Dvar Torah pour dimanche 28 Av 5774 24 août 2014

Divré Torah sur Shofetim

Par le Rav David A. PITOUN

          1.   Le procès du Yetser Ha-Tov et du Yetser Ha-Ra’

« Tu institueras des juges et des magistrats dans toutes les portes des villes qu’Hashem, ton D., te donnera, dans chacune de tes tribus; et ils devront juger le peuple selon la justice.
Ne fais pas fléchir le droit, n'aie pas égard à la personne, et n'accepte point de présent corrupteur, car la corruption aveugle les yeux des Sages et falsifie les paroles des justes. » (Dévarim 16 -18,19 Début de notre Parasha)

Le Yétser Ha-Tov (le bon penchant) et le Yétser Ha-Ra’ sont comparables à 2 parties en litige.
Il incombe l’homme de les juger équitablement.

Le plus Sage des hommes (Shélomo Hamele’h - le Roi Salomon) écrit dans Kohelet :
« Un enfant pauvre et sage est préférable à un roi vieux et idiot » (Kohelet 4 – 13)

Nos Maitres commentent ce verset de la façon suivante :
Un enfant pauvre et sage : C’est le Yétser Ha-Tov
Un roi vieux et idiot : C’est le Yétser Ha-Ra’ (Midrash Rabba sur Kohelet 4 – 15)

En effet, le Yétser Ha-Ra’ pénètre en l’homme dès sa naissance, c’est pour cela qu’il est appelé « vieux ».
Par contre, le Yétser Ha-Tov n’arrive qu’à l’âge de 13 ans, il est donc plus jeune que le Yétser Ha-Ra’ de 13 années.

C’est ce que veut dire le verset de notre Parasha.
« Tu institueras des juges et des magistrats dans toutes les portes… »
Il t’incombe d’être le juge entre ton Yéster Ha-Ra’ et ton Yétser Ha-Tov.
Le verset poursuit : « … n'aie pas égard à la personne… »
N'aie pas égard vis-à-vis du Yétser Ha-Ra’ sous prétexte qu’il est « vieux », et qu’il a traversé beaucoup d’épreuves et de péripéties dans sa vie, contrairement au Yétser Ha-Tov qui lui, est encore jeune, car nos maitres nous ont déjà enseigné dans la Guémara Sota (52b) au sujet du Yétser Ha-Ra’ :
Si cet être détestable te rencontre, attire-le vers le Beit Ha-Midrash (la maison d’étude).
Ce qui veut dire :
Si le Yétser Ha-Ra’ t’aborde en revendiquant la priorité à être écouté parce qu’il est le plus vieux, tu devras l’emmener au Beit Ha-Midrash, parce que nos maitres enseignent dans la Guémara Bava Batra (120a) :
A la Yeshiva, nous nous référons (pour accorder les honneurs) à la sagesse. Lors d’un banquet, nous nous référons à la vieillesse.
Dans le monde de l’étude, ce n’est pas le nombre d’années qui compte, mais la quantité de sagesse.
Là-bas, c’est donc le Yétser Ha-Tov qui est honoré, au détriment de la vieillesse du Yétser Ha-Ra’.
C’est pour cette raison que la solution que nous proposent nos maitres pour lutter contre le Yétser Ha-Ra,’ est de se réfugier dans l’étude de la Torah, car là, le Yétser Ha-Ra’ ne peut plus avoir de revendications honorifiques !

Le verset de notre Parasha poursuit :
« …n'accepte point de présent corrupteur… »
L’homme peut se laisser séduire et se laisser corrompre par le Yétser Ha-Ra’ puisqu’il rétribue la faute « en espèces », car le profit de la faute est immédiat.
Ce qui n’est pas le cas du Yétser Ha-Tov qui rétribue les Mitsvot « à crédit » dans le ‘Olam Haba (le Monde Futur).
C’est pour cela que le verset dit : « …n'accepte point de présent corrupteur… ».

          2.   Le portes du corps humain

Rabbi ‘Haïm VITTAL z.ts.l écrit que le corps humain possède plusieurs portes :
La porte de la vision, c'est-à-dire les yeux ; la porte de l’odorat, c'est-à-dire le nez ; la porte de l’audition, c'est-à-dire les oreilles ; la porte de la parole, c'est-à-dire la bouche.

Toutes ces portes – qui sont les organes de l’être humain – nécessitent l’étroite surveillance de « juges » et de « magistrats ».

C’est la raison pour laquelle le texte de notre verset s’exprime au singulier : « Tu institueras des juges et des magistrats… » Pour mettre en garde chaque individu du peuple d’Israël afin qu’il érige des barrières à toutes ses « portes ».
A ses yeux, pour ne pas observer des choses interdites ; A ses oreilles, pour ne pas écouter des propos interdits ou de la médisance ou du Lashon Ha-Ra’ ; A son nez, pour de ne pas respirer les parfums d’une femme qui lui est interdite ; A sa bouche, pour ne pas prononcer des paroles interdites ou qui contiennent de la grossièreté, ou bien pour ne pas y introduire des aliments interdits à la consommation.

