Extrait des propos de notre maître le Rav Ovadia YOSSEF z.ts.l, prononcés un soir de Yom Kipour à la synagogue « Hazon Ovadia » dans le quartier de Ré’havya à Jérusalem :
On rapporte au nom d’un grand Rav qui commenta les termes d’une Michna enseignée dans le traité Chabbat :
« Avez-vous prélevé le Ma’asser (en Erets Israël, la dîme sur les fruits avant Chabbat) ? Avez-vous établi le ‘Erouv (avant Chabbat pour transporter des objets d’un domaine à l’autre pendant Chabbat) ? Allumez les Nérot ! » (Chabbat 34a)
Le « Ma’asser » est ici une allusion aux 10 Jours de Téchouva qui se sont écoulés ; le « ‘Erouv » est ici une allusion à la veille de Yom Kippour (de la même racine éthicologique que le mot « ‘Erev », qui signifie « veille ») qui s’est écoulée, par conséquent il faut à présent « allumer le Ner (la lumière) » !
Or, le « Ner » d’Hachem c’est l’âme de l’homme !
En effet, il est rapporté au nom du Gaon auteur du Toledot Yaakov Yossef :
Un cordonnier était assis à une heure tardive pendant la nuit dans son atelier et réparait des chaussures. Des passants lui dirent : « Il est très tard ! Que fais-tu encore dans ton atelier ?! » Il leur répondit : « Tant que la lanterne éclaire encore, on peut tout réparer ! » Le Rav dit : « J’en ai retiré une grande morale, car tant que la lumière d’Hachem – qui est l’âme de l’homme – éclaire encore en nous, on peut encore réparer nos actes, puisque le repentir et les bonnes actions sont de véritables boucliers contre les malheurs ! »
Nos maîtres enseignent (Béra’hot 32b) :
Depuis la destruction du Temple, une paroi séparatrice de fer s’est élevée entre Israël et leur Père qui est aux Cieux, comme il est dit dans le livre de E’ha :
גַּם כִּי אֶזְעַק וַאֲשַׁוֵּעַ, שָׂתַם תְּפִלָּתִי. (איכה ג-ח)
Même si j’implore et je prie, Il ferme tout accès à ma prière. (E’ha 3-8)
Mais nos maîtres ajoutent : Malgré tout, les portes des larmes ne se sont jamais refermées, comme le dit le Roi David dans Téhilim :
שִׁמְעָה תְפִלָּתִי ה', וְשַׁוְעָתִי הַאֲזִינָה--אֶל-דִּמְעָתִי, אַל-תֶּחֱרַשׁ ... (תהלים לט-יג)
Hachem ! Ecoute ma prière ! Prête l’oreille à mes cris ! Ne reste pas silencieux à mes larmes ! … (Téhilim (39-13)
Cela signifie que le Roi David demande à Hachem d’écouter sa prière, d’entendre sa requête, mais il Lui demande aussi de ne pas se dérober à ses larmes.
Il ne demande pas qu’Hachem « voit » ses larmes, car le Roi David savait qu’Hachem voit toujours les larmes, en particulier les larmes qu’un homme verse au moment de la Né’ila, moment où Hachem juge seul ses enfants, et c’est un moment propice pour déverser ses demandes devant Hachem en pleurant et en suppliant. C’est alors qu’Hachem lui pardonne toutes ses fautes, même les plus graves. (Si l’on n’arrive pas à pleurer, on doit demander au moins avec une voix de supplication).
On raconte au sujet du Tsaddik Rabbi Sim’ha Boïnem, le disciple du ‘Hozé de Louvlin :
Dans sa jeunesse, Rabbi Sim’ha était un important commerçant. Il ouvrait son magasin seulement quelques heures dans la journée, et le reste du temps il étudiait la Torah. Il obtint une telle réussite qu’il devint un homme très riche.
Une année, la veille de Roch Ha-Chana, il alla rendre visite à son maître le ‘Hozé de Louvlin afin de recevoir une bénédiction pour la nouvelle année.
Son maître lui dit : « Je crains de ne pas être porteur de bonnes nouvelles pour toi aujourd’hui, car cette année, toute ta fortune va s’effondrer, et tu vas en arriver à manger seulement du pain. »
Rabbi Sim’ha sortit de chez son maître complètement brisé.
A Yom Kippour, lorsque Rabbi Sim’ha monta à la Téva pour officier comme ‘Hazzan, il commença s’imaginer le moment où toute sa richesse allait disparaître et il éclata en sanglots. Durant toutes les prières de Yom Kippour, il déversa de très grosses larmes, au point où toute l’assemblée pleura avec lui.
Dès le lendemain de Yom Kippour, il ferma définitivement son magasin, et alla se présenter auprès d’une riche commerçante du nom de Tamar, qui possédait un grand magasin. Elle le nomma directeur de son magasin.
Au bout d’un mois, Rabbi Sim’ha constata que la réussite lui souriait et que l’affaire fleurissait. Il alla trouver sa patronne et lui réclama 10% de tous les futurs bénéfices.Etant convaincue que la réussite provenait du fait que Rabbi Sim’ha était un grand Tsaddik, la patronne accepta la demande.
Un mois plus tard, Rabbi Sim’ha demanda 20%, et sa patronne accepta de nouveau.
La réussite était au-delà de ce qu’ils espéraient.
Lorsqu’arriva Roch ‘Hodech Chévat, Rabbi Sim’ha lui dit : « Chalom, Béra’ha Tova ! (Initiales en hébreu du mot Chévat) Je retourne à mon propre commerce ! »
Il rouvrit son magasin et il connut de nouveau la réussite et la richesse.
Lorsqu’il arriva la veille de Péssa’h chez son maître le ‘Hozé de Louvlin, son maître lui dit immédiatement : « Saches que tout ce que je t’avais prédit était vrai et authentique ! Mais je n’avais pas tenu compte des larmes que tu as versées à Yom Kippour ! Par tes larmes, tu as fendu les cieux et le décret fut annulé ! »
De même, il est expliqué dans le Zohar Ha-Kadoch (Vay’hi) que les larmes ont la force d’annuler tous les décrets. Nous l’apprenons de notre Matriarche Léah, sur qui avait été décrété qu’elle devait se marier avec ‘Essav l’impie. Mais elle pria avec de telles larmes qu’elle eut finalement le mérite d’être l’épouse de Ya’akov Avinou, et elle ne fut pas donnée à ‘Essav.
Notre maître le Rav z.ts.l ajouta :
Il ne s’agit pas de pleurer (seulement) pour obtenir sa Parnassa (subsistance matérielle), car cela est comparable à un enfant qui pleure pour qu’on lui donne un bonbon ou un chocolat.
Les pleures doivent être sur les fautes et les mauvaises actions commises, car tous les malheurs qui s’abattent sur un homme ne sont provoqués que par ses transgressions et ses mauvaises actions, comme l’enseignent nos maîtres dans la Guémara Kiddouchin (82a) : « J’ai détérioré mes actions et j’ai été privé de ma subsistance ».
Par le réveil au repentir et les larmes sincères, la sentence est annulée et déchirée. La rigueur fait place à la miséricorde, et l’on sort acquitté du jugement, car « là où se tiennent les Ba’alé Téchouva (les repentis), même de véritables Tsaddikim (justes) ne peuvent se tenir.
(Tous ces propos sont cités dans Maor Israël-Darouchim page 70).
Qu’Hachem entende nos prières, et que nous ayons le mérite d’être inscrits et scellés pour la vie et la paix !
Tizkou Léchanim Rabbot, Ha-Banim Véhaavot !