Halacha pour mardi 29 Tishrei 5782 5 octobre 2021

Le « Héter Méh’ira » (autorisation de vente de terrains agricoles en Israël)

La Halacha d’aujourd’hui est plus longue que d’ordinaire, puisqu’elle ne fait que relater des choses, dont nous avons traité il y a de cela environ 7 ans lors de la dernière Chémita, et nous ne ferons que compléter nos propos antérieurs.

Lors de la précédente Halacha, nous avons expliqué la signification de la « sainteté de la 7ème année » qui est en vigueur sur les fruits qui poussent pendant l’année de la Chémita, ainsi que sur les légumes cueillis durant cette année-là. En raison de cette sainteté, il est interdit de causer la perte ou la détérioration de ces fruits. Il est également interdit de faire du commerce avec ces fruits, sauf dans des conditions particulières, comme nous l’expliquerons. De même, nous avons écrit qu’il est interdit de réaliser différents travaux agricoles durant l’année de la Chémita. Nous avons expliqué que la sainteté de la 7ème année ne concerne pas la récolte du terrain d’un non-juif, mais uniquement la récolte des terrains appartenant aux juifs.

Etant donné qu’aujourd’hui, la plupart des terrains en Israël, appartiennent à des juifs, si nous n’achetons pas de leur récolte durant toute une année, nous causons une très lourde perte à tous les agriculteurs juifs en Israël. Et même s’il existe un comité de soutient aux agriculteurs juifs d’Israël, qui veille à dédommager financièrement les agriculteurs juifs d’Israël, qui décident d’observer le commandement de la Chémita, ceci ne résout pas tous les problèmes, car il reste un bon nombre d’agriculteurs juifs qui refusent de laisser leurs terrains au repos durant toute une année. En outre, le ministère de l’agriculture israélien n’autorise pas l’importation étrangère qui se substituerait à la récolte israélienne.
C’est à cause de tous ces problèmes et de bien d’autres, que le Grand Rabbinat Israélien a pour usage, depuis l’époque du Gaon Rabbi Avraham Its’hak Ha-Cohen KOOK z.ts.l, de vendre les terrains des agriculteurs israéliens (ceux qui sont intéressés) à un non-juif (musulman), au même titre que nous procédons à la vente du ‘Hamets à Péssa’h. Grâce à cela, la sainteté de la Chémita ne prend pas effet sur les fruits de ces terrains. Ces fruits sont vendus sur le marché avec une enseigne indiquant qu’ils sont des fruits du « HETER ME’HIRA ». De cette façon, selon certains, il est permis à un juif de poursuivre les travaux de son champ durant cette année.
Nous allons maintenant relater l’historique du Heter Me’hira.

En 5645 (1885), le baron de ROTSHILD - influencé par son beau frère, le Tsaddik et mécène Rabbi Moshé MONTIFIORI, et par le Gaon Rabbi Shémouel MOHLIVER, Av Beit Din de BIYALISTOK – RUSSIE - achèta des terrains en Palestine de l’époque, afin de venir en aide aux habitants juifs de ce pays, en leur fournissant du travail.
Il fit l’acquisition de terrains dans la Moshava de EKRON, où l’on faisait pousser essentiellement, des vignes pour fabriquer du vin. Les habitants juifs de la Moshava cultivaient les terres du Baron, et il leur payait leurs salaires chaque mois.
Le Baron nomma des hommes de France afin de diriger le travail. Ces hommes étaient des juifs qui n’observaient pas la Torah et les Mitsvot. Ils rendaient compte régulièrement au Baron du travail effectué sur ces terres, acquises en Israël, et sur le développement de l’agriculture. Une mésentente se créa entre les gérants du Baron et les agriculteurs, et les hommes du baron passèrent sous silence la grande réussite des plantations de vigne (chose totalement inattendue en ces temps là).
Mais lorsque le Baron se déplaça pour visiter ses terres de la Moshava EKRON, il fut agréablement surpris en constatant la réussite des plantations de vigne, ainsi que la fabrication du vin. Suite à cette visite, il demanda à ce que l’on nomme la Moshava sur le nom de sa mère, et ce lieu fut appelé désormais MAZKERET BITYA.

