Une Soukka sur un trottoir
Il est fréquent de trouver des commerces de nourriture – comme des pizzerias ou des restaurants – dont les propriétaires construisent une Soukka à proximité de leur commerce durant la fête de Soukkot.
Certaines de ces Soukkot attenantes à des restaurants, sont construites de manière légale et sans occasionner de désagréments aux passants.
Mais dans certains cas, de telles Soukkot sont situées sur un espace public, et déragent considérablement les passants.
La question est : Si quelqu’un a consommé dans une telle Soukka, est-il quitte de son devoir ?
Une Soukka volée
Dans la Guémara Soukka (chap. « Loulav Ha-Gazoul » 31a), nos maîtres apprennent d’un verset de la Torah que l’on n’est pas quitte de son devoir si l’on utilise une Soukka volée.
En effet, la Torah dit :
חַג הַסֻּכֹּת תַּעֲשֶׂה לְךָ ... (דברים טז-יג)
Tu célèbreras la fête de Soukkot pour toi … (Dévarim 17-13)
Or, le mot « Lé’ha » (« pour toi ») vient nous indiquer que la Soukka doit être « à toi », et non une Soukka volée, car un homme ne s’acquitte pas de son devoir de Soukka au moyen d’une Soukka volée.
Un sol n’est jamais volé
Cependant, il est également expliqué à cette même référence dans la Guémara, ainsi que dans les propos de nos maîtres les Richonim (décisionnaires médiévaux) que même s’il est toujours interdit d’utiliser une Soukka volée, nous avons malgré tout un principe selon lequel « Un sol n’est pas volé ».
Cela signifie que lorsque quelqu’un pénètre dans l’espace de son prochain sans son autorisation, même s’il commet un interdit en agissant ainsi, le sol n’en a pas pour autant été « volé » par la personne qui s’est introduite sur son espace, car ce n’est que vis-à-vis d’objets ou de choses déplaçables que l’on peut parler de notion de « vol ». Mais un sol reste toujours la possession du propriétaire, et n’a pas le statut de « volé ».
Selon cela, il en est de même vis-à-vis d’une Soukka.
Si quelqu’un pénètre dans la Soukka de son prochain sans son autorisation, et qu’il y consomme son repas, même s’il a commis un interdit en agissant ainsi, la Soukka n’est pas pour autant considérée comme « volée ». Celui qui a agi ainsi est quitte de son devoir de Soukka (même s’il a agi de manière interdite en ne demandant pas au préalable la permission du propriétaire).
Une Soukka sur un chariot
Dans quelle situation considère-t-on que la Soukka est « volée », qui est donc non-valable et dans laquelle on ne s’est pas acquitté de son devoir ?
Cette règle s’applique dans le cas où quelqu’un vole la Soukka elle-même.
Par exemple : Quelqu’un vole une Soukka posée sur un chariot, ou sur un bateau, ou qu’il vole une Soukka et l’emporte pour la placer sur son espace personnel.
Dans tous ces cas, il n’est pas quitte de son devoir en séjournant dans une telle Soukka volée, car c’est la Soukka elle-même qui a été volée, avec son sol (qui n’est pas un véritable sol, mais le plancher du chariot ou autre …)
La règle dans la pratique
Dans la pratique, si l’on siège dans une telle Soukka construite par un restaurateur qui l’a placée dans un espace qui ne lui appartient pas, et que la Soukka dérange les passants ou autre, même si le restaurateur n’a pas agi de manière permise selon la Halacha, si l’on consomme dans une telle Soukka on est quitte de son devoir, car la Soukka elle-même repose sur un espace public, et elle n’est pas classée dans la catégorie « Soukka volée ». (Choul’han ‘Arou’h O.H 637 ; ‘Hazon Ovadia-Soukkot page 53).