Commentaires rédigés pour Halacha Yomit par le Rav David PITOUN
C’était pourtant la même « recette » ?! »
Contexte : Israël se trouve maintenant devant le pays de Moav.
Balak, le roi de Moav redoute qu’Israël n’emporte une fois de plus la victoire, comme il l’a emportée devant les autres pays qui ont cherché à lui faire du mal.
C’est pour cela qu’il décide - sur le conseil des princes de Midian, le pays voisin - de ne pas leur faire la guerre, mais d’employer plutôt un autre moyen pour les exterminer.
Il mande l’assistance de Bil’am, prophète non-juif, doté par Hachem de très grandes capacités prophétiques. Cependant, Bil’am est aussi un individu immoral et abject, aux mœurs dépravées (il pratiquait l’intimité conjugale avec son ânesse), et d’une très grande cupidité.
Balak lui demande de venir dans son pays, Moav, et d’attirer sur Israël la malédiction d’Hachem.
Après avoir consulté Hachem, Bil’am rejoint Balak avec l’avertissement d’Hachem que seules les paroles qu’Il lui mettra lui-même dans la bouche se réaliseront.
Bil’am tente plusieurs fois de prononcer des malédictions à l’égard d’Israël, en voulant chaque fois faire mention de leurs fautes, afin d’attirer sur eux la colère divine, mais à chaque fois qu’il ouvre la bouche, ce ne sont que des Béra’hot (des bénédictions) qui en sortent.
Après plusieurs tentatives sans succès, il décide de partir, mais avant, il donne un conseil au roi Balak : inciter Israël à la débauche, puisque c’est la pire des Avérot (transgressions) aux yeux d’Hashem.
Et c’est effectivement ce que Balak fait. Il envoie des filles de Midian, ainsi que sa propre fille, s’installer près du camp d’Israël, qui se laisse séduire, et la colère d’Hachem s’abat sur eux en provoquant la mort de 24 000 personnes.
Rachi écrit dans son commentaire sur notre Paracha :
« Pourquoi Hachem laisse Sa Ché’hina (présence divine) reposer sur un non-juif Racha’ (impie) ? Afin que les nations n’aient pas la possibilité de venir argumenter auprès d’Hachem : « Si tu nous avais donné à nous aussi un prophète, comme tu l’as fait avec Israël, nous serions revenus sur le droit chemin ! » Hachem leur a donné Bil’am, ce qui ne les a pas empêchés de mal se comporter ».
Question : Le prophète qui fut donné à Israël (Moché Rabbénou) était à même de guider Israël vers le droit chemin, du fait de sa personnalité très saine, de sa grandeur, et de sa droiture. Israël pouvait s’inspirer de lui.
Mais que pouvait inspirer Bil’am aux nations si ce n’est des mœurs dépravées, de la perversion, de la convoitise, de la méchanceté, etc … ?!
Les 2 « cadeaux » ne sont, à priori, pas équitables ?!
On rapporte au nom du Gaon et Tsaddik Rabbi ‘Haïm Its’hak ‘HAÏKIN z.ts.l, Roch Yéshiva de « ‘Ha’hmé Tsarfat » (Aix les Bains – France), l’explication suivante :
Il est écrit: « La crainte d’Hachem est sa grange (la grange de celui qui craint Hachem) ». (Yécha’ya 33)
La Guémara Chabbat (30a) commente ce verset en disant que c’est selon la capacité que l’on donnera à la grange, que l’on pourra engranger la récolte de la Torah.
C’est ainsi que l’on explique une autre parole de nos maîtres
sur un verset de Daniel : « Il ne donne la sagesse qu’à celui qui possède en lui de la sagesse » (Daniel 2-21).
Hachem ne donne de la sagesse qu’à celui qui se dispose à la recevoir.
Ceci est comparable à une femme qui, après avoir goûté un plat chez sa voisine, lui demande la recette. La voisine lui indique avec précision, tous les ingrédients nécessaires, ainsi que les temps de cuisson. La femme, après avoir raté son plat, revient en colère en accusant sa voisine de lui avoir caché un ingrédient.
Celle-ci, intriguée, lui assure de lui avoir tout indiqué, mais lui demande :
« Avant de commencer à cuisiner, as-tu lavé les différents ustensiles ? »
L’autre lui répond : « Non, effectivement je ne les ai pas lavés, mais j’ai suivi scrupuleusement toutes tes instructions. »
La voisine lui répond : « C’est justement ça le problème ! Tes ustensiles sales ont gardé un mauvais goût qu’ils ont transmis à la nourriture que tu as cuisinée en eux ! »
De même, Bil’am a reçu les mêmes capacités que Moché Rabbénou.
Cependant, Moché Rabbénou a d’abord apprêté sa personnalité à recevoir toute la Kédoucha (sainteté) qui lui était donnée.
Il a effectué un véritable travail de « nettoyage » de tous les traits de caractère pouvant faire obstacle à la Torah.
Ce qui n’est pas le cas de Bil’am, qui a gardé ses 3 défauts principaux :
Un œil mauvais ; un esprit vaniteux ; une âme cupide (Avot chap.5 Michna 19)
Pas étonnant que son plat ait raté !!!
Avant de pénétrer véritablement la Torah, il est impératif de nettoyer toute sa personnalité de tout défaut et imperfection, pouvant faire parasite et obstacle au message de la Torah.
Chabbat Chalom !