En 5648 (1888), à la veille de l’année de la Shemita 5649, les travailleurs juifs des plantations du baron de Rotshild, firent savoir au baron qu’ils ne travailleraient pas cette année à cause de la Shemita. Cette déclaration avait une conséquence très inquiétante pour la Baron, puisqu’il risquait la perte de tout son argent investit dans ces terrains. En effet, un arrêt total du travail dans les plantations, entraînerait de façon certaine, de très lourds dommages dans les vignes, et il serait même probable que le Baron cesse de soutenir financièrement les habitants de la Moshava, ce qui provoquerai leur misère matérielle.

Lorsque le Baron de Rotshild prit connaissance de la décision des travailleurs pour l’année de la Shemita, il consulta le Rav Naftali HERTZ - qui était à cette époque le Rav de la ville de YAFO et des Moshavot – afin qu’il sollicite les Rabbanim de la ville de Jérusalem, pour trouver une solution Hala’hique à la poursuite du travail dans les plantations durant l’année de la Shemita. Le Rav Naftali HERTZ qui - du fait de sa fonction – était responsable des questions religieuses même pour les autres Moshavot qui se créèrent entre temps, comme Rishon Letsion (5642 - 1882), Ness Tsiona (Wadi ‘Hanin), Guedera et Yéssod Hama’ala (5644 – 1884). Il se tourna vers le Grand Rabbin de Jérusalem, le Gaon Rabbi Shémouel SALENT, mais celui-ci ne voulant pas entrer en désaccord avec le Gaon MaHaRY’’L DISKIN, demanda au Gaon, le Rishon Létsion (Grand Rabbin Séfarade d’Israël) Rabbi Réfaël Meïr FANIZ’EL de se pencher sérieusement sur la question, et de trancher le problème selon la loi de la Torah.
Le Rishon Létsion confia la question à son beau frère (qui était son secrétaire), le Gaon Rabbi Ya’akov Shaoul ELYASHAR (qui succéda plus tard à son beau frère à la fonction de Rishon Létsion), afin qu’il réfléchisse à une solution Hala’hique.
Le Gaon Rabbi Ya’akov Shaoul ELYASHAR rédigea une longue responsa (réponse Hala’hique étayée d’argumentations du Talmud et des décisionnaires) qui fut éditée plus tard dans son livre Shou’t Sim’ha Lé-Ish. Dans cette responsa, il tranche l’autorisation de la vente des terrains à un non juif (exactement comme nous le faisons avec le ‘Hamets pour Pessa’h), et par cela, défaire le terrain de sa sainteté de Shemita. Grâce à cela, tout rentrait dans l’ordre. Le Rav Elyashar fonde sa responsa sur l’opinion de l’auteur du livre Tséror Hamor (Rabbi Morde’haï ROUBEIN, l’un des grands Guéonim Sefaradim, il y a environ 300 ans) qui avait lui-même tranché cette question.

Le Rishon Létsion Rabbi Réfaël Meïr FANIZ’EL se joint lui aussi au Rav Elyashar dans sa décision Hala’hique. Cependant, une partie des agriculteurs juifs de la Moshava de EKRON, qui étaient Ashkenazim, refusèrent la décision Hala’hique des Grands Rabbanim Séfaradim sur cette question, et ils demandèrent que se penchent sur le problème, des Guéonim Ashkenazim, qui sont : le Gaon Rabbi Yéhoshoua’ de KOTNA (l’un des grands Rabbanim de POLOGNE), le Gaon Rabbi Shémouel MOHLIVER (sur son initiative, fut créée la Moshava de EKRON), ainsi que le Gaon Rabbi Shémouel Zenwil KLAPISH (Dayan à Varsovie).

