie » désigne l’étude de la Torah.
Afin d’éviter cette erreur, le lépreux doit apporter deux oiseaux le jour de sa purification : On égorgera l’un des deux afin de faire prendre conscience au lépreux qu’il y a effectivement des paroles pour lesquelles il est préférable de garder le silence. Mais le deuxième oiseau sera gardé en vie, afin de signifier qu’il existe des paroles qui sont non seulement souhaitées, mais qui entraînent la vie !
C’est ce que dit le verset des Téhilim cité précédemment : « Parlez de justice ! … », qui signifie ici étudier la Torah.
Similairement, il est écrit encore dans le livre de Michlé :
מָוֶת וְחַיִּים, בְּיַד-לָשׁוֹן ... (משלי יח-כא)
La mort et la vie dépendent de la langue … (Michlé 18-21)
De même, nos maîtres enseignent dans le Talmud Yérouchalmi :
Tous les bavardages sont mauvais, sauf les bavardages de Torah. (Yérouchalmi Béra’hot chap.9 Halacha 5)
Le fait de lâcher l’oiseau vivant – qui représente l’étude de la Torah - vers le champ, sert aussi à délivrer un message au lépreux.
En effet, le lépreux pourrait faire l’erreur de croire qu’il n’y a pas de différence entre l’étude de la Torah lorsqu’elle est réalisée dans le confort, et l’étude de la Torah lorsqu’elle est réalisée dans la difficulté.
Une telle pensée serait totalement erronée.
En effet, le texte dit dans Chir Ha-Chirim :
לְכָה דוֹדִי נֵצֵא הַשָּׂדֶה, נָלִינָה בַּכְּפָרִים. (שיר השירים ז-יב)
Viens, mon bien-aimé, sortons dans les champs, passons la nuit dans les hameaux. (Chir Ha-Chirim 7-12)
Or, dans le Midrach, Rava commente ce verset ainsi :
L’assemblée d’Israël s’adressa à Hachem en disant : Maître du Monde ! Ne me juge pas comme les habitants des grandes villes qui sont souvent coupables de vols, de débauche et de parjure. « Sortons dans les champs ! » Viens, je vais te montrer des érudits dans la Torah, qui étudient dans la difficulté !
Dans les textes de la Torah, le « champ » est donc l’allusion à l’étude de la Torah dans la difficulté.
Le fait que l’on doit lâcher l’oiseau vivant, exclusivement vers le champ pour la purification du lépreux, détourne notre regard en direction des « gens des champs », ceux qui étudient la Torah dans la difficulté.
Chabbat Chalom !