Dvar Torah pour dimanche 4 Tishrei 5775 28 septembre 2014

Divré Torah sur Yom Kippour

Par le Rav David A. PITOUN

« Shéhe’heyanou » le soir de Yom Kippour : Enfin un jour pour faire le point !

Comme nous le faisons à l’entrée de chaque fête, nous récitons également à Yom Kippour la bénédiction de « Shéhe’heyanou » avant l’office de ‘Arvit, immédiatement après Kol Nidré.
A travers cette bénédiction, nous exprimons notre joie pour le fait qu’Hashem nous a fait vivre et parvenir jusqu’à ce moment, comme nous le faisons à l’accueil de Péssa’h ou de Soukkot.

Nous pouvons tout de même nous interroger :
Quelle forme de joie pouvons-nous exprimer un jour où l’on se prive de manger et de boire ? Selon le principe, « il n’y a de joie que lorsqu’on consomme de la viande et du vin » !

On peut répondre à cette remarque grâce à une image :

Un homme dirigeait un commerce dans lequel il investissait tout son temps.
Il n’avait pas embauché de comptable, et sur le plan officiel, il gérait lui-même sa comptabilité. Mais en réalité, il n’y avait pas la moindre gestion de sa comptabilité dans son entreprise, car il passait tout son temps dans ses affaires, au point d’ignorer totalement l’état de son commerce.
Il ignorait même s’il gagnait ou perdait de l’argent.

Ses amis se réunirent et attirèrent son attention sur le fait que son entreprise subissait des pertes simplement par absence de comptabilité.
En agissant ainsi, il ne savait même pas ce qu’il fallait acheter et ce qui était inutile. Tout le monde comprit que le commerce allait faire faillite et que son propriétaire en serait affecté tant au niveau économique que personnel.
Ils le supplièrent de gérer sa comptabilité avant qu’il ne soit trop tard et que le commerce ne coule.
Mais l’homme restait sourd aux conseils de ses amis.
Il continuait à invoquer le fait que ses nombreuses occupations ne lui permettaient pas de se libérer pour gérer sa comptabilité.

Voyant son entêtement, ses amis décidèrent un jour de lui fermer son commerce contre son gré. Ils réunirent toutes ses factures dispersées de partout et lui montrèrent « noir sur blanc » que son commerce était au bord de la faillite !

L’homme comprit enfin l’aspect dramatique de sa situation et demanda à ses amis :
« Comment puis-je sortir d’une situation aussi catastrophique ?! »

Ses amis lui répondirent :
« Barou’h Hashem ! Tu ouvres enfin les yeux ! Tu comprends enfin où les choses sont arrivées ! Nous allons à présent t’indiquer le chemin à suivre. »

Il en est de même avec nous !!

Dans notre état spirituel, nous sommes comparables à cet homme d’affaires.
Durant toute l’année, nous sommes si préoccupés que nous ne savons pas où mettre la tête. Nous courrons toute la journée et parfois même une partie de la nuit, à cause de nos soucis matériels. Nous nous couchons chaque soir de l’année à des heures tardives, au point où nous avons difficilement la force de réciter le Shéma du couché.
Cette course se répète jour après jour, semaine après semaine, mois après mois !

La voix intérieure réclame un bilan et il n’y a ni temps ni disponibilité pour cela !
Un homme a dit un jour : « L’homme n’a le temps ni de penser ni de prendre conscience qu’il a en réalité le temps ! »

L’homme ne ressent même pas la moisissure qui s’empare de lui !
A quel point son âme subit la famine spirituelle, ni même le degré auquel il est encré dans ses désirs et ses mauvaises qualités !
Il est probable que l’homme connait parfois son état, mais qu’il est trop occupé pour y méditer et changer ses actes.

 

Soudain, arrive Yom Kippour !
La Mitsva du jour interpelle l’homme et lui dit :
« Ferme ton commerce, ne mange pas, ne bois pas, sépare toi de tes besoins matériels et reste à la synagogue pour y dresser le bilan de ta personne. Voici une longue liste pleine de « ‘Al ‘Het » (mention des fautes). Sache où te situer dans ton monde et ce que tu dois ajouter à cette liste… »

C’est à ce moment que l’homme comprend qu’il dispose de toute une journée pour dresser le bilan de sa vie et pour définir « son devoir dans son monde », afin de savoir les dégâts spirituels qu’il a causé durant toute l’année, et comment il pourra les réparer, mais surtout que le Maitre du monde l’a fait mériter de vivre et de parvenir jusqu’à ce moment.

Il n’y a donc pas plus grande joie pour l’homme !!

C’est de tout son cœur et avec beaucoup d’enthousiasme qu’il va exprimer toute sa reconnaissance à son créateur en récitant les termes de la bénédiction :
« Qui nous a fait vivre, qui nous a permis d’exister, et qui nous a fait parvenir à ce moment ! »

Guémar ‘Hatima Tova
Tizkou Lé-Shanim Rabbot Tovot Ou-N’imot

Rédigé et adapté par Rav David A. PITOUN France 5775
sheelot@free.fr