Ces Guéonim rédigèrent, chacun à leur tour, une responsa sur le problème de la vente des terrains juifs à un non juif durant l’année de la Shémita, afin de poursuivre le travail dans les plantations durant cette année.
Ils conclurent tous qu’il était permis de vendre les terrains de la Moshava de EKRON à un non juif, afin de défaire les terres de leur sainteté de la Shémita. Cependant, ils limitèrent leur autorisation uniquement à la situation extrême (Sha’at Hada’hak) dans laquelle se trouvaient les agriculteurs à ce moment là.
D’autres Guéonim approuvèrent cette autorisation, et parmi eux, le génie des décisionnaires Ashkénazim, le Gaon Rabbi Its’hak El’hanan SPEKTOR, le Rav de la ville de KOVNO – RUSSIE.

Mais des opposants se levèrent contre l’autorisation de la vente des terrains, pour de très nombreuses raisons (car le HETER ME’HIRA est une autorisation très complexe, qui touche de nombreux sujets très lourds, que nous ne pouvons pas détailler ici).
Parmi eux: le Gaon Rabbi Yéhoshou’a Leib DISKIN (le MaHaRY’’L DISKIN, le Rav de la ‘Eda Ha’haredit de JERUSALEM), le Gaon Rabbi Yossef Dov SOLOVAÏTSHIK (le Rav de BRISK), Rabbi Naftali Tsévi Yehouda BERLIN (le Natsiv de WOLLOGIN), Rabbi David FRIEDMAN de KARLIN, et d’autres…
Cette divergence d’opinion Hala’hique se lève chaque veille d’année de Shémita jusqu’à nos jours, et nous découvrons à chaque fois de nombreux livres publiés sur ce sujet. Certains de ces livres interdisent le HETER ME’HIRA, et d’autres l’autorisent.

Lors des dernières générations, le Gaon Rabbi Avraham Its’hak Ha-Cohen KOOK z.ts.l instaura que le Grand Rabbinat d’Israël reçoive un pouvoir des agriculteurs israéliens intéressés, afin de vendre leurs terrains durant l’année de la Shémita à un non juif (exclusivement musulman, afin d’éviter l’interdit de « Lo Té’honem » selon lequel il est interdit de vendre une parcelle de terrain d’Israël à un non-juif idolâtre), et grâce à cela, on défait les terrains de leur sainteté de Shémita.
Contre lui, s’éleva le Gaon RYDBAZ (Rabbi Ya’akov David Ben Zeev WILOVSKY) de la ville de Tsfat, qui rédigea une responsa contre le HETER ME’HIRA.
Au fil des années, le Gaon ‘HAZON ISH (Rabbi Avraham Yésha’yahou KARLITS) se joint lui aussi aux opposants du HETER ME’HIRA. Mais il trouva contre lui le Gaon Rabbi Tsévi Péssa’h FRANCK (Grand Rabbin de JERUSALEM) qui écrit que même le Gaon MAHARY’’L DISKIN qui s’était opposer au HETER ME’HIRA (voir plus haut), revint sur sa décision et autorisa le HETER ME’HIRA en constatant que de nombreux agriculteurs juifs qui n’observaient pas les Mitsvot, continuèrent à travailler leurs terrains durant la Shémita, et provoquèrent par cela la présence sur le marché de fruits de la Shémita, interdits au commerce. Ceci entraîna de nombreux problèmes.
C’est pourquoi, le MAHARY’’L DISKIN réétudia le problème et se rangea à l’avis de ceux qui autorisaient (seulement, il limita son autorisation à une seule Shémita, celle de 5649 – 1889)

Il est bon de citer ici les propos de l’un des premiers décisionnaires parmi ceux qui autorisèrent le HETER ME’HIRA, que nous avons mentionné plus haut, le Gaon Rabbi Yéhoshoua’ de KOTNA.
Il écrit dans son livre Shou’t YESHOU’OT MALKO (chap.53), en réponse à la question du HETER ME’HIRA:

« Concernant la Shémita, je suis très étonné. La vente des terrains est une autorisation des plus évidentes. Particulièrement après que se sont prononcés sur la question, les grands Rabbanim Séfaradim (il fait allusion au Rav ELYASHAR), dont l’ongle est plus épais que le ventre des Rabbanim Ashkenazim (ces propos sont vérifiables dans le livre de ce Gaon, en référence citée plus haut !!), et qu’ils ont autorisé les agriculteurs à travailler pendant la Shémita grâce à la vente. Comment pouvons-nous disqualifier leur Torah ?!! »
Il ajoute d’autres phrases dans cet esprit, contre les opposants au HETER ME’HIRA.

