Dvar Torah pour mardi 16 Kislev 5771 23 novembre 2010

Parasha de Vayeshev

Ya’akov demeura dans le pays des pérégrinations de son père, dans le pays de Kanaan. Voici l'histoire de la descendance de Ya’akov. Yossef, âgé de dix sept ans, menait paître les brebis avec ses frères. Passant son enfance avec les fils de Bilha et ceux de Zilpa, épouses de son père, Yossef débitait sur leur compte des médisances à leur père. (Béréshit 37-1 et 2. Début de notre Parasha)
 
Rashi :Yossef rapportait à son père tout les comportements qui lui semblaient reprochables chez les enfants de Léa (Réouven, Shim’on, Lévi, Yéhouda, Issa’har et Zévouloun). Il disait qu’ils consommaient le membre d’un animal encore vivant
(אבר מן החי), qu’ils avaient une attitude méprisante envers leurs frères les enfants des servantes Bilha et Zilpa (ils les traitaient de « fils de servantes »), et qu’ils étaient soupçonnables de débauche.
Pour chacune de ces 3 accusations, Yossef fuit punit par Hashem : Lorsque ses frères l’ont vendu, ils ont égorgé un bouc (afin de tremper la tunique de Yossef dans son sang), pour démentir l’accusation de consommation de membre d’un animal vivant ; Yossef fut vendu en tant qu’esclave pour démentir le fait que ses frères traitaient les enfants de Bilha et de Zilpa de « fils de servantes » ; Yossef fut victime de la tentative de séduction de la femme de Potifar, pour démentir le fait que ses frères s’adonnaient à la débauche.  
 
Le Mé’am Lo’ez demande au nom du REEM (Rabbi Eliyahou MIZRA’HI) :
Est il concevable que les Shévatim – les enfants de Ya’akov Avinou, qui étaient tous des individus d’une très haute stature spirituelle – puissent se comporter de la sorte ?! S’ils ont réellement commis de telles transgressions, pourquoi Yossef fut-il punit par Hashem ? N’a-t-il pas rapporté strictement ce que ses yeux lui ont montré, car il est également impensable que Yossef ait inventé de tels faits ?!
 
Dans son livre Kessef Niv’har, le Gaon Rabbi Yoshiyahou PINTO z.ts.l répond à ces interrogations.
 
Les Shevatim se sont comporter de façon strictement valable aux yeux de la Torah, mais Yossef avait une fausse compréhension de leurs actes.
En effet, les Shevatim effectuaient la Shé’hita (abattage rituel) de l’animal.
Cependant, ils coupaient des morceaux de la bête alors qu’elle remuait encore, mais ils ne les consommaient qu’à la mort définitive de la bête. Ils agissaient ainsi car cette viande consommée dans de telles conditions est très bénéfique pour le corps humain (voir ‘Houlin 33a).
La Guémara ‘Houlin (33a) établit que cette attitude est totalement permise, puisque selon la Hala’ha, il suffit d’abattre la bête par la Shé’hita, et il est ensuite permis de découper un morceau de l’animal, à condition d’attendre la mort certifiée de la bête pour consommer le morceau découpé. Le fait que la bête remue encore après la Shé’hita ne constitue pas une raison interdisant la découpe d’un morceau de l’animal, et ce morceau n’est pas considéré comme « membre d’un animal encore vivant », puisque la bête à été abattue conformément aux exigences de la Torah.
Cette Hala’ha est tranchée dans le Shoul’han ‘Arou’h (Y.D 27-1).
 
Cependant, la Guémara (citée plus haut) précise que cette autorisation ne concerne que les Béné Israël et non les Béné Noa’h (les non juifs).
[Selon la Torah, les non juifs n’ont pas le droit eux aussi de consommer le membre d’un animal encore vivant, et cette interdiction fait partie des 7 lois Noa’hides]
 
La Guémara émet tout de même une remarque :
Y a-t-il une chose permise par la Torah aux Béné Israël et non aux non juifs ?
 
La Guémara répond :
Puisque les Béné Israël doivent abattre leurs bête par la Shé’hita, si celle-ci a été effectuée selon toutes les exigences de la Hala’ha, un morceau découpé après Shé’hita n’est pas considéré comme « membre d’un animal encore vivant » (mais il n’est permis à la consommation qu’après la mort certifiée de la bête).
Par contre, les non juifs, a qui la Torah n’a pas exigé l’abatage par Shé’hita, ne peuvent découper un morceau de la bête que lorsque celle-ci est définitivement constatée comme morte.
 
C’est justement à ce niveau que se situait le débat parmi les Shevatim.
 
Puisqu’ils accomplissaient l’intégralité des lois de la Torah alors qu’elle n’avait pas encore été donnée, les Shevatim considéraient avoir le statut Hala’hique de « Béné Israël ».
A ce titre, il leur était suffisant d’abattre leurs bêtes par la She’hita, pour être autorisés à découper un morceau de l’animal, même si celui-ci remue encore, à condition de ne consommer ce morceau qu’après la mort certifiée de l’animal.
 
Mais le point de vue Hala’hique de Yossef était tout autre.
En effet, il considérait que leur statut était celui de « Béné Noa’h », même s’ils étaient de la descendance d’Avraham Avinou, étant donné que la Torah n’avait pas encore été donnée. Même s’ils accomplissaient déjà les lois de la Torah par volonté personnelle, ils n’avaient le statut de « Béné Israël » que dans le sens de la rigueur (les interdictions) et non dans celui de la souplesse (les autorisations).
S’ils avaient le statut de « Béné Noa’h » et non celui de « Béné Israël », ils n’étaient donc pas autorisés à découper un morceau de la bête, même après la Shé’hita, tant que l’animal remue encore.
 
Chabbat Chalom
 
Dvar Torah adapté et rédigé par le Rav David A. PITOUN