Commentaires rédigés par le Rav David PITOUN, pour Halacha Yomit
Chabbat Ha-‘Hodech - Le Chabbat qui précède Roch ‘Hodech Nissan est surnommé « Chabbat Ha-‘Hodech ».
On sort 2 Sifré Torah : Dans le premier, on lit la Paracha de la semaine (cette semaine 2 Parachiyot : Vayak’hel et Pékoudé). Dans le deuxième, nous lisons le passage de « …Ha-’Hodech Hazé… » dans Paracha de Bo.
On lira ensuite la Haftara de Chabbat Ha-‘Hodech (et non celle de Pékoudé).
Vayak’hel - Un don : qualité ou quantité ?
וְהַנְּשִׂאִם הֵבִיאוּ--אֵת אַבְנֵי הַשֹּׁהַם, וְאֵת אַבְנֵי הַמִּלֻּאִים: לָאֵפוֹד, וְלַחֹשֶׁן. (שמות לה-כז)
Les Princes amenèrent les pierres de Choham, ainsi que les pierres à insérer pour le Efod et le Pectoral. (Chémot 35-27)
Le Choham est une pierre précieuse.
Le Cohen Gadol portait sur sa poitrine, le Pectoral (‘Hochen) avec le Efod, dans lequel étaient insérées 12 pierres précieuses.
Les matériaux de grandes valeurs étaient d’une grande nécessité dans le Michkan.
L’or, l’argent, les précieuses étoffes, ainsi que les pierres précieuses.
Mais ce qui était le plus précieux dans le Michkan, c’était les fameuses pierres du Efod, que portait le Cohen Gadol sur sa poitrine.
C’est justement ce qui éveille l’étonnement.
Pourquoi la Torah mentionne-t-elle, en dernière position, la contribution la plus importante pour le Michkan, à savoir ces fameuses pierres du Efod, que les Princes des 12 Tribus d’Israël, ont offerts personnellement ?
Au contraire, il aurait été plus logique qu’une contribution aussi importante, occupe la première place dans l’ordre de citations des diverses contributions matérielles offertes au Michkan !
En réalité, cette remarque a déjà été retenue par l’un de nos plus grands commentateurs, l’auteur du OR HA-‘HAÏM Ha-Kadoch (Rabbénou ‘Haïm BEN ‘ATAR z.ts.l Israël 18ème siècle).
Il explique cette ambiguïté, au moyen d’un enseignement du Midrach, dans lequel on demande : Comment les Princes des Tribus se sont-ils procurés des pierres aussi précieuses, dans le désert, endroit où rien ne pousse ?
Et le Midrach répond grâce à un verset de Michlé :
נְשִׂיאִים וְרוּחַ, וְגֶשֶׁם אָיִן-- אִישׁ מִתְהַלֵּל, בְּמַתַּת-שָׁקֶר. (משלי כה-יד)
Des nuages et du vent, mais point de pluie ! Tel est l’homme qui fait grand bruit de ses dons illusoires. (Michlé 25-14)
Or, dans ce verset, le terme qui désigne « les nuages », est « NESSIIM », le même terme que l’on utilise pour désigner « les Princes d’Israël ».
Voici donc le sens du verset de notre Paracha :
Les Nessiim (les princes) amenèrent les pierres … Les « Nessiim » dont il s’agit ici, représentent les nuages protecteurs qui accompagnaient les Béné Israël en permanence.
Ce sont donc ces nuages qui apportèrent – de façon miraculeuse – les pierres précieuses aux portes des tentes des Princes de Tribus, qui les offrirent ensuite au Michkan.
Selon cette idée, le Saint OR HA-’HAÏM poursuit en disant que c’est justement pour le fait de ne pas s’être investis eux-mêmes dans l’effort de la Mitsva de contribuer au Michkan, que leur contribution n’est citée qu’en dernier, parmi les contributions au Michkan.
Tout ceci, uniquement parce qu’Hachem n’évalue pas le don selon sa taille, mais uniquement selon l’effort investi par le donateur.
Les Princes de Tribus ont quand même bénéficié d’un miracle considérable, puisqu’il n’est pas donné à chacun que l’on fasse parvenir des pierres précieuses jusqu’à sa porte ! Il est évident qu’ils n’ont bénéficié d’un tel miracle uniquement grâce à leur grande droiture aux yeux d’Hachem.
Malgré tout, dans le domaine de l’importance des donations pour le Michkan, une telle contribution - sans effort de la part du donateur – est considérée par Hachem comme la moins importante.
C’est pour cette raison qu’à plusieurs reprises, la Torah a rattaché la générosité à la pensée du cœur, car aux yeux d’Hachem, la générosité est indissociable du cœur.
Nous savons qu’en général, on est toujours plus attaché à une chose qui nous appartient – même si elle est sans prétention particulière – plutôt qu’à une chose d’une plus grande valeur matérielle, mais qui ne nous appartient pas (« Rotsé Adam Bekab Chélo, Yoter Michné Kabim Chel ‘Havéro »).
Ceci s’explique tout simplement par le fait que la personne a travaillé et qu’elle s’est investie dans ce qui lui appartient.
L’investissement de sa personne, crée un lien sentimental entre l’individu et ce qui lui appartient. Il va en prendre soin, et il lui sera difficile de s’en séparer.
C’est la raison pour laquelle, les Béné Israël qui s’étaient tellement investis pour donner leurs contributions matérielles au Michkan, attachaient une importance particulière à leurs donations, et c’est ce qui a fait mériter à leurs contributions d’être citées en tout début, avant même celles des Princes de Tribus.
Nous en déduisons une règle fondamentale dans l’accomplissement des Mitsvot :
On ne doit pas dire à son ami : « Voici de l’argent, achète pour moi un Loulav. » ou bien « Voici de l’argent, achète pour moi le nécessaire pour Chabbat. »
Au contraire, il faut s’investir nous même dans ces Mitsvot, en l’honneur d’Hachem, et c’est justement lorsqu’on accompli la Mitsva par nous-même, qu’elle se valorise à nos yeux.
A ce moment-là, même Hachem prendra en considération l’effort que cette Mitsva nous a coûté.
Nous avons constaté cette merveilleuse attitude chez nos maîtres qui se sont toujours investis pour les préparatifs de Chabbat, ainsi que pour l’accomplissement des Mitsvot.
Cet investissement personnel les couvrait de la bénédiction pour toute la semaine.
Pékoudé - Que de Tsaddikim !!
אֵלֶּה פְקוּדֵי הַמִּשְׁכָּן מִשְׁכַּן הָעֵדֻת, אֲשֶׁר פֻּקַּד עַל-פִּי מֹשֶׁה ... (שמות לח-כא)
Voici les chiffres de l’édification du Michkan, le Michkan du Témoignage, chiffres établis par Moché … (Chémot 38-21)
Le Midrach explique que Moché Rabbénou redoutait les mauvaises langues qui pourraient faire de la diffamation à son égard en prétendant qu’il aurait détourné une partie des dons matériels offerts par les Béné Israël pour l’édification du Michkan.
C’est pour cette raison qu’il exigea que l’on établisse les chiffres exacts de toutes les quantités des matériaux précieux, offerts par Israël, afin que l’on puisse vérifier que tout avait bien servi à édifier le Michkan.
Moché eut raison puisqu’effectivement, les Bené Israël le soupçonnèrent d’avoir détourné une partie des dons. Mais quand Moché Rabbéenou leur montra les chiffres exacts de tout ce qui avait été offert, et qu’il leur fit constater que tout avait été utilisé, les Bené Israël crurent Moché Rabbénou.
Question - Le Gaon Rabbi Chélomo de RADOMSK demanda :
Comment les Bené Israël purent-ils soupçonner Moché Rabbénou d’une telle chose ?! N’ont-ils pas vu Moché Rabbénou renoncer à l’or et à l’argent lors de la sortie d’Egypte, quand tout le monde ne pensait qu’à prendre possession des richesses d’Egypte, alors que Moché Rabbénou s’occupait de trouver les ossements de Yossef Ha-Tsaddik, ensevelis dans le Nil et sans lesquels les Béné Israël ne pouvaient pas quitter l’Egypte ?!
Réponse - En réalité, tous les Béné Israël avaient tous conscience que chaque don offert pour l’édification du Michkan doit émaner d’un cœur pur et d’une pensée sincère pour l’unique gloire d’Hachem. Le moindre don qui ne provenait pas d’une telle pureté d’esprit, n’avait pas sa place au sein du Michkan.
De ce fait, chacun se dénigrait à ses propres yeux en disant :
« Ma contribution matérielle ne méritera certainement pas d’être acceptée dans l’édification du Michkan ! Comment pourrais-je mériter un tel honneur ?! »
Tout le monde allait trouver Moché Rabbénou en lui demandant quels étaient les dons qui n’avaient pas été acceptés et qui n’avaient donc pas été ajoutés au Michkan. Ils ne s’apaisèrent que lorsque Moché Rabbénou leur démontra que tous les dons avaient été acceptés dans le Michkan, comme une personne
qui leur dit : « Vous êtes tous des Tsaddikim ! vous avez tous le mérite que l’on accepte votre don pour l’édification du Michkan ! »
Chabbat Chalom !