Si l’individu agit ainsi et place de véritables « juges et magistrats » sur tous ses organes afin ne pas fauter, on pourra lui attribuer le verset : « Ouvrez les portes afin que vienne le peuple juste. » Mesure pour mesure ! Puisque l’homme a su placer des « Juges » à toutes ses « portes », de même, Hashem lui ouvrira les portes du ciel !

          3.   Même le plus grand n’est pas à l’abri de la corruption

« …N'accepte point de présent corrupteur, car la corruption aveugle les yeux des Sages et falsifie les paroles de justes. »

Lorsque Réouven affirme que Shim’on est un homme riche, cela ne prouve rien tant que l’on n’a pas vérifié les critères de richesse de Réouven. Si Réouven est pauvre, n’importe quel individu de situation moyenne lui paraîtra riche.
Mais si c’est un homme très riche et de grande notoriété, qui affirme que Shim’on est riche, il n’y a pas le moindre doute que Shim’on est un homme très riche.

Il en est de même vis-à-vis de la sagesse.
Si Réouven affirme que Shim’on est un homme sage, nous devons vérifier le niveau de sagesse de Réouven lui-même. Par contre si c’est par exemple le Gaon Rabbi ‘Akiva IGUER en personne qui affirme que Shim’on est un homme sage, à fortiori si nous entendons le RAMBAM affirmer que tel homme est un homme sage, nous n’avons plus le moindre doute que cet homme est un grand sage !!
A fortiori si c’est Shélomo Ha-Mele’h (le Roi Salomon, le plus sage des hommes) en personne qui affirme qu’untel est un homme sage, imaginons un peu quel sage doit-il être !!

Maintenant, réfléchissons un peu :
Si c’est Hashem lui-même qui affirme que tel individu est sage, il est certain que sa sagesse doit être sans limites !!

Donc, quand la Torah me dit : « la corruption aveugle les yeux des Sages… » il est plus que certain qu’il s’agit ici de sages du plus haut niveau puisque c’est Hashem lui-même qui les qualifie de tel, et malgré tout, la corruption aveuglera leurs yeux.

Nous voyons de là, les ravages que peut engendrer la corruption, puisqu’elle peut aveugler les yeux des plus grands parmi les sages !

Histoire
Le Gaon Rabbi ‘Haïm KAFOUSSI z.ts.l était Grand Rabbin d’Egypte, il y a de cela plusieurs siècles.
Sa vue était très faible, au point où un jour il finit par devenir aveugle.

Des gens mal attentionnés se mirent à proférer de la médisance sur lui, en disant que la raison à sa cécité provenait certainement d’un pot-de-vin qu’il avait accepté, puisque la Torah affirme que « la corruption aveugle les yeux des Sages ».

Le Rav décida de ne pas tenir compte de la calomnie dont il était victime, mais lorsqu’il vit que les choses prenaient une proportion importante, un Shabbat, il réuni, toute la communauté à la synagogue et pris la parole en donnant une Drasha.
A la fin de cette Drasha, le Rav dit :
« Je sais qu’il y a ici même, des gens qui colportent des calomnies à mon sujet. Hashem sait que je suis innocent de tout ce dont on m’accuse. Maintenant, je me tourne vers Hashem le D. du jugement, et je lui demande la chose suivante :
Si les choses dont on m’accuse sont vraies, que mes os se plient et m’empêchent de descendre de cette Teva. Si par contre je suis innocent de toute faute dont on m’accuse, que mes yeux retrouvent la vue aux yeux de tous, afin que tout le monde sache qu’Hashem juge avec justice et vérité ! »

A l’instant précis où le Rav termina de parler, SES YEUX RETROUVERENT LA VUE !!

Le Rav regarda sur les côtés et il appela chaque personne présente par son nom et sa fonction !
L’assemblée constata le Miracle qui venait de se produire, et comprit jusqu’où arrivaient la sainteté et la droiture de Rabbi ‘Haïm !!

Depuis ce jour, Rabbi ‘Haïm fut surnommé « Rabbi ‘Haïm Ba’al Ha-Ness ».
Depuis ce miracle, Rabbi ‘Haïm signait ses lettres par les termes : « Hashem est mon miracle. ‘Haïm KAFOUSSI. »

Notre maître le ‘HYDA écrit dans son livre Shem Ha-Guédolim (partie 1 section Mem, lettre Tet) :
« J’ai vu de mes propres yeux la signature du Rav lorsqu’il était encore aveugle, et il signait en tâtonnant, les lettres n’étaient pratiquement pas distinctes, comme une personne qui ne voit pas. J’ai également vu sa signature après le miracle « Hashem est mon miracle. ‘Haïm KAFOUSSI. ». L’écriture était totalement précise et appliquée. Jusqu’à aujourd’hui, toute personne qui prête un faux serment sur sa tombe subit de terribles punitions ! »

 

Shabbat Shalom

            

Rédigé et adapté par Rav David A. PITOUN France 5774 sheelot@free.fr