Des commentaires rédigés par le Rav David PITOUN, pour Halacha Yomit
Le remède avant la maladie
Le rêve de Pharaon
Au bout de deux années, Pharaon fit un rêve. Il se trouvait sur le fleuve. Mais voici que sept vaches montaient du fleuve, des vaches belles d’aspect et grasses de chair, elles broutaient dans l’herbe. Mais voici que sept autres vaches montèrent après elles du fleuve, des vaches laides d’aspect et maigres, elles se placèrent aux côtés des premières vaches, au bord du fleuve. Les vaches maigres dévorèrent les vaches grasses, et Pharaon se réveilla. Il se rendormit et rêva de nouveau. Voici sept épis de blé qui montaient sur une seule tige, des épis pleins et beaux. Mais voici que sept autres épis, maigres et flétris par le vent d'est, s'élevèrent après eux. Et ces épis maigres engloutirent les sept épis bons et pleins. Pharaon s'éveilla et c'était un rêve. (Bérechit 41-1 à 7, début de notre Paracha)
Midrach Rabba : « Au bout de deux années, Pharaon fit un rêve. »
C’est ce que veut dire le verset dans Iyov (Job) :
Il a mis un terme aux ténèbres ... (Iyov 28-3)
Hachem donna à Yossef quelques années à passer dans l’obscurité de la prison, mais lorsqu’arriva le terme, immédiatement, « Pharaon fit un rêve ». Fin de citation du Midrach.
On peut expliquer ce Midrach par l’enseignement de la Guemara Roch Ha-Chana (11a) : Yossef sortit de prison le jour de Roch Ha-Chana.
Or, il est aussi enseigné dans la Michna Roch Ha-Chana (16b) :
L’univers est jugé à 4 occasions dans l’année : à Pessa’h, sur la qualité et la quantité de la récolte ; à Chavou’ot, sur la qualité et la quantité des fruits de l’arbre ; à Roch Ha-Chana, toutes les créatures de l’univers passent devant Hachem en jugement, comme les bêtes d’un troupeau devant le berger ; à Soukkot, le monde est jugé sur la qualité et la quantité de l’eau.
Le Midrach se posait donc la difficulté suivante : Le rêve de Pharaon – qui avait un lien avec la récolte (puisque Yossef l’interprètera plus tard dans ce sens, avec l’annonce des sept années d’abondance et des sept années de famine qui suivront) - aurait dû se produire à Pessa’h où le monde est jugé sur la récolte, et non à Roch Ha-Chana.
C’est pourquoi, le Midrach rapporte le verset de Iyov « Il a mis un terme aux ténèbres. » car le moment où Yossef devait sortir de prison fut anticipé et arriva à Roch Ha-Chana, où toutes les créatures de l’univers passent en jugement ce jour-là devant Hachem. Et dès qu’arriva le terme, immédiatement, « Pharaon fit un rêve », afin de sortir Yossef de la prison, pour sauver toutes les créatures du monde, par sa sagesse.
C’est ainsi que les commentateurs expliquent ce que Yossef a dit à Pharaon après lui avoir interprété les rêves : « Maintenant, Pharaon doit voir un homme sage et intelligent, afin de le placer sur tout le pays d’Egypte. »
On pourrait effectivement s’interroger : Pharaon a-t-il demandé un conseil à Yossef ? Pharaon lui a seulement demandé l’interprétation d’un rêve !
Comment se permet-il de donner un conseil sans qu’on le lui demande ?!
Mais lorsque Yossef donna l’interprétation des rêves de Pharaon, en lui annonçant les sept années d’abondance qui seront suivies par sept années de famine, il constata l’étonnement de Pharaon : ces rêves auraient dû avoir lieu à Péssa’h où le monde est jugé sur la récolte, et non à Roch Ha-Chana où toutes les créatures de l’univers passent en jugement ce jour-là devant Hachem !
C’est alors que Yossef lui répondit qu’étant donné que toutes les créatures de l’univers passent en jugement ce jour-là devant Hachem, et qu’Il décrétera aujourd’hui qui vivra et qui ne vivra pas, qui montera vers la grandeur et qui descendra vers la geôle, c’est justement le moment où Pharaon doit choisir un homme suffisamment intelligent et qu’il soit placé à la tête du pays, afin de le sauver de la famine, comme cela a été décrété aujourd’hui, jour de Roch Ha-Chana.
