Dans une précédente Halacha, nous avons cité le devoir ordonné par la Torah pour chaque juif voyant son prochain dans la détresse, de lui proposer aide et assistance dans la mesure du possible. Nous avons aussi rappelé que ce devoir nous montre à quel point la Torah impose à l’homme d’être sensible à son entourage, et ne pas rester indifférent lorsque son prochain se trouve dans la détresse.
Dans le livre « Kinyan Torah Chel Maran » (rédigé par le Gaon Rabbi Ovadia Yossef TOLEDANO Chlita, petit-fils de notre maitre le Rav Ovadia YOSSEF z.ts.l, page 128), est citée une anecdote à ce sujet, rapportée par l’un des anciens disciples de notre maitre le Rav z.ts.l (en 5760 – 1960).
Cet homme était lui-même quelqu’un qui craignait Hachem et qui travaillait durement dans son petit magasin pour gagner sa subsistance, mais il était aussi un fidèle assidu des cours donnés par notre maitre le Rav z.ts.l.
« Un soir – raconte ce disciple – notre maitre le Rav z.ts.l termina son cours régulier à la synagogue « Chaoul Tsadka » dans le quartier « Beit Israël » à Jérusalem. Cette synagogue possédait deux portes, et notre maitre le Rav z.ts.l avait l’usage de sortir par la porte qui donnait sur la rue « Reichman ». Mais cette fois ci, il sorti par l’autre porte qui donnait sur la direction de ma maison. Il plaça sa main sur mon épaule et me demanda :
« Meïr, comment vas-tu ? »
Je répondis : « Barou’h Hachem, tout va bien. »
Notre maitre le Rav z.ts.l demanda :
« Non, mais à la maison ? »
J’émis un soupire et je dis :
« Barou’h Hachem, Barou’h Hachem tout va bien. »
Notre maitre le Rav z.ts.l ne lâcha pas prise et me dit :
« Je remarque que cette semaine tu n’es pas tellement joyeux. Aujourd’hui j’ai raconté une histoire, tout le monde a rit, mais toi, tu n’as même pas sourit … »
J’étais stupéfait ! Comme notre maitre le Rav z.ts.l porte son attention vers moi, comment m’a-t-il remarqué parmi les nombreux participants au cours et a senti personnellement mon état !
A cet instant, j’ai ouvert mon cœur et j’ai dit avec beaucoup de peine :
« Rabbénou ! Que puis-je te dire ! Cela fait maintenant 6 mois que je n’ai plus de vie ! Depuis que mon épouse a – Barou’h Hachem – accouchée, malheureusement elle n’est plus elle-même. Je ne sais pas ce qu’elle a ! Elle est tout le temps triste et elle pleure sans arrêt. J’essaye pourtant de la réjouir, mais rien ne marche. Je n’ai plus la force, je suis brisé ! »
Notre maitre le Rav z.ts.l entendit et eu beaucoup de peine. Soudain, j’ai remarqué que tout en parlant je rallongeais le chemin de notre maitre le Rav z.ts.l, puisqu’il devait emprunter la direction opposée. Je me suis arrêté un instant et je me suis tourné vers notre maitre le Rav z.ts.l:
« Que le Rav me pardonne, je lui rallonge le chemin, marchons dans le sens opposé. »
Notre maitre le Rav z.ts.l me répondit:
« Non, non, tout va bien. »
Il continua à avancer avec moi jusqu’à ce que nous arrivions à proximité de ma maison dans la rue Guerchom. J’apercevais déjà les fenêtres de ma maison au rez-de-chaussée. Nous nous sommes arrêtés et notre maitre le Rav z.ts.l me demanda:
« Meïr, ton épouse est-elle là ? »
Surpris par la question, je répondis:
« Oui. »
Notre maitre le Rav z.ts.l demanda:
« Puis-je entrer pour la bénir ? »
J’étais rempli d’émotion ! Je ne pouvais pas imaginer un tel mérite, que notre maitre le Rav z.ts.l vienne chez moi pour bénir mon épouse.
Je suis entré et j’ai immédiatement appelé mon épouse en lui disant que notre maitre le Rav z.ts.l désirait la bénir.
Nous n’oublierons jamais ces instants ! Quelle émotion!
Notre maitre le Rav z.ts.l nous posa quelques questions de Halacha, sur des sujets dont la négligence peut entraîner des peurs et des angoisses. Il demanda à mon épouse si elle faisait attention à se couvrir la tête, si elle veillait à se laver les mains conformément à la Halacha le matin au réveil, ainsi que d’autres sujets. Il lui demanda de veiller à tous ces points. Il plaça sa main en l’air au dessus de la tête de mon épouse, et durant une minute il lui cita toutes sortes de versets contre la peur, puis il la bénit et lui dit:
« Avec l’aide d’Hachem, tu auras un total rétablissement. »
Et il sortit de la maison.
Hormis le fait que la bénédiction de notre maitre le Rav z.ts.l s’est réalisée Barou’h Hachem, j’ai été très ému de l’amour des autres qu’il avait, au point de sentir ma détresse, alors que je n’étais que un parmi des milliers. » Fin de citation.