Halacha pour dimanche 22 Sivan 5780 14 juin 2020

Pour l'élévation de l'âme de:
André Avraham Ben Ma'hlouf TAÏB z"l de Lyon (France)

Marco Its’hak Ben Dolly Dandouna HaCohen z’’l

Modifier la vérité pour maintenir la paix

Question: Est-il permis de mentir à son père ou à sa mère, dans le but de ne pas causer une querelle entre les parents?

Réponse: Il est dit dans la Torah, lorsque Sarah entendit qu’elle allait avoir un fils : « Sarah rit en elle et se dit : maintenant que je suis usée vais-je retrouver ma jeunesse ? Et mon mari est vieux. » Cela signifie que Sarah – constatant qu’Avraham Avinou était proche des 100 ans lorsqu’il reçu la nouvelle de la prochaine naissance de Itsh’ak – se dit que la chose était inconcevable puisqu’Avraham était très âgé et qu’il ne pourrait plus jamais avoir d’enfant. Mais lorsque Hachem vint trouver Avraham en lui relatant la réaction de Sarah, il lui dit : « Pourquoi cela Sarah a rit en disant je suis vieille. » Ce qui signifie qu’Hachem modifia légèrement les propos de Sarah en disant qu’elle avait déclaré sur elle-même qu’elle était vieille, c’est à dire, qu’elle aurait fait dépendre l’impossibilité d’avoir des enfants par le fait de sa propre vieillesse à elle, et non par celle d’Avraham.
A partir de là, nos maitres apprennent dans la Guémara Bava Métsi’a (87a) qu’il est permis de modifier la vérité dans le but de faire régner la paix, puisqu’Hachem lui-même modifia la vérité pour la paix, afin d’augmenter la paix entre Avraham et Sarah.

Rabbénou Yéhouda Hé-H’assid écrit dans Séfer Ha-H’assidim que lorsqu’un fils accomplit une chose sur la demande de sa mère, et qu’ensuite le père demande au fils pourquoi il a accomplie cette chose, et qu’en disant qu’il la accomplie à la demande de sa mère le fils provoquera une querelle entre son père et sa mère, dans ce cas le fils ne doit pas dire à son père qu’il a agit sur la demande de sa mère. Il devra modifier la vérité pour la paix entre ses parents.
Ces propos prennent leur source dans la Guémara que nous avons mentionné au sujet d’Avraham et de Sarah.
Tout ceci est rapporté par notre maitre le Rav z.ts.l en tant qu’Halacha.

Cependant, il faut préciser qu’il est d’une grande importance de ne pas s’habituer à un tel usage, de mentir de façon régulière pour la paix, mais plutôt s’efforcer d’éviter au maximum ce genre de situations qui peuvent provoquer le mensonge.
Nous trouvons dans la Guémara Yabamott (63a) que Rav – qui était l’un des plus grands Amoraïm (sages du Talmud) – n’a pas eu le mérite de vivre en paix avec sa femme, et elle avait l’habitude de lui demander tout le temps ce qu’il désirait manger pour son repas lorsqu’il rentrait de la Maison d’étude. S’il lui disait qu’il désirait manger des lentilles (dans lesquels il y a de la douceur), elle lui préparait volontairement un aliment aigre, et inversement. Elle agissait ainsi afin de lui causer de la peine et provoquer ainsi une mauvaise ambiance au foyer.

Lorsque H’iya le fils de Rav grandit et qu’il constata le comportement de sa mère, il en fut très peiné, et il trouva une solution. Chaque fois que sa mère demandait ce que son père désirait manger, H’iya allait demander à son père ce qu’il désirait. Lorsque Rav désirait manger un aliment doux, H’iya disait à sa mère que Rav désirait manger aigre, et inversement. Ainsi, Rav mangeait chaque jour ce qu’il désirait exactement, au point où Rav se mit à penser que sa femme avait décidé de ne plus le faire souffrir. Par la suite, Rav apprit la ruse utilisée par son fils. Il appela son fils et lui dit de ne plus agir ainsi, car un tel comportement est illustré par un verset « Ils apprennent leur langue à mentir », puisqu’en agissant ainsi en disant des mensonges de façon régulière même si c’est dans des conditions autorisées, la langue s’habitue à mentir, et il est dit « Celui qui profère le mensonge ne peut se tenir devant mes yeux », car le mensonge est très détestable aux yeux d’Hachem.

En conclusion: Il est permis de modifier la vérité pour un but de paix, mais il faut veiller à ne pas s’habituer à utiliser des mensonges, même de façon autorisée.

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