Il est dit dans le livre de Né’hémya qu’au bout des 70 années d’exil - pendant lesquelles le peuple d’Israël fut banni de la terre d’Israël et exilé à Babylone après la destruction du 1er Temple – de nombreux juifs montèrent de Babylone en Erets Israël, lorsque le roi perse Daryavech (Darius) autorisa à reconstruire le Temple. (Babylone avait été conquise par la Perse).
En ces temps-là, même s’il y avait de grands Tsaddikim au sein du peuple d’Israël, malgré tout, en conséquence à l’exil et aux nombreux malheurs qui s’étaient abattus sur Israël, de nombreux juifs s’étaient affaiblis spirituellement, et négligeaient l’accomplissement des Mitsvot, au point de transgresser des fautes gravissimes.
La première année de leur retour à Jérusalem, le jour de Roch Ha-Chana, ‘Ezra Ha-Sofer (qui était le Grand de cette génération) rassembla tout le peuple, hommes et femmes, devant la Porte de l’eau qui se trouvait à Jérusalem.
Le peuple se tenait debout, et ‘Ezra se tenait sur une tour en bois spécialement construite pour l’événement. ‘Ezra commença à lire dans un Séfer Torah aux oreilles du peuple.
Lorsque le peuple entendit les paroles de la Torah, tout le monde se mit à pleurer amèrement, car ils comprirent qu’ils n’accomplissaient absolument plus la Torah correctement.
Ceci était bien évidemment orchestré depuis le Ciel, que le peuple entende les paroles de réprimandes contenues dans la Torah, afin que cela soit pour eux comme un châtiment concret, pour les expier des leurs fautes.
Cependant, le jour de Roch Ha-Chana est un Yom Tov, où il n’est pas convenable de pleurer, car même le texte du Viddouy (l’aveu des fautes) n’est pas dit le jour de Roch Ha-Chana.
C’est pourquoi, ‘Ezra Ha-Sofer se tourna vers le peuple et lui adressa des paroles de consolation, et leur dit :
... לְכוּ אִכְלוּ מַשְׁמַנִּים וּשְׁתוּ מַמְתַקִּים, וְשִׁלְחוּ מָנוֹת לְאֵין נָכוֹן לוֹ--כִּי-קָדוֹשׁ הַיּוֹם, לַאֲדֹנֵינוּ; וְאַל-תֵּעָצֵבוּ, כִּי-חֶדְוַת ה' הִיא מָעֻזְּכֶם. (נחמיה ח-י)
Allez, mangez des mets succulents, buvez des breuvages doux et envoyez-en des portions à ceux qui n'ont rien d'apprêté, car ce jour est consacré à notre Maître. Ne vous attristez donc pas, car la joie en Hachem est votre force. (Né’hémya 8-10)
Les Léviim – qui se tenaient aux côtés de ‘Ezra – apaisèrent eux aussi le peuple, en leur disant de ne pas s’attrister, comme il est dit :
וְהַלְוִיִּם מַחְשִׁים לְכָל-הָעָם, לֵאמֹר הַסּוּ--כִּי הַיּוֹם, קָדֹשׁ; וְאַל-תֵּעָצֵבוּ. וַיֵּלְכוּ כָל-הָעָם לֶאֱכֹל וְלִשְׁתּוֹת, וּלְשַׁלַּח מָנוֹת, וְלַעֲשׂוֹת, שִׂמְחָה גְדוֹלָה: כִּי הֵבִינוּ בַּדְּבָרִים, אֲשֶׁר הוֹדִיעוּ לָהֶם. (שם יא, יב)
Les Léviim calmaient le peuple en disant : « Faites silence ! Car ce jour est saint, ne vous attristez donc pas ! » Tout le peuple s'en alla ainsi pour manger, boire, envoyer des présents et organiser de grandes réjouissances, car il s'était pénétré des paroles qu'on lui avait adressées. (Ibid.11, 12)
Ensuite, se produisit un grand événement, qui ne s’était probablement jamais produit dans le monde :
Toute personne qui avait épousé une non-juive sans processus de conversion valable selon la Halacha, a dissous – de sa propre volonté – son mariage avec une telle femme, et tous se remirent à servir Hachem dans la sainteté et la pureté, avec l’ensemble de la Maison d’Israël.
Quoi qu’il en soit, nous constatons qu’Ezra Ha-Sofer ordonna au peuple d’envoyer de la nourriture à ceux qui n’avaient pas de quoi manger dignement le jour de Roch Ha-Chana, afin que cet acte leur soit utile pour être méritant au jour du jugement, et afin d’être de nouveau aimés d’Hachem.
C’est ce qu’écrivent les décisionnaires, qu’en ces jours-ci, les jours du mois d’Eloul, et en particulier la veille de Roch Ha-Chana, il faut multiplier au maximum les actes de Tsédaka, particulièrement envers ceux qui consacrent leurs efforts dans l’étude de la Torah, car il est dit :
... וּצְדָקָה, תַּצִּיל מִמָּוֶת. (משלי י-ב)
… La Tsédaka sauve de la mort. (Michlé 10-2)
Le meilleur moyen d’être épargné, est d’avancer le repentir, la prière et la Tsédaka avant le verdict du jugement qui se réalisera dans les prochains jours.
C’est pourquoi, il faut s’empresser et ne pas rester paisible, en donnant la Tsédaka, chacun selon ses possibilités.
L’auteur du Séder Ha-Yom écrit (mois d’Eloul) que dès le jour de Roch ‘Hodech Eloul, il faut commencer à prier, à se repentir et à donner la Tsédaka, particulièrement la veille de Roch Ha-Chana où chacun – grand ou petit – se doit de réaliser des actes de Tsédaka et de justice. Tel était l’usage de notre maître le Gaon auteur du Péri ‘Hadach (comme il l’écrit à la fin du chap.581).
Nos maîtres enseignent (Midrach Rabba sur Chofetim) que l’acte de la Tsédaka est plus grand que celui des Korbanot (sacrifices dans le Temple), car les Korbanot expient essentiellement les fautes commises involontairement, alors que la Tsédaka est appropriée même pour expier des fautes commises volontairement.
Notre maître le ‘HYDA – dans ses remarques sur le Séfer Ha-‘Hassidim (chap.31) – cite les propos de Rabbénou Efraïm, selon qui le fait que la Tsédaka est au moins l’équivalent d’un Korban, est allusionné dans les lettres en hébreu du mot « Késsef » (argent).
En effet, le mot « Késsef » est constitué des lettres
כף, סמך, פה
Kaf, Same’h, Pé
Or, ces 3 lettres (lorsqu’elles sont écrites comme nous l’avons écrit) ont pour valeur numérique (Guématrya) 305, qui est la même valeur numérique que le mot
שה (Sé)
qui signifie « agneau ».