Dans les précédentes Halachott, nous avons expliqué les principes de l’interdit de trier pendant Chabbat, selon lesquels il faut la réunion de 3 conditions précises pour autoriser le tri pendant Chabbat. L’une de ces conditions est de trier dans l’intention de consommer « de suite ».
Au même titre que pour l’interdit de trier, ainsi, pour l’interdit de « moudre » il existe des manières par lesquelles il est permis de moudre pendant Chabbat, comme lorsqu’on coupe des légumes pendant Chabbat.
En effet, la notion de consommer « de suite » n’existe pas seulement dans l’interdit de trier, mais aussi dans l’interdit de « moudre », comme lorsqu’on couper une salade de légumes, il faut là aussi veiller à le faire juste avant le repas, conformément aux propos du RAMA (chap.321) selon lesquels si l’on coupe un légume de façon très fine, « dans l’intention de le consommer de suite », c’est permis.
Ce sujet sera expliqué – avec l’aide d’Hachem – en son temps.
Problèmes de tri liés à la préparation d’une salade pendant Chabbat
Certaines actions comme éplucher de l’ail ou de l’oignon, ou bien arracher des tomates cerises de leur grappe où sont mélangées des tomates bonnes à la consommation avec des tomates abimées, ou tout autre exemple similaires où l’on va extraire une chose bonne d’une chose mauvaise, dans tous ces cas, l’interdiction de trier est en vigueur, et il est interdit de le faire, sauf si l’on a l’intention de consommer « de suite » le légume ou le fruit trié.
A quoi correspond concrètement la notion qualifiée « de suite » dans les règles de trier?
Nous avons déjà écrit à de nombreuses reprises que la condition « de suite » correspond à un délai inférieur à une demi-heure.
Ceci entraine une question concernant une femme qui prépare une salade pour le repas de Chabbat. Si elle commence à couper les légumes avant le repas, est-elle autorisée à le faire même si l’on consommera la salade seulement plus d’une demi-heure plus tard?
Les propos des décisionnaires qui définissent la condition « de suite », de façon réellement immédiate
Notre maitre le Rav Ovadia YOSSEF z.ts.l s’est longuement étendu sur cette question.
Avant tout, il cite les propos de plusieurs de nos maitres les décisionnaires médiévaux, à partir desquels il ressort que l’on ne peut autoriser de trier pendant Chabbat sauf si l’on a l’intention de consommer immédiatement ce que l’on tri.
C'est-à-dire, au bout d’une minute, comme le fait une personne qui casse une noix et qui la consomme, ou bien comme le font des gens assis autour d’une table pour un repas, où il est permis de trier pour tous les convives, même s’ils n’ont pas l’intention de consommer immédiatement ce qu’on leur tri, tout le temps du repas est considéré comme « de suite ». Selon cela, lorsqu’on a déjà entamé le repas, il est permis de préparer une salade pour les convives, ou de leur casser une noix ou autre, car tout ce laps de temps est considéré comme « de suite ».
Il ressort des propos de ces décisionnaires qu’il est interdit de trier ou de couper une salade avant le repas, puisque cela ne s’appelle pas encore « de suite ».
C’est ce qui apparait des propos de Rabbenou Yéroh’am, du RAMBAN, du RAVEYA et d’autres.
C’est également ce qu’écrit le RYTBA (sur Chabbat 74a) en ces termes:
« Les gens qui trient la nourriture avant le repas pour consommer lors du repas, commettent un interdit, et il ne faut agir ainsi qu’au moment de consommer seulement, et en triant l’aliment du déchet. »
Les propos des décisionnaires qui ne définissent pas la condition « de suite », de façon réellement immédiate
Cependant, il est expliqué dans les propos de plusieurs autres décisionnaires médiévaux (le Mordéh’i sur le chapitre « Kélal Gadol », ainsi que les Tossafot de Rabbenou Itsh’ak Ha-Zaken sur Chabbat 74a) que la condition « de suite » ne signifie pas immédiatement, mais en réalité tant que l’on a l’intention de consommer « au bout d’un petit moment » ce que l’on a trié, cela correspond aussi à la condition « de suite ». Si la personne a l’intention de laisser l’aliment trié pour le consommer seulement au bout d’un moment (plus long), cette personne a trié pour un délai plus long, et elle est condamnable pour profanation de Chabbat.
Le Din sur le plan pratique
Sur le plan pratique, notre maitre le Rav Ovadia YOSSEF z.ts.l tranche que l’on ne peut autoriser à trier pour les nécessités du repas, ou à couper une salade pour le repas, sauf lorsqu’on se trouve réellement avant le repas, ce qui signifie dans la demi -heure qui précède le repas. Mais il faut être TRES vigilant de ne pas commencer à trier ou à couper une salade longtemps avant le repas, car en agissant ainsi on transgresse un interdit de la Torah à titre de trier ou de moudre, qui n’ont été autorisés que lorsqu’on a l’intention de consommer de suite, c'est-à-dire dans la demi heure qui précède le repas.
Qui plus est, ce procédé n’est autorisé que lorsqu’il est nécessaire de couper une grande quantité de salade ou de trier en grande quantité, dans ce cas, on peut autoriser à partir de la demi-heure qui précède le repas, mais si l’on doit seulement trier ou couper une salade en petite quantité, on ne peut le faire que quelques minutes avant le repas.
Le Maguen Avraham écrit (chap.321 note 15), ainsi que de nombreux autres décisionnaires, que l’on ne peut autoriser à couper une salade ou à trier pour les nécessités du repas qu’à partir de l’heure où les gens sortent de la synagogue et se dirigent vers leurs foyers. A partir de ce moment, on considère le tri ou la coupe de la salade comme étant faits pour consommer « de suite », puisqu’on va à présent passer à table, mais pas avant.
En conclusion: On ne peut autoriser à couper une salade ou à trier des aliments pour le repas qu’à partir de la demi-heure qui précède le repas. Si ce n’est pas nécessaire, comme pour une salade en petite quantité, on ne peut autoriser que seulement quelques minutes avant le repas.