Le Gaon Rabbi Shélomo Zalman AUYERBACH z.ts.l rédigea un livre entier consacré au HETER ME’HIRA, et il se joint lui aussi aux décisionnaires qui l’autorisent. Il indiqua aux deux Grands Rabbins d’Israël il y a quelques années (Séfarade et Ashkénaze) le Gaon Rabbi Eliyahou BAKSHI DORON et le Gaon Rabbi Israël LOW de procéder à la vente de terrains pour l’année de la Shémita, comme l’usage en vigueur au sein du Grand Rabbinat d’Israël depuis des générations. Afin d’empêcher des situations dans lesquelles des agriculteurs juifs travaillent leurs terrains dans l’interdiction, durant l’année de la Shémita, et afin d’éviter également d’autres nombreux problèmes.
Le Rav AUYERBACH ajouta qu’il faut préciser que les Rabbanim Séfaradim eux, n’ont pas limité leur autorisation à une situation extrême uniquement, et qu’à fortiori de notre époque où la Shémita n’est que d’ordre « Miderabbanan » (instaurée par nos maitres), il y a lieu d’autoriser le HETER ME’HIRA.
Il est certain que lorsque nous serons libérés définitivement et que la majeure partie du peuple d’Israël habitera sur sa terre, à ce moment là la Mitsva de Shémita redeviendra « Min HaTorah », et se réalisera la promesse faite par Hashem dans la Torah : « J’ordonnerai ma bénédiction pour vous lors de la 6ème année, et la récolte sera tellement fructueuse cette année là qu’elle suffira à 3 années. »
Nous n’aurons donc plus besoin d’avoir recours au HETER ME’HIRA.
Mais en attendant, de notre époque, il faut mettre en pratique cette autorisation.
C’est ainsi qu’ont tranché les plus nombreux et les plus illustres de nos décisionnaires contemporains.

Mais le Rav AUYERBACH trouva contre lui le Gaon Rabbi Yossef Shalom ELYASHIV dont l’opinion est d’interdire catégoriquement le HETER ME’HIRA de notre époque.

Mais nous ne devons tenir compte que des propos des décisionnaires que l’on a cité précédemment. Comme l’a précisé le Gaon Rabbi Shelomo Zalman AUYERBACH, qui dit que toute personne qui approfondie sérieusement le sujet, verra qu’il y a lieu de trancher aussi bien dans un sens que dans un autre, et n’oublions pas que la Shémita de notre époque n’est que Miderabbanan. C’est pourquoi, il n’y a pas à tenir compte des propos de ceux qui interdisent, puisque dans toute situation de doute sur un point Miderabbanan, nous allons à la souplesse (Séfeka Derabbanan Lakoula).

Notre maître, « la merveille de notre génération », le génie des génies,  le Rav Ovadia YOSSEF z.ts.l a mené un dur combat en faveur du HETER ME’HIRA et rédigea une longue et importante responsa qui fut publiée dans la brochure Kol Sinaï, il y a environ 50 ans, et ensuite publiée dans son livre Shou’t Yabiya’ Omer (tome 10). Dans cette responsa, notre maître ne laisse pas un seul argument sur ce sujet, sans le traiter longuement.
Sa conclusion est d’autoriser le HETER ME’HIRA de notre époque. Toute personne qui désir acheter des fruits du HETER ME’HIRA, a largement sur qui s’appuyer dans la Hala’ha, car ce HETER est fondé sur de très solides bases Hala’hique.
Toutefois, lors de la rédaction de cette responsa, il y a environ 40 ans, notre maître concluait que toute personne qui s’impose de n’acheter que des fruits qui proviennent de l’étranger, mérite la Bénédiction.
Mais les Grands Rabbins se doivent d’effectuer la vente pour les personnes intéressées comme nous l’avons expliqué.

Dans la prochaine Halacha, nous développerons davantage le sujet.

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