‘Hanouka – Le miracle et le naturel
Dans son livre Darké Moussar, Rabbi Ya’akov NEYMANN z.ts.l nous rappelle la très célèbre question posée par MARAN dans le Beit Yossef (Ora’h ‘Haïm chap.670) :
Pourquoi célébrer la fête de ‘Hanouka et allumer les Nérot durant 8 jours, alors que le flacon d’huile trouvé par les ‘Hachmonaïm contenait déjà la quantité nécessaire pour permettre aux Nériot de la Ménorah du Beit Ha-Mikdach de rester allumés un jour ? Le miracle s’est donc produit durant 7 jours et non 8 !
Hormis les réponses proposées par MARAN lui-même et les décisionnaires, le Tsaddik Rabbi Sim’ha ZISSEL z.ts.l expliquait qu’en instaurant un souvenir du miracle, nos maîtres ont voulu exprimer que la nature est aussi un miracle !
Chaque jour où l’huile brûle, est en soi un miracle !
L’huile naturelle n’est intervenue en rien dans le déroulement du miracle.
Voici les propos du RAMBAN (dans son commentaire sur la Torah, fin de la Paracha de Bo) :
« C’est à partir des grands miracles de notoriété, que l’homme peut reconnaitre les miracles moins importants, qui sont les véritables fondements de toute la Torah.
Nous n’avons droit à une part de la Torah de Moché Rabbénou que lorsqu’on croit et que l’on reconnait que tout notre vécu au quotidien n‘est que miracle, sans la moindre notion de naturelle ou de fonctionnement logique du monde… »
C’est ainsi que nous pouvons expliquer l’enseignement de nos maitres dans la Guéméra Péssa’him (118a) :
La Parnassa (subsistance matérielle) de l’homme est aussi difficile que le partage de la Mer Rouge.
On met ici en comparaison la subsistance matérielle de l’homme - qui est la chose la plus naturelle, et qui passe par toutes sortes d’interventions humaines - avec le partage de la Mer Rouge, qui relève de façon catégorique du miracle !
On compare une chose essentiellement naturelle avec une chose catégoriquement miraculeuse !
Ce n’est que pour nous démontrer que même le naturel n’est que l’intervention divine !
Le naturel n’existe pas !
Il est rapporté dans la Guemara Ta’anit (25a) :
La fille de Rabbi ‘Hanina Ben Dossa alluma par erreur les Nérot de Chabbat avec du vinaigre à la place de l’huile.
Elle resta assise en pleurant, car les Nérot allaient s’éteindre d’un moment à l’autre, et cela les forcera à rester dans l’obscurité durant tout le Chabbat.
Son père constata sa grande peine, et lui dit :
« Ma fille, pourquoi pleures-tu ? Celui qui a dit l’huile de brûler, dira également au vinaigre de brûler ! »
Il en fut selon ses paroles, et les « Nérot au vinaigre » brûlèrent durant tout le Chabbat, et s’éteignirent seulement à la sortie de Chabbat !
Toute personne qui croit à l’association du naturel dans la création et le fonctionnement de monde, n’est qu’un idolâtre qui croit en l’association (שיתוף) d’une force étrangère à Hachem !
Cependant, cela ne signifie pas qu’il faut rester passif et oisif, sans s’occuper des choses de la nature, car l’homme - en tant que joyau de la création divine, puisqu’Hachem a placé l’homme au-dessus de toute la création – se doit de réaliser tout ce qui l’incombe, comme le dit le verset : « … afin qu’Hachem te bénisse dans tout ce que tu réaliseras … »
Cela montre qu’une certaine intervention de l’homme lui est exigée, afin qu’Hachem puisse faire résider Sa bénédiction sur l’œuvre humaine.
Nous avons déjà eu l’occasion de voir les miracles et les merveilles dont Hachem nous a gratifiés lors des guerres d’Israël, alors que peu de naturel était présent.
Seul un aveugle peut prétendre : « Ma force et la puissance de mon bras m’a donné la victoire. »
Nous avons l’espoir qu’Hachem nous montrera encore d’autres merveilles et d’autres miracles dévoilés, comme il nous les a montrés jusqu’à présent !
Mais de notre côté, nous devons nous renforcer dans la Torah, la foi et la crainte d’Hachem, car ce n’est qu’ainsi que nous pourrons acquérir la confiance en la délivrance qu’Hachem apportera à sa terre et à son peuple.
Chabbat Chalom, ‘Hodech Tov Oumvora’h, et ‘Hanouka Sameya’h !