Il est enseigné dans les PIrké Avot :
יְהוֹשֻׁעַ בֶּן פְּרַחְיָה אוֹמֵר : עֲשֵׂה לְךָ רַב, וּקְנֵה לְךָ חָבֵר, וֶהֱוֵי דָּן אֶת כָּל הָאָדָם לְכַף זְכוּת. (אבות פ''א משנה ו)
Yéhochoua’ Ben Péra’hya dit : « Choisis-toi un maître ; acquiert toi un compagnon d’étude ; et juge tout individu avec indulgence. » (Avot chap.1 Michna 6)
Rabbenou Ovadia Mi Bartenoura explique :
Il s’agit ici d’une situation où les choses sont équilibrées, qu’il est possible de juger la personne aussi bien de façon positive que de façon négative, et que cette personne n’a pas de réputation particulière, ni dans un sens, ni dans un autre.
Dans ces conditions, il faut juger la personne avec indulgence, et ne pas soupçonner gratuitement que cette personne agit de façon incorrecte, puisque c’est ainsi que nos maîtres - dans la Guémara Chévou’ot (30a) – commentent le verset :
... בְּצֶדֶק, תִּשְׁפֹּט עֲמִיתֶךָ. (ויקרא יט-טו)
Tu jugeras ton prochain avec équité (Vaykra 19-15) - Juge ton prochain avec indulgence.
Nos maîtres enseignent aussi dans la Guémara Chabbat (97a) :
Celui qui soupçonne à tort des gens respectables, sera frappé dans son corps, car lorsque Moché Rabbenou a dit à Hachem :
... וְהֵן לֹא-יַאֲמִינוּ לִי ... (שמות ד-א)
… Ils (les Béné Israël) ne me croiront pas … (Chémot 4-1), Hachem lui dit :
... הָבֵא-נָא יָדְךָ בְּחֵיקֶךָ, וַיָּבֵא יָדוֹ, בְּחֵיקוֹ; וַיּוֹצִאָהּ, וְהִנֵּה יָדוֹ מְצֹרַעַת כַּשָּׁלֶג. (שם ד-ו)
Place ta main dans ta poitrine. Il la plaça dans sa poitrine, puis il la ressortie, et elle était lépreuse (et blanche) comme la neige. (Ibid. 4-6)
Et ce n’est qu’ensuite que sa main redevint normale.
Ceci était une punition pour avoir soupçonné à tort des gens respectables, car en définitive, le texte dit :
וַיַּאֲמֵן הָעָם ... (שם ד-לא)
Le peuple crut … (Ibid.4-31)
Hachem aussi lui dit par la suite que les Béné Israël sont des croyants fils de croyants.
Il est donc explicite à travers les propos de Rabbenou Ovadia Mi Bartenoura, que lorsque la personne est réputée comme étant Yéré Chamaïm (craignant Hachem) de façon notoire, il faut juger les actes de cette personne avec indulgence, même lorsqu’ils sont également interprétables de manière négative.
Il est écrit au sujet de ‘Hanna (la mère du prophète Chémouel) :
וְחַנָּה, הִיא מְדַבֶּרֶת עַל-לִבָּהּ ... (שמואל א' א-יג)
‘Hanna parlait sur son cœur … (Chémouel I 1-13)
Nos maîtres expliquent : « Sur son cœur » - sur les préoccupations de son cœur.
En effet, elle priait en bougeant les mains, ce qui semblait étrange aux yeux de ‘Eli Ha-Cohen. C’est pourquoi, il la soupçonna d’être ivre de vin, et il lui dit :
... עַד-מָתַי תִּשְׁתַּכָּרִין; הָסִירִי אֶת-יֵינֵךְ, מֵעָלָיִךְ. (שם א-יד)
« Jusqu’à quand vas-tu t’enivrer ! Vas cuver ton vin ! (Ibid.1-14)
‘Hanna lui répondit :
... לֹא אֲדֹנִי, אִשָּׁה קְשַׁת-רוּחַ אָנֹכִי, וְיַיִן וְשֵׁכָר לֹא שָׁתִיתִי ... (שם א-טו)
Non mon seigneur ! Je ne suis qu’une femme dans la détresse, et je n’ai bu aucun vin ni alcool … (Ibid.1-15)
En réalité, elle voulu lui dire par ces propos :
« Tu n’es pas un seigneur et l’esprit prophétique (Roua’h Ha-Kodech) ne réside pas sur toi, car tu m’as jugée de façon négative, et non avec indulgence. »
Le Gaon Rabbi Eliyahou de VILNA explique que ‘Eli Ha-Cohen consulta les Ourim et Toumim (les 12 pierres précieuses du Pectoral que le Cohen Gadol porte sur sa poitrine) au sujet de cette femme qui se tenait à ses côtés, et la réponse qui sortit des Ourim et Toumim était composée des lettres lumineuses suivantes :
ה – כ – ש - ר
Hé ; Kaf ; Chin ; Rech.
Or, ‘Eli Ha-Cohen pensa qu’il fallait comprendre la réponse dans le sens
שכֹּרה
« Chikora » qui signifie « celle qui est ivre ».
Ce fut une erreur de sa part car il fallait assembler les lettres de la réponse de telle sorte que l’on puisse lire
כשרה
« Kéchéra » qui signifie « celle qui est respectable », car elle était une femme respectable. Ou bien aussi « Ké-Sarah », dans le sens « comme Sarah notre matriarche » qui était stérile et qui pria pour avoir un fils.
Mais ‘Eli Ha-Cohen interpréta les lettres de la réponse de façon incorrecte, et compris « Chikora ». C’est donc pour cela que ‘Hanna lui répondit : « Tu n’es pas un seigneur et l’esprit prophétique (Roua’h Ha-Kodech) ne réside pas sur toi… », car pour savoir assembler les lettres de la réponse de façon correcte, celui qui consulte les Ourim et Toumim doit posséder le Roua’h Ha-Kodech (l’esprit prophétique).
Lorsqu’ Eli Ha-Cohen compris son erreur, il demanda à ‘Hanna de lui pardonner, comme nous l’apprenons d’ici, dans la Guémara Bera’hot (31a) :
Celui qui soupçonne son prochain à tort, doit non seulement lui demander pardon, mais il doit aussi le bénir, comme il est dit :
וַיַּעַן עֵלִי וַיֹּאמֶר, לְכִי לְשָׁלוֹם; וֵאלֹהֵי יִשְׂרָאֵל, יִתֵּן אֶת-שֵׁלָתֵךְ, אֲשֶׁר שָׁאַלְתְּ, מֵעִמּוֹ. (שם א-יז)
‘Eli répondit et dit : « Va en paix, et le D. d’Israël exaucera le souhait que tu lui as adressé. (Ibid.1-17)
A partir de là, chacun doit apprendre à s’habituer à cette bonne qualité, de juger - son prochain, comme les membres de son foyer – avec indulgence, et ne pas être constamment rigoureux et soupçonneux, mais au contraire, agréable avec les gens, en les jugeant avec indulgence, et en faisant preuve de compréhension envers ses proches et sa famille.
En agissant ainsi, on mérite que même le Ciel nous juge avec indulgence, comme nos maîtres l’enseignent dans la Guémara Chabbat (127b) :
Celui qui juge son prochain avec indulgence, sera lui aussi jugé par le Ciel avec indulgence.
On raconte que Rabbi ‘Akiva loua un jour ses services (en tant qu’ouvrier fixe) chez un homme particulièrement Yéré Chamaïm (qui craignait Hachem), pour une durée de 3 ans.
Cet homme était très riche.
Au bout de 3 années de travail, Rabbi ‘Akiva vint – la veille de la fête - réclamer son salaire.
Il dit à son patron :
« Donne-moi mon salaire afin que je puisse rentrer chez moi et nourrir ma femme et mes enfants ».
Le patron lui répondit :
« Je n’ai pas l’argent ».
Rabbi ‘Akiva lui dit :
« Alors donne-moi une bête ou des fruits ».
Le patron répondit :
« Je n’en ai pas ».
Rabbi ‘Akiva dit :
« Alors donne-moi au moins des coussins ou des couvertures ».
Le patron lui répondit :
« Je n’en ai pas. »
Rabbi ‘Akiva plia ses affaires et rentra chez lui, déçu.
Après la fête, son patron vint lui rendre visite, accompagné de 6 ânes chargés de nourritures, de boissons, de friandises, ainsi que de l’argent correspondant au salaire de Rabbi ‘Akiva.
Après qu’ils aient mangés et bus, le patron demanda à Rabbi ‘Akiva :
« Lorsque je t’ai répondu « je n’en ai pas » sur tout ce que tu m’as réclamé, de quoi m’as-tu soupçonné ? »
Rabbi ‘Akiva lui répondit :
« Je ne t’ai pas soupçonné, mais je me suis dit que tu avais certainement dédié tous tes biens au Hékdech (au Beit Ha-Mikdach), et que par conséquent, les biens dédiés au Hekdech sont interdits au profit, puisqu’ils ne t’appartiennent plus ».
Le patron jura en lui disant :
« Effectivement, c’est exactement ce qui s’est passé. J’ai dédié tous mes biens au Hékdech, car mon fils Horkanoss n’a pas étudié la Torah, mais ensuite, j’ai été consulté mes amis qui m’ont délié de mon Néder (mon vœu). Maintenant, sache que de la même façon que tu m’as jugé avec indulgence, ainsi Hachem te jugera avec indulgence ».