Halacha pour mardi 24 Sivan 5780 16 juin 2020

Pour l'élévation de l'âme de:
André Avraham Ben Ma'hlouf TAÏB z"l de Lyon (France)

Marco Its’hak Ben Dolly Dandouna HaCohen z’’l

Les phrases de « HaRah’amann » dans le Birkatt Ha-Mazon

Après avoir terminé le Birkatt Ha-Mazon, lorsqu’on a achevé la 4ème et dernière bénédiction (qui se termine par les mots « Véhatsala Véh’ol Touv »), nous avons l’usage d’exprimer à Hachem diverses demandes commençant par le terme « HaRah’amann ». Il existe différentes versions du texte des « HaRah’amann » (« le miséricordieux ») selon les différentes communautés et origines, car ce texte n’a pas été fixé par nos maitres les Sages de la Grande Assemblée (Anché Kénéssett Ha-Guédola), mais a été seulement instauré par Israël au fil des générations.
C’est pourquoi, plusieurs différences existent.

Chacun est autorisé à ajouter dans le texte des « HaRah’amann » d’autres demandes qui n’y figurent pas. Par exemple, dans le « HaRah’amann » destiné à l’invité qui bénit son hôte où l’on dit « HaRah’amann Hou Yévareh’ Ett Ba’al HaBaït Hazé … » (« que le Miséricordieux bénisse cet hôte … »), chacun est autorisé à ajouter tous les souhaits et bénédictions qu’il désire adresser à son hôte, si l’on sait formuler correctement.

Notre grand maitre le Rav Ovadia YOSSEF z.ts.l, lorsque des invités se trouvaient à sa table, avait l’usage de les bénir lui-même très généreusement, et il disait : « Que le Miséricordieux bénisse tous les convives présents, qu’une longue vie vous soit accordée, richesse et gloire, santé et Parnassa (subsistance matérielle) abondante » ; ainsi que d’autres souhaits et bénédictions.

Cet usage de dire ces phrases de « HaRah’amann » est déjà cité dans les enseignements de nos maitres le décisionnaires médiévaux (Richonim). Il est également rapporté dans les propos du TOUR (Orah’ H’aïm fin du chap.189) en ces termes : « Nous avons l’usage de rallonger le Birkatt Ha-Mazon après la bénédiction de « Hatov Vé-HaMétiv » par les HaRah’amann sous différentes formes ».
De même, le Or Zaroua’ (chap.199) rapporte que l’on dit les « HaRah’amann » le Chabbat comme on les dit les jours de semaine. Il cite sur place différentes demandes formulées par « HaRah’amann » qu’ils avaient l’usage de dire à son époque, comme « HaRah’amann Hou Yatsilénou Minn Ha’Aniyoutt » (« que le Miséricordieux nous épargne de la pauvreté »), ou bien « HaRah’amann Hou Inkom Damm ‘Avadav » (« que le Miséricordieux venge le sang de ses serviteurs »).
Le Méïri rapporte lui-aussi (dans Maguen Avot sujet 24) cet usage de dire les demandes de « HaRah’amann », et il écrit que chacun demande et ajoute selon ses besoins.
Nous allons à présent débattre afin de définir s’il est permis de s’interrompre verbalement au milieu des « HaRah’amann », étant donné que leur récitation ne relève que du Minhag (tradition) et non d’une véritable obligation comme le reste du Birkatt Ha-Mazon, il y aurait apparemment matière à autoriser de s’interrompre verbalement entre deux « HaRah’amann » pour une nécessité quelconque.

Notre maitre le Gaon Rabbénou Yossef H’AÏM z.ts.l écrit dans son livre Ben Ich H’aï (H’oukatt) : « Même s’il n’y a pas d’interdiction à s’interrompre au milieu des demandes « HaRah’amann », malgré tout, il est quand même interdit de s’y interrompre pour des propos profanes. »
Il est certain que l’intention de notre maitre le Ben Ich H’aï n’est pas de dénoncer une véritable interdiction de s’interrompre verbalement au milieu des « HaRah’amann », puisque leur récitation ne relève que du Minhag, mais malgré tout, il n’est pas correct et même proche de l’interdit de s’interrompre verbalement par des propos profanes au moment même où l’on accomplit une tradition sacrée d’Israël et qu’on est en train d’adresser des demandes à Hachem. C’est pourquoi, notre maitre Rabbénou Yossef H’AÏM emploi le terme « interdit » à ce sujet, même si – comme expliqué – il ne s’agit pas d’un véritable interdit selon le Din.

C’est ainsi qu’écrit également notre maitre le Rav z.ts.l dans son livre Halichott ‘Olam (vol.2 page 74), qu’il est bon et juste de ne pas s’interrompre au milieu des « HaRah’amann » lorsque ce n’est pas nécessaire (cependant, s’il y a une nécessité vitale, comme par exemple pour calmer un enfant en bas âge ou autre, il est permis de parler modérément au milieu des « HaRah’amann », entre deux phrases). Il est évident qu’il est permis de s’interrompre au milieu des « HaRah’amann » pour répondre « Amen » à une bénédiction ou à un Kaddich, ou bien répondre à la Kédoucha par « Kadoch, Kadoch, Kadoch … » ou autre.

Notre maitre le Rav z.ts.l ajoute qu’en cas de nécessité, il est également permis de se lever au milieu des « HaRah’amann » et de les terminer à un autre endroit en étant debout, car il n’y a pas d’obligation à être assis lorsqu’on dit les « HaRah’amann ».

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