Dvar Torah pour dimanche 8 Kislev 5775 30 novembre 2014

Divré Torah sur Vayshla’h

Par le Rav David A. PITOUN

5 Divré Torah (et 2 histoires)

       1.   Attention aux fréquentations !!!

Ya‘akov envoya devant lui des messagers à ‘Essav son frère, au pays de Sé’ir, dans le champ d’Edom. Il leur donna ordre en disant : « Ainsi parlerez-vous à mon maître, à ‘Essav : Ainsi a parlé ton serviteur Ya‘akov : J’ai séjourné avec Lavan, je me suis attardé jusqu’à présent. Je possède bœufs et ânes, menu bétail, serviteurs et servantes, dont j’envoie un présent à mon seigneur afin de trouver grâce à tes yeux. (Bereshit 32-4,5,6 Début de notre Parasha)

Rashi : Il s’agit ici de véritables anges. (Pour exprimer le terme « messagers », le texte a employé le mot « Mal’a’him » qui signifie « anges »)

Question
Quelle est l’utilité d’envoyer de véritables anges plutôt que des êtres humains ?

Réponse
L’auteur du ‘Homat Esh répond en citant la Mishna des Pirké Avot : Éloigne-toi d’un mauvais voisin et ne t’attache pas à un Rasha’.
Même l’individu le plus parfait, lorsqu’il se trouve dans l’environnement d’un Rasha’, finit par apprendre de ses mauvaises conduites.
C’est donc la crainte que Ya’akov Avinou a ressenti et il préféra ne pas envoyer de « simples » êtres humains qui se laisseraient certainement influencer de façon négative par ‘Essav, et envoya plutôt des anges.

       2.   Pas besoin d’être en Israël pour pratiquer les Mitsvot !!

J’ai séjourné avec Lavan…
Rashi : et j’ai accompli les 613 Mitsvot de la Tora.

Rav Yonathan Ewshitz z.ts.l explique que ‘Essav était embarrassé. D’une part, il ne pouvait pas maîtriser ses pulsions et désirs coupables, ainsi que son attirance vers les ‘Averot. D’un autre côté, il ne voulait pas, en menant publiquement une vie sujette à critiques, causer du chagrin à son père Its’hak. Qu’a-t-il fait ? Il croyait que, même si les Patriarches et leurs familles avaient vécu selon la Torah, ils n’avaient eu à le faire que s’ils se trouvaient en Terre Sainte (voir Ramban sur Bereshit 26-5). Aussi a-t-il quitté Erets Israël pour gagner Sé’ir, où il pouvait s’adonner en toute impunité à ses penchants pervers.

Ya‘akov était cependant en désaccord sur ce point aussi avec son frère.
Il considérait qu’il fallait observer les prescriptions de la Torah même en dehors des limites d’Erets Israël. C’est ce qu’il a voulu lui indiquer en lui relatant : « J’ai séjourné avec Lavan. » La valeur numérique du mot hébreu « Garti » qui signifie
« J’ai séjourné » est TARYAG, soit 613.

En d’autres termes, comme l’explique Rashi, Ya‘akov a dit : « J’ai séjourné avec Lavan, et pourtant j’ai accompli les 613 Mitsvot de la Tora. » C’était là une réprimande subtile, adressée à ‘Essav qui avait abandonné tout prétexte de piété en s’installant à Sé’ir.

Cela explique l’emploi par notre Patriarche du mot « Ko » qui signifie « ainsi » en introduction à ses instructions. « Ko », selon le Talmud (Sota 38a) indique que la phrase que l’on s’apprête à citer, doit être dite exclusivement en hébreu. Ya‘akov a insisté pour que son message soit transmis en hébreu, et dans la forme exacte où il avait été dicté. En effet, si l’on avait employé une autre langue, les mots « Garti » (« j’ai séjourné ») et TARYAG (613), auraient disparu dans la traduction.

Cet enseignement sert de leçon aux personnes qui font l’erreur de croire que sous prétexte qu’on habite en France et « qu’on n’est pas à Méa Shé’arim » (selon leurs termes), les lois du Shoul’han ‘Arou’h peuvent être « réadaptées » et modulées en fonction de notre mode de vie …
Les lois de la Torah sont divines, donc immuables !! L’observance de la Torah ne connait aucunes frontières, ni géographiques, ni temporelles !!    

       3.   Enthousiasme et engouement dans les Mitsvot

J’ai séjourné avec Lavan
Rashi : et j’ai malgré tout, accompli les 613 Mitsvot de la Tora, sans apprendre de ses mauvaises conduites.

Rav El‘hanan Wasserman z.ts.l (Que D. venge son sang !), citant le ‘Hafets ‘Hayim, suggère une interprétation différente de ces propos tenus par Ya‘akov. Ils ne s’adressaient nullement à ‘Essav, mais ils constituaient comme une lamentation intérieure destinée principalement à lui-même.
En disant cela, alors qu’il était sur le point d’affronter un danger mortel, il voulut se dire à lui-même qu’il n’avait accompli jusque-là que bien peu de choses. Certes, s’est-il dit, il s’était acquitté de toutes les 613 Mitsvot, mais il n’avait pas retiré tout le bénéfice d’avoir observer la perversité de Lavan. Il aurait dû avoir appris de cet homme l’enthousiasme à se livrer au péché et à la tromperie.
Convaincu qu’il ne manifestait pas la même ardeur dans son accomplissement des Mitsvot, il s’est sermonné pour ce défaut.

HISTOIRE

Le Ben Ish ‘Haï (sur Parasha de Bo) raconte l’histoire suivante :
Un jour, le Yétser Ha-Tov (le bon penchant) et le Yétser Ha-Ra’ (le mauvais penchant) se rencontrèrent.
Le Yetser Ha-Ra’ dit au Yetser Ha-Tov :
« Jusqu’à quand allons-nous nous affronter ?! Viens, faisons une trêve et observons un « cesser le feu », ainsi je te passerai mes « clients », et toi tu me passeras les tiens. » Le Yetser Ha-Tov accepta la proposition.

Mais voilà que sous le contrôle du Yetser Ha-Tov, se trouvait un ‘Hassid, un homme très pieux qui était très assidu dans l’étude de la Torah. le Yetser Ha-Tov accepta de le donner au Yetser Ha-Ra’.
Ce soir là, le ‘Hassid était assis comme tous les soirs chez lui en train d’étudier la Torah, et selon l’accord établi, le Yetser Ha-Ra’ s’introduit en lui et réussit à le séduire en l’incitant à interrompre son étude pour aller « prendre l’air » dans la rue. Le ‘Hassid sortit dans la rue tumultueuse et arriva jusqu’à un café où l’on jouait aux cartes. Le ‘Hassid resta à la porte et observa les joueurs de cartes, avec quelle manière ils étaient « envoûtés » par le jeu. Lorsqu’on leur apportait du café ou du thé, le jeu leur faisait totalement oublier de boire, tellement qu’ils étaient concentrés dans leur jeu. Le ‘Hassid restait là et observait, stupéfait.

Vers minuit, le ‘Hassid rentra chez lui, s’assit par terre et se mit à pleurer très fortement, en poussant des cris terribles et remplis d’amertume, au point où sa femme et ses enfants se réveillèrent des bruits de ses cris. Sa femme lui demanda les raisons de ses cris. Il lui répondit :
« Jusqu’à présent, je pensais que je valais de l’or, mais je viens de m’apercevoir que je ne vaux que du cuivre ! » Il s’expliqua en disant :
« Cette nuit, je me suis rendu dans un café, et j’ai pu constater que – du fait de leur ardeur et leur passion pour le jeu – les joueurs en oubliaient de boire le café ou le thé qu’on leur servait ! Mais moi, lorsque j’étudie la Torah, je n’oublie jamais de boire, ce qui prouve que je n’étudie pas avec autant de passion  et autant d’ardeur que lorsque ces joueurs jouent aux cartes !! »
Et il s’engagea immédiatement à redoubler d’intensité et d’assiduité dans l‘étude de la Torah.
Le lendemain, lorsque le Yetser Ha-Tov et le Yetser Ha-Ra’ se rencontrèrent, le Yetser Ha-Ra’ dit au Yetser Ha-Tov :
« Annulons tout de suite notre accord de « cesser le feu » car j’ai vu que, non seulement je n’ai pas réussi à faire trébucher ce ‘Hassid dans la faute, mais au contraire, il redouble désormais de ferveur et de passion pour l’étude de la Torah !!!! »

C’est ce que Ya’akov Avinou veut exprimer :

J’ai séjourné avec Lavan
Rashi : et j’ai malgré tout, accompli les 613 Mitsvot de la Tora, sans apprendre de ses mauvaises conduites.
Ya’akov se lamente : Je n’ai fait qu’observer les 613 Mitsvot, sans malheureusement m’inspirer de toute l’ardeur et toute la passion que Lavan met dans ses mauvaises conduites !!!

On demanda un jour à l’auteur du ‘Hidoushé Ha-Rim :
« Pourquoi les non-pratiquants réussissent tellement tout ce qu’ils entreprennent, alors que le mensonge ne mérite pas d’exister ?! »   
Le Rav répondit :
« Il est vrai que les non-pratiquants agissent pour le mensonge, mais ils y mettent tellement de sincérité et d’intégrité que la réussite est inévitable, alors que les pratiquants agissent pour la vérité, mais leurs actions manquent parfois de sincérité et d’intégrité…

       4.   Frères jumeaux – destins liés

Ya’akov eu très peur et fut dans la détresse… (Bereshit 32-8)

Rashi : Il eu très peur - d’être tué (par ‘Essav). Il fut dans la détresse – du risque de tuer (‘Essav).
Contexte : Les envoyés de Ya’akov reviennent pour lui annoncer que ‘Essav arrive à sa rencontre, accompagné de 400 hommes pour le tuer.

Question :
Pourquoi avoir peur de tuer ‘Essav ? Ya’akov n’était-il pas en situation de légitime défense ? Nos maitres ne nous ont-ils pas enseigné : « Celui qui vient pour te tuer, lève-toi plus tôt que lui pour te tuer. (Talmud Bera’hot 62) » ?!

Réponse :
Un roi de France avait un ami fidèle qui était son plus proche conseillé. Cet ami était aussi un très grand astrologue expert dans les étoiles. Le roi le consultait régulièrement sur son avenir, et il en avait fait un homme très important dans le royaume.
Un jour, des ministres jaloux rapportèrent au roi des propos calomnieux à l’encontre de son fidèle ami. Selon ces propos, son ami était lié à des ennemis du roi qui avaient projeté de le renverser. Le roi décida de convoquer son fidèle ami afin de lui faire un procès pour crime de lèse-majesté.
Avant de décider de son sort, le roi voulut échanger quelques paroles avec son ami, et il lui demanda :
« Tes capacités d’astrologue te donnent-elles la possibilité de voir ce qui t’attend dans les prochains instants ? »
L’ami du roi répondit :
« Oui. »
Le roi demanda :
« Peux-tu donc me dire le jour de ta mort ? »
L’ami du roi fut pris de panique et compris que son sort était scellé, il fit mine de se concentrer et réfléchit à la position exacte des étoiles à ce moment précis, puis, l’air très inquiet il déclara ;
« Majesté ! Les étoiles m’ont dévoilé qu’un grand danger plane sur ma tête, mais je suis aussi très peiné d’apprendre au roi que le jour de ma mort précède de 3 jours celui où le roi lui-même doit mourir. Ce n’est donc pas pour moi que je m’inquiète, mais pour Sa Majesté le roi, puisque sa fin est proche, et avec lui va s’éteindre son règne glorieux ! »
Le roi fut abasourdi en entendant les paroles de son ami et il fut très effrayé. Il eut peur de lui porter atteinte et ordonna son acquittement immédiat. Il lui plaça des gardes du corps chargés de le protéger en permanence, car il avait pleine confiance en la prédiction de son ami. Ceci vient illustrer le verset : « La sagesse fait vivre ceux qui la possèdent » (Kohelet 7-12)

Il en est de même vis-à-vis de la peur de Ya’akov Avinou.
Dans la Guemara Sota (13a), nos maitres nous apprennent que Rivka avait prédit par esprit prophétique que ses 2 enfants Ya’akov et ‘Essav devaient mourir le même jour. Même s’ils ne sont pas morts le même jour, ils furent enterrés le même jour.
En effet, le jour de l’enterrement de Ya’akov Avinou, ‘Essav revendiqua la place dans le caveau de Ma’hpela. Un des petits enfants de Ya’akov Avinou – ‘Houshim Ben Dan qui était sourd – saisit un bâton et frappa ‘Essav à la tête. Ensuite, Yehouda acheva ‘Essav, la prédiction de Rivka relevait bien de l’esprit prophétique.

C’est donc pour cela que Ya’akov est si effrayé et pris de panique le jour où il va rencontrer son frère ‘Essav. Il sait que sa mère a prophétisé qu’ils doivent mourir le même jour. Il a donc peur – non seulement d’être tué par ‘Essav – mais aussi d’avoir lui-même à se défendre en tuant ‘Essav, car cela provoquera sa propre mort.

       5.   Le véritable combat entre Israël et les nations

Ya’akov resta seul. Un homme lutta avec lui jusqu’à l’aube.
Il vit qu’il n’arrivait pas à le vaincre, il le toucha à la hanche… (Bereshit 32-25, 26)

La veille de sa rencontre avec ‘Essav, après avoir fait traverser le fleuve du Yabok à ses femmes et ses enfants, Ya’akov Avinou revient en arrière pour chercher des petites fioles égarées. (Rashi).
L’ange protecteur de ‘Essav vient l’agresser et lutte avec lui durant toute la nuit, sans pouvoir le vaincre. Voyant l’aube arrivée, l’ange frappe Ya’akov à la hanche.

Question :
Quelles sont ces petites fioles égarées par Ya’akov et pour lesquelles il n’hésite pas à s’isoler la nuit en faisant marche arrière pour les retrouver ?

Réponse :
Nous avons appris au début de la Parasha de Vayétsé que lorsque Ya’akov quitta la maison de ses parents pour fuir la menace de son frère ‘Essav, il passa la nuit au Mont Moriyah et réuni 12 pierres pour se protéger la tête des bêtes sauvages. Les pierres s’assemblèrent et ne formèrent qu’une seule pierre.
Au matin, quand Ya’akov se réveilla et compris le rêve révélateur qu’il avait fait durant la nuit (l’échelle avec les anges qui montaient et qui descendaient, ainsi que la parole d’Hashem qui s’adressa à lui), il saisi la pierre et la disposa comme une stèle. Il y versa de l’huile, qui lui fut procurée par miracle selon le Midrash Rabba.

Certains commentateurs – comme le Sifté Cohen sur la Torah, le Tséda La-Dére’h et le Imré Shafer – expliquent que le flacon d’huile se remplit miraculeusement de nouveau dès que Ya’akov Avinou versa l’huile sur la pierre. Ya’akov compris que c’était un signe de bénédiction, et depuis ce jour, il transporta ce flacon sur lui en permanence. Il comprit par la suite par esprit prophétique que cette huile servirait plus tard à donner l’onction d’inauguration au Mishkan et à ses divers ustensiles, ainsi qu’à l’autel des sacrifices, à Aharon Ha-Cohen et à ses enfants.
Il comprit - toujours par esprit prophétique – que cette huile allait aussi servir au miracle que réalisera le prophète Eliyahou pour la femme Tsorfitt, ainsi qu’au miracle que réalisera le prophète Elisha’ pour la femme du prophète Ovadia (voir livre des rois).

Sachant tous les miracles qui allaient être réalisés avec cette huile, Ya’akov retourna sur ses pas pour la récupérer. Même si un érudit dans la Torah (Talmid ‘Ha’ham) n’est pas autorisé à sortir seul la nuit, malgré tout, puisque c’était dans un objectif de Mitsva afin de donner l’onction d’inauguration au Mishkan et à ses divers ustensiles, Ya’akov Avinou n’hésita pas à revenir en arrière pour reprendre cette huile.

C’est donc le véritable sens du verset :
« Ya’akov resta seul… » Il alla chercher une chose qui ne pouvait apporter aucune satisfaction à qui que ce soit, excepté à lui-même.
Puisqu’il s’agissait d’une chose sacrée, destinée à l’onction de l’autel des sacrifices, personne n’était autorisé à en tirer profit.

Il est vrai qu’il aurait été plus logique de faire passer en priorité cette fiole d’huile si précieuse pour Ya’akov Avinou, mais du fait de sa sainteté, Ya’akov craint que l’une de ses femmes la touche en étant indisposée (Nidda) et la rend ainsi impure. Il préféra donc faire traverser le fleuve à ses femmes et à ses enfants en priorité, ainsi qu’à ses biens, mais ensuite, par la grande fatigue engendrée par la traversée, il oublia de faire passer aussi la fiole d’huile sacrée.

On comprend à présent l’agression dont Ya’akov Avinou est victime de la part de l’ange protecteur de ‘Essav.
Voyant l’amour et le fort attachement d’Israël pour la Torah et les Mitsvott (l’huile sacrée, le culte des sacrifices, le Mishkan et tous ses ustensiles sacrés) au péril de son existence, les nations ne peuvent admettre autant d’abnégation pour des valeurs qui ne sont ni terrestres, ni matérielles !!
Et c’est à ce moment précis que l’ange protecteur d’Essav vient agresser Ya’akov !!

Le véritable combat que livre ‘Essav (les nations occidentales) à Israël, c’est la lutte contre toute forme d’évolution spirituelle et contre l’amour qu’Israël exprime envers la Torah !!

 

Shabbat Shalom

            

Rédigé et adapté par Rav David A. PITOUN France 5775
sheelot@free.fr