Commentaires rédigés par le Rav David PITOUN, pour Halacha Yomit
Contexte : De retour de son séjour de plus 20 ans chez con oncle Lavan, Ya’akov Avinou s’installe avec sa famille dans le pays de Kéna’an (Erets Israël), pays où a vécu son père Its’hak. Ya’akov a 12 enfants, et parmi eux Yossef, l’avant dernier. Ya’akov ne cache pas sa préférence pour son fils Yossef, et il lui offre même une belle tunique rayée, ce qui provoque l’animosité de ses frères envers Yossef.
Yossef fait 2 rêves prémonitoires qui annoncent un avenir de dirigeant pour Yossef sur ses frères, ce qui a pour effet d’augmenter leur animosité envers lui.
Lorsque ses frères partent en déplacement pour aller faire paître le nombreux bétail de leur père, Ya’akov demande à son fils Yossef d’aller à la rencontre de ses frères afin de s’enquérir d’eux, et il lui demande de lui rapporter de leurs nouvelles.
Lorsque Yossef trouve ses frères, ceux-ci décident de le juger, et ils prononcent à son encontre une condamnation à mort.
וַיִּשְׁמַע רְאוּבֵן, וַיַּצִּלֵהוּ מִיָּדָם; וַיֹּאמֶר, לֹא נַכֶּנּוּ נָפֶשׁ. (בראשית לז-כא)
Réouven entendit et le sauva de leur main. Il se dit : « Ne portons pas atteinte à sa vie. » (Bérechit 37-21)
Le Midrach cite un verset du Chir Ha-Chirim :
הַדּוּדָאִים נָתְנוּ-רֵיחַ, וְעַל-פְּתָחֵינוּ כָּל-מְגָדִים ... (שיר השירים ז-יד)
Les mandragores ont donné leur parfum, et à nos portes se trouvent toutes sortes de délices … (Chir Ha-Chirim 7-14)
Le Midrach fait le parallèle suivant :
« Les mandragores ont donné leur parfum » – Il s’agit de Réouven (son intervention de sauvetage auprès de Yossef), « et à nos portes se trouvent toutes sortes de délices » – Il s’agit des Nérot de ‘Hanouka.
Précision : Les mandragores citées ici désignent Réouven, car il en avait un jour cueilli pour sa mère Léah (voir Parasha de Vayétsé)
Question : Quel rapport y a-t-il entre Réouven et les Nérot de ‘Hanouka ?
Réponse : Dans son livre Kol Yéhouda, notre maître le Gaon Rabbi Yéhouda TSADKA z.ts.l (Roch Yéchivat Porat Yossef à Jérusalem) – avant de répondre à cette question - nous propose d’abord de comprendre la raison pour laquelle la Torah vante les mérites de Réouven et son intervention en disant « qu’il le sauva de leur main », alors qu’il leur conseilla par la suite de le jeter dans un puits rempli tout de même de serpents et de scorpions !
Même si l’on suppose que Réouven ignorait la présence des serpents et des scorpions, pourquoi la Torah attribue malgré tout le sauvetage de Yossef à Réouven plutôt qu’à Yehouda ?! Car en définitive c’est le conseil de Yéhouda qui – par son intervention ultérieure à celle de Réouven - a maintenu Yossef en vie en suggérant plutôt de le vendre comme esclave !
Mais au lieu de cela, la Torah ne se contente pas de ne pas attribuer le sauvetage de Yossef à Yéhouda, mais elle atteste même que ses frères le destituèrent de ses fonctions de roi, et l’abandonnèrent suite à la vente de Yossef !
Mais en réalité le conseil de Réouven de jeter Yossef au puits, était porteur d’une certitude d’un point de vue spirituel, car aucun danger spirituel n’existait dans le puits. Même s’il y avait tout de même un danger d’un point de vue physique, ce danger restait incertain.
De plus, ce danger n’était que temporaire puisque Réouven avait envisagé cette solution seulement afin de calmer les esprits et de revenir plus tard au puits pour sauver définitivement son frère, et le ramener à son père.
Par contre, Yéhouda a réellement exposé Yossef à un danger certain d’un point de vue spirituel, car il conseilla de le vendre à des arabes qui voyageaient en Egypte, qui était le pays le plus imprégné de débauche et de toutes les formes d’idolâtries.
C’est pour cette raison que la Torah attribue le sauvetage de Yossef à Réouven qui le sauva d’un danger spirituel certain et concret, et non à Yéhouda qui le sauva physiquement, mais qui l’exposa de façon certaine au pire des dangers : l’assimilation !
A ‘Hanouka, Israël s’est battu pour défendre sa spiritualité qui était en danger, et non son identité physique.
En effet, l’objectif des grecs n’était pas d’anéantir physiquement les juifs, mais seulement d’en faire de parfaits Goyim, au moyen de l’hellénisation !
Leur identité spirituelle avait beaucoup plus de signification pour les juifs que leur identité physique, tout comme Réouven.
C’est pourquoi le Midrach met en rapport Réouven - qui sauva Yossef du danger spirituel - avec les Nérot de ‘Hanouka qui mettent en valeur la préservation de la véritable identité du peuple d’Israël : sa spiritualité.
Chabbat Chalom & ‘Hanouka Saméa’h !