Question: N’est-il pas temps de modifier certaines formules dans l’ordre des prières, comme par exemple dans le paragraphe de « Na’hem » que nous avons dit lors des prières de Tich’a BéAv, où il est dit: « La ville détruite, humiliée, endeuillée et frappée de désolation », termes qui définissent une situation qui ne semble plus d’actualité, puisque Jérusalem se développe à un rythme stupéfiant, elle est même établie avec ses enfants – ses bâtisseurs, que justifie donc de tels qualificatifs?
Réponse: Cette question fut abordée par notre maitre le Rav Ovadia YOSSEF z.ts.l (Chou’t Yé’havé Da’at vol.1 chap.43), et au début de ses propos, il mentionne les propos de Rav Sa’adiya GAON (10ème siècle) selon lesquels, dès lors où il s’agit des textes des prières ou de la formule des bénédictions diverses, nous nous fions à ce qui nous a été transmis par tradition par les prophètes d’Hachem et les Membres de la Grande Assemblée (Anché Kénéssett Ha-Guédola), qui avaient deux formulaires de prières: un pour le temps où régnait la royauté d’Israël, et un autre réservé au temps de l’exil. De notre temps, nous utilisons le formulaire établi pour le temps de l’exil.
C’est pourquoi, avant de traiter de la possibilité de modifier les textes de la prière, nous devons comprendre la racine fondamentale du formulaire sacré que nous avons dans les mains.
Sur l’aspect formel de la question, concernant le paragraphe de « Na’hem » par exemple, où nous disons « la ville endeuillée », alors que de notre époque elle n’est apparemment plus endeuillée, notre maitre le Rav z.ts.l écrit que le sens du mot « endeuillée » employé ici sur Jérusalem, est expliqué dans les propos de Rabbi David ABOUDREHEM (14ème siècle) selon qui, ce terme fait allusion au verset « Les routes de Tsion (le Temple) sont en deuil ». (E’ha chap.1).
De même, le terme « détruite » correspond au fait que Jérusalem a été détruite et ravagée par les flammes.
De même, le terme « humiliée » fait allusion au verset « Vois Hachem et regarde comme je suis devenue misérable ». (Ibid.)
De même, les termes « frappée de désolation » font allusion au verset « toutes ses portes sont en ruines ». (Ibid.)
Les initiales hébraïques des mots « endeuillée, détruite, humiliée, frappée de désolation » (אבלה, חרבה, בזויה, שוממה) forme le mot « אחבש » (A’hboch), qui signifie « soigner ». Ce qui indique par allusion qu’Hachem soignera et pensera les plaies de Son peuple, comme il est dit: « Au jour où Hachem pensera les blessures de Son peuple ». (Yécha’ya 30-23).
Par conséquent – ajoute notre maitre le Rav z.ts.l – qui est-il et quel est celui de notre époque qui aurait l’effronterie de « corriger » et de modifier le texte de la prière instauré par nos saints maitres?!
Chaque mot et chaque lettre qu’ils ont instaurés dans le formulaire des bénédictions et des prières contiennent des secrets très élevés et incroyables, leurs saintes paroles ont des fondements en or fin, recelant en eux une sagesse mystique infiniment élevée, comme expliqué dans le Zohar Ha-HaKadoch et dans les enseignements de notre maitre le ARI zal.
Mais nous pouvons encore ajouter qu’en réalité, il y a une explication juste à tous ces termes tristes de la prière même au niveau du sens dévoilé de la Torah.
Par exemple, dans le rite Achkénaze on dit la phrase « Lirouchalaïm Ira’h Béra’hamim Tachouv » (« A Jérusalem ta ville, tu reviendras dans la miséricorde »), ce qui signifie que la Royauté Divine reviendra réellement à Jérusalem, et non comme dans la situation actuelle.
De même pour ce qui est dit dans le paragraphe de « Na’hem », en réalité Jérusalem est encore loin d’être construite « comme une ville intégrale », car les musulmans sont installés dans plusieurs quartiers de la ville, et pire encore, ils maitrisent plusieurs parties dans la vielle ville à proximité du lieu du Temple!
Le lieu même du Temple est dans les mains d’impurs, qui ont pousser l’effronterie jusqu’à y enterrer leurs morts!
Qui ne pleure pas devant cela?! Malheur à la génération qui vit de telles choses!
Hormis cela – notre maitre le Rav z.ts.l termine – l’état spirituel de Jérusalem est au plus bas, comme chacun le sait, à cause d’une multitude de profanations du Chabbat, et à cause d’une éducation de milliers d’enfants juifs sans Torah ni Mitsva!
Nos prières sont tournées vers le Maitre du monde, afin qu’il revienne nous consoler, qu’il étouffe nos fautes, que le « 5ème jeûne » (9 Av) se transforme pour la maison de Yéhouda en allégresse et en joie, en des jours de fête, et que se réalise en nous le verset « Réjouissez-vous avec Jérusalem et soyez dans l'allégresse à cause d'elle, vous tous qui l'aimez! Prenez part à sa joie, vous tous qui êtes en deuil à son sujet! (Yécha’ya 66-10). Amen Ken Yéhi Ratson.