Nous avons expliqué ces derniers jours qu’il est permis de réchauffer pendant Chabbat sur la Plata, un aliment qui a été cuit avant Chabbat, à la condition que l’aliment soit un solide et suffisamment cuit depuis avant Chabbat, comme un Borekas, une quiche ou autre.
Mais un aliment liquide, comme une soupe de légumes, on ne doit pas le réchauffer pendant Chabbat, même si cet aliment est suffisamment cuit.
La raison à cette règle réside dans le principe :
« Il n’y a pas de nouvelle cuisson sur un aliment déjà cuit ».
Cela signifie que lorsqu’un aliment a déjà été suffisamment cuit avant Chabbat, il n’y a pas d’interdiction à le réchauffer de nouveau pendant Chabbat, car ce geste n’est pas une « cuisson » mais un « réchauffement ».
Mais lorsqu’il s’agit d’un aliment liquide, même si cet aliment a été suffisamment cuit avant Chabbat, le fait de le réchauffer pendant Chabbat constitue une nouvelle cuisson.
En résumé : « Il y a nouvelle cuisson sur un aliment liquide, et il n’y a pas de nouvelle cuisson sur un aliment solide. »
C’est pourquoi, nous avons également appris qu’il est permis de prendre pendant Chabbat un aliment cuit depuis avant Chabbat, et le placer dans un autre plat bouillant.
Par exemple : Il est permis de prendre pendant Chabbat un œuf dur (donc cuit) et le placer à l’intérieur d’un ustensile rempli d’eau bouillante.
De même, il est permis de prendre un morceau de viande cuite, et le placer dans une marmite chaude qui se trouve sur la Plata, car « Il n’y a pas de nouvelle cuisson sur un aliment déjà cuit. »
Jusqu’ici, nous avons traité d’un aliment solide déjà cuit, ce qui signifie « cuit avec de l’eau dans une marmite ou une casserole » avant Chabbat.
Mais qu’en est-il d’un aliment solide qui a été cuit au four avant Chabbat ?
Est-ce que le fait de le réchauffer pendant Chabbat constitue un interdit à titre de « nouvelle cuisson », ou bien le principe selon lequel « il n’y a pas de nouvelle cuisson sur un aliment (solide) déjà cuit » inclut aussi un aliment cuit au préalable par enfournement ?
Par exemple : Une quiche que l’on a cuit au four vendredi avant Chabbat, est-il permis de la réchauffer pendant Chabbat sur la Plata, ou non ?
Cette question ne touche pas seulement un aliment cuit au four avant Chabbat, mais aussi un aliment qui a été « grillé » avant Chabbat, comme de la viande grillée (de même, toute chose que l’on a « torréfiée » avant Chabbat, comme des « pépites » par exemple, ou du café). Dit-on au sujet de ces types d’aliments « qu’il n’y a pas de nouvelle cuisson sur un aliment déjà cuit », ou bien ces types d’aliments ne sont pas inclus dans ce principe, et le fait de les réchauffer pendant Chabbat constitue un interdit à titre de cuire ?
En réalité, ce sujet fait l’objet d’une divergence d’opinion parmi nos maîtres les Richonim (décisionnaires médiévaux).
Selon Rabbénou Eli’ezer de Metz dans Séfer Ha-Yéréim ‘(chap.102), même s’il n’y a pas de nouvelle cuisson sur un aliment déjà cuit, il y a malgré tout, nouvelle cuisson sur un aliment grillé, ainsi que sur un aliment cuit au four.
Il cite une preuve à ses propos, et il ajoute que de ce fait, il faut avoir la vigilance de ne pas mettre du pain dans un plat chaud, et si on l’a fait, on a transgressé Chabbat.
Mais le RAVEYA réfute les propos de Rabbi Eli’ezer de Metz sur ce point, et il cite lui aussi une puissante preuve qui objecte sur les propos de Rabbi Eli’ezer de Metz.
MARAN écrit dans le Beit Yossef (chap.318) que l’objection du RAVEYA sur les propos de Rabbi Eli’ezer de Metz est une forte objection.
Dans le Choul’han ‘Arou’h (chap.318-5), MARAN tranche dans ces termes :
« Selon un avis, une chose cuite au four ou grillée, si elle est ensuite (pendant Chabbat) de nouveau cuite, cela représente un interdit à titre de cuire. D’autres avis autorisent. » Fin de citation de MARAN.
Le RAMA ajoute sur cela :
« On a l’usage d’être vigilant et de ne pas mettre du pain dans un plat chaud. »
Dans la pratique, notre maître le Rav Ovadia YOSSEF z.ts.l tranche en ces termes (Chou’t Yabiya’ Omer vol.8 chap.35 ; ‘Hazon Ovadia-Chabbat vol.4 page 306) :
« Une chose qui a été cuite au four ou grillée avant Chabbat, il est permis selon le Din de la placer même dans un plat véritablement bouillant, car il n’y a pas de nouvelle cuisson sur un aliment déjà cuit au four ou grillé. La personne qui s’imposera la rigueur sur ce point est digne de la Bénédiction. Nos frères Achkénazim ont l’usage de s’imposer la rigueur sur tout cela, conformément à l’opinion du RAMA. » Fin de citation de notre maître le Rav z.ts.l
Le Gaon Rabbi Chélomo Zalman OYERBACH z.ts.l ajoute (Choul’han Chélomo vol.2 page 320) qu’un « Kugel » de pâtes – pour lequel on cuit généralement les pâtes avant de cuire le Kugel dans le four – a le statut d’une chose cuite (et non enfournée), et de ce fait, il est permis – même selon l’usage des Achkénazim – de le placer dans un plat bouillant pendant Chabbat.
De même, des croutons de soupe – que l’on frit dans de l’huile avant Chabbat – ont le statut d’une chose « cuite » et non enfournée, et il est donc permis (même pour les Achkénazim) de les placer dans la soupe pendant Chabbat.
En conclusion : Selon l’usage des Séfaradim, il est permis selon le strict Din de placer pendant Chabbat à l’intérieur d’un plat bouillant, ou sur la Plata, un aliment solide cuit au four depuis avant Chabbat.
Mais les Achkénazim ont l’usage de s’imposer la rigueur sur des aliments cuits par enfournement ou par grillade.