Commentaires rédigés par le Rav David PITOUN, pour Halacha Yomit
Ces Divré Torah sont dédiés l’élévation de mon beau-père
Its’hak Ben Méss’od BENICHOU z’’l ; dont c’est la Azkara ce Chabbat (14 Tévet)
Rappel du contexte :
Dans la fin de la Paracha de Vaygach que nous avons lue la semaine dernière, la Torah nous relate comment Ya’akov Avinou – qui n’a pas revu son cher fils Yossef depuis 22 ans – arrive en Egypte avec toute sa famille. Il est accueilli par Yossef qui est le vice-roi d’Egypte.
Ya’akov Avinou vivra les 17 dernières années de sa vie en Egypte.
Avant de quitter ce monde à 147 ans, Ya’akov Avinou fait venir Yossef auprès de lui et lui adresse ses dernières volontés, parmi lesquelles, celle de ne pas être enseveli en Egypte, mais seulement en Erets Kena’an (Erets Israël), dans la caverne de Ma’hpela, là où reposent ses parents – Its’hak et Rivka – ainsi que ses grands-parents – Avraham et Sarah - là où il a lui-même enterrée son épouse Léa.
Yossef présente ses enfants, Ménaché et Efraïm, à son père Ya’akov.
Ya’akov, voyant ses petits enfants nés en Egypte, les bénit d’une bénédiction assez particulière.
וְעַתָּה שְׁנֵי-בָנֶיךָ הַנּוֹלָדִים לְךָ בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם, עַד-בֹּאִי אֵלֶיךָ מִצְרַיְמָה--לִי-הֵם: אֶפְרַיִם, וּמְנַשֶּׁה--כִּרְאוּבֵן וְשִׁמְעוֹן, יִהְיוּ-לִי... וַיִּשְׁלַח יִשְׂרָאֵל אֶת-יְמִינוֹ וַיָּשֶׁת עַל-רֹאשׁ אֶפְרַיִם, וְהוּא הַצָּעִיר, וְאֶת-שְׂמֹאלוֹ, עַל-רֹאשׁ מְנַשֶּׁה: שִׂכֵּל, אֶת-יָדָיו, כִּי מְנַשֶּׁה, הַבְּכוֹר. וַיַּרְא יוֹסֵף, כִּי-יָשִׁית אָבִיו יַד-יְמִינוֹ עַל-רֹאשׁ אֶפְרַיִם--וַיֵּרַע בְּעֵינָיו; וַיִּתְמֹךְ יַד-אָבִיו, לְהָסִיר אֹתָהּ מֵעַל רֹאשׁ-אֶפְרַיִם--עַל-רֹאשׁ מְנַשֶּׁה. וַיֹּאמֶר יוֹסֵף אֶל-אָבִיו, לֹא-כֵן אָבִי: כִּי-זֶה הַבְּכֹר, שִׂים יְמִינְךָ עַל-רֹאשׁו. וַיְמָאֵן אָבִיו, וַיֹּאמֶר יָדַעְתִּי בְנִי יָדַעְתִּי--גַּם-הוּא יִהְיֶה-לְּעָם, וְגַם-הוּא יִגְדָּל; וְאוּלָם, אָחִיו הַקָּטֹן יִגְדַּל מִמֶּנּוּ, וְזַרְעוֹ, יִהְיֶה מְלֹא-הַגּוֹיִם. וַיְבָרְכֵם בַּיּוֹם הַהוּא, לֵאמוֹר, בְּךָ יְבָרֵךְ יִשְׂרָאֵל לֵאמֹר, יְשִׂמְךָ אֱלֹקים כְּאֶפְרַיִם וְכִמְנַשֶּׁה; וַיָּשֶׂם אֶת-אֶפְרַיִם, לִפְנֵי מְנַשֶּׁה. (בראשית מח-ה, יד, יז, יח, יט, כ)
Et maintenant, tes deux fils, qui te sont nés au pays d'Egypte avant que je vienne auprès de toi en Egypte, deviennent les miens ; Efraïm et Ménaché sont à moi, comme Réouven et Chim’on … Israël étendit la main droite, l'apposa sur la tête d'Efraïm, qui était le plus jeune, et mit sa main gauche sur la tête de Ménaché ; il croisa ses mains, quoique Menaché était l'aîné … Yossef remarqua que son père posait sa main droite sur la tête d'Efraïm et cela lui déplut ; il souleva la main de son père pour la faire passer de la tête d'Efraïm sur la tête de Ménaché et il dit à son père : « Pas ainsi, mon père ! Puisque celui-ci est l’aîné, mets ta main droite sur sa tête. » Son père s'y refusa et dit : « Je le sais, mon fils, je le sais ; lui aussi deviendra un peuple et lui aussi sera grand : mais son jeune frère sera plus grand que lui, et sa postérité formera plusieurs nations ». Il les bénit alors et il dit : « Israël te nommera dans ses bénédictions, en disant : qu’Hachem te fasse devenir comme Efraïm et Ménaché ! » II plaça ainsi Efraïm avant Ménaché. (Bérechit 48 -5.14.17.18.19.20).
C’est par cette Bénédiction si particulière donnée par Ya’akov Avinou à ses petits-enfants Ménaché et Efraïm, que tous les juifs bénissent leurs enfants chaque vendredi-soir en leur disant : « Qu’Hachem te fasse devenir comme Efraïm et Ménaché ! ».
Mais on peut s’interroger sur le fait que Ya’akov Avinou a d’abord signalé à Yossef que dorénavant, Efraïm et Menashé sont considérés pour lui comme Réouven et Chim’on, ses propres enfants.
De ce fait, nous devrions plutôt bénir nos propres enfants en leur souhaitant d’être « comme Réouven et Chim’on ». Pourquoi disons-nous « comme Efraïm et Ménaché » ?
De plus, pourquoi Ya’akov Avinou considère Efraïm et Ménaché comme Réouven et Chim’on ?
Et enfin, pour quelle raison la Torah insiste sur le fait que Ya’akov Avinou a placé Efraïm (le plus jeune) devant Ménaché ?
En réalité, lorsque Ya’akov Avinou a vu Efraïm et Ménaché, il demanda à Yossef pour quelle raison les avait-il nommés ainsi.
Yossef répondit que lorsque Ménaché est né, il voulut exprimer toute sa peine d’avoir été « oublié » de la maison de son père, une maison qui était totalement remplie de Torah et de crainte d’Hachem. (La racine du mot Ménaché est « Nachani » qui signifie « il m’a oublié »).
Lorsqu’Efraïm est né, Yossef voulut exprimer toute sa reconnaissance envers Hachem pour l’avoir fait fructifier et évoluer dans un pays étranger, en le faisant passer du niveau d’esclave à celui de vice-roi du pays. (La racine du mot Efraïm est « Lifrot » qui signifie « fructifier »)
Quand Ya’akov Avinou entendit cela, il dit à Yossef :
« Ton regard sur la vie n’est pas juste, car tu devais tout d’abord nommer ton premier fils en exprimant ta reconnaissance envers Hachem pour toutes les bontés qu’il t’a prodiguées. C’est pourquoi tu aurais dû d’abord nommer ton premier fils Efraïm, et ce n’est que le deuxième que tu aurais dû nommer Ménaché, afin d’exprimer tous les malheurs que tu as subi. Nous devons toujours regarder la vie en voyant que « le verre est à moitié plein » (et non à moitié vide !). »
C’est pour cette raison que Ya’akov Avinou donna priorité à Efraïm devant Ménaché pour la bénédiction.
C’est aussi pour cette raison que le verset insiste en disant « II plaça ainsi Efraïm avant Ménaché. » Car c’est ainsi qu’il faut toujours voir les choses de la vie !
Tout d’abord, les faveurs qu’Hachem nous accorde, et seulement ensuite les ennuis que nous avons.
On doit toujours avoir conscience que même les ennuis que nous avons, et qu’Hachem nous envoi, nous sont tous bénéfiques, et ne sont - en réalité - pas des ennuis, mais uniquement des bontés, comme nos maîtres nous l’enseignent dans le Midrach Rabba (Mikets Paracha 91 sect.10) lorsque Ya’akov Avinou reproche à ses enfants de lui avoir causé du mal en dévoilant au maître de l’Egypte (Yossef) qu’ils avaient encore un jeune frère, Binyamin. Hachem s’exclama à cet instant :
« Je suis occupé à faire régner son fils sur l’Egypte, et lui se plaint du mal qui lui est fait ?! »
L’individu ne connaît pas toujours les sentiers d’Hachem, qui sont souvent remplis de soucis, mais qui ne sont en réalité que des faveurs et de véritables bontés d’Hachem.
C’est donc pour tout cela que nous bénissons nos enfants en leur souhaitant d’être « comme Efraïm et Ménaché », en disant d’une certaine façon : « Que ce soit toujours la bonté qui vous atteigne, même lorsqu’elle n’a pas les apparences d’une bonté. »
On raconte dans la Guemara Ta’anit (21a) que Na’houm Ich Gam Zou fut envoyé auprès du roi (César) afin d’intercéder en faveur des juifs. Ils lui confièrent un présent constitué d’une caisse remplie de pierres précieuses.
Lorsque Na’houm Ich Gam Zou s’arrêta dans une auberge, des voleurs lui dérobèrent les pierres précieuses et remplirent la caisse de sable et de terre, afin que Na’houm Ich Gam Zou ne s’aperçoit pas de la différence de poids.
Na’houm Ich Gam Zou arriva devant le roi.
On dit au roi que les juifs lui avaient envoyé un présent.
Le roi ordonna que l’on ouvre le présent, et il constata qu’il était rempli de sable.
Se sentant offensé et humilié par un tel « présent », le roi ordonna que l’on pende Na’houm Ich Gam Zou.
Na’houm Ich Gam Zou dit : « Gam Zou LéTova ! » (Le surnom de « Ich Gam Zou » signifie « l’homme qui dit toujours « Gam Zou », qui veut dire : « Ceci est aussi pour le bien »), car tout ce qu’accomplit Hachem est pour le bien.
Le prophète Eliyahou apparut sous l’aspect de l’un des serviteurs du roi et dit au roi :
« Majesté ! Ce sable que t’ont envoyé les juifs, est un sable spécial qui provient de leur patriarche Avraham, qui l’utilisait en le jetant sur ses ennemis et remportait la victoire dans les guerres. »
On fit des vérifications et effectivement ce sable possédait la propriété particulière de donner la victoire à celui qui le jetait sur ses ennemis.
C’est ainsi que Na’houm Ich Gam Zou fut sauvé, en étant reconnaissant envers Hachem pour les « ennuis », comme nous le sommes pour les faveurs, car il savait qu’en réalité, il n’y a que de la bonté.
Une autre histoire est rapportée dans la Guémara Béra’hot (60b), au sujet de Rabbi ‘Akiva (qui était l’élève de Na’houm Ich Gam Zou).
Un jour, Rabbi ‘Akiva devait se rendre dans une certaine ville, mais il arriva trop tard, car les gardiens de la ville avaient déjà fermé les portes.
Il dit : « Tout ce qu’accomplit Hachem, il ne le fait que pour le bien. »
Rabbi ‘Akiva avait avec lui 3 choses : un âne, une bougie et un coq.
Un lion arriva et dévora l’âne. Le vent se leva et éteint la bougie. Un chat arriva et dévora le coq. Sur chacun de ces 3 ennuis, Rabbi ‘Akiva s’exclama :
« Tout ce qu’accomplit Hachem, il ne le fait que pour le bien. »
En définitif, des brigands s’attaquèrent à la ville et tuèrent toute personne présente. Si Rabbi ‘Akiva s’y était trouvé, il aurait été tué lui aussi. Si la bougie était restée allumée, elle aurait sûrement attiré l’attention des brigands qui auraient tué Rabbi ‘Akiva. De même pour l’âne et le coq qui auraient probablement fait du bruit qui aurait certainement attiré les brigands, et cela aurait mis la vie de Rabbi ‘Akiva en danger. C’est pour cela que finalement, tout était pour le bien !
Mais on peut se demander pourquoi Rabbi ‘Akiva disait une phrase différente de celle de son maître pour exprimer sa volonté de tout positiver ?
En effet, nous voyons que son maître Na’houm Ich Gam Zou disait :
« Gam Zou Le-Tova » (« Ceci est aussi pour le bien ») alors que Rabbi ‘Akiva disait « Tout ce qu’accompli Hachem, il ne le fait que pour le bien. »
En fait, Rabbi ‘Akiva estima que la phrase utilisée par son maître ne positivait pas assez les choses, car l’expression « Gam Zou Le-Tova » (« Ceci est aussi pour le bien ») laisse entendre que même si cela pouvait être meilleur, malgré tout, ceci aussi est pour le bien.
Alors que Rabbi ‘Akiva utilisait une expression beaucoup plus positive, puisqu’en disant « Tout ce qu’accomplit Hachem, il ne le fait que pour le bien. », cela laisse entendre qu’il ne peut y avoir de meilleur que ce qu’Hachem accomplit.
On raconte aussi que lors des derniers jours de la Deuxième Guerre mondiale, une femme du camp de concentration de Bergen Belsen fut condamnée à être pendue pour avoir volé des épluchures de pommes de terre. Lorsqu’on lui attacha la corde au cou, une sirène d’alerte retentit pour signaler un raid aérien des alliés.
La femme supplia ses amies de la détacher puisqu’elle avait les mains attachées. Ses amies la détachèrent, et ils se mirent à chercher un abri.
« Malheureusement » pour elles, le seul abri qu’elles trouvèrent était le sous-sol d’une maison où s’étaient abrités les maudits nazis eux même.
Le commandant du camp dégaina son arme et ordonna aux femmes de sortir immédiatement. Avec beaucoup de peine, les femmes sortirent et allèrent se cacher sous un mur à proximité.
Il ne s’écoula pas une minute qu’on entendit une grosse explosion provenant d’une bombe lâchée par les alliés directement … sur la maison où s’étaient réfugiés les nazis !
Qu’Hachem fasse périr ainsi tous nos ennemis AMEN !
Il n’y a que du bien qui émane d’Hachem, mais nous ne savons pas toujours discerner entre la bonté et le malheur qui germent de chaque événement.
Malgré tout, nous nous devons de toujours croire que tout est pour le bien !
Chabbat